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Discours du président de l’APMEP

Journées Nationales Toulouse 2014

Bernard Egger

- 23 octobre 2014 -

Madame la Rectrice, Mesdames, Messieurs, chers amis, chers collègues

Il y a un an presque jour pour jour, à Marseille, j’inaugurais mes premières Journées Nationales en tant que président de l’APMEP.
Un an, c’était hier et pourtant que de choses, que d’effervescence autour des maths et dans l’éducation en général.
Si j’en crois le nombre de sollicitations des médias dont j’ai été l’objet, mais aussi pas mal de responsables régionaux de notre association, les mathématiques ont été au cœur de nombreuses préoccupations.

En novembre dernier, tout le monde s’en souvient, ce fut le rapport PISA et ses résultats inquiétants pour notre pays : non seulement il signalait le nombre très important d’élèves en grand échec scolaire, nombre en augmentation, mais pire encore quand on lit le mot « égalité » dans notre devise, il mettait en évidence la forte corrélation entre échec en maths et origine sociale.
Beaucoup de choses ont été dites, et écrites sur ces résultats. On doit sans doute les relativiser. Et voici un argument parmi d’autres. La massification en France est évidemment d’une tout autre ampleur que celles des pays économiquement similaires. Si l’Allemagne avait une natalité comparable à la nôtre, elle aurait environ trois millions d’élèves et d’étudiants de plus que ce qu’elle a et sans aucun doute des problèmes bien plus grands. Il faut se féliciter de cette démographie. On sait bien qu’a contrario, le vieillissement des populations dans les pays voisins est porteur de problèmes à venir, mais encore faut-il être capable de donner à cette jeunesse nombreuse les moyens d’une intégration sociale réussie.

Si l’on reprend le fil de la chronologie, en novembre, ce fut la sortie officielle du film « Comment j’ai détesté les maths… ». Ce film, nous l’avions vu en avant-première à Marseille, lors de nos Journées Nationales. Il y avait reçu un bon accueil qui s’est confirmé lors de son exploitation en salles. Malgré une publicité restreinte, il a été nominé pour le César du meilleur documentaire, il a obtenu le prix d’Alembert décerné par la Société Mathématique de France et peut se targuer de plus de 85000 entrées ce qui est un très bon résultat pour ce type d’œuvre. Pour l’APMEP, ce film a eu une importance particulière sur laquelle je reviendrai plus tard.

Nous voilà en 2014. Année peu banale si l’en est puisque nous en sommes déjà à notre troisième ministre de l’Education nationale (et l’année n’est pas finie…).

Au mois de mai, la nouvelle est tombée : il n’y a pas assez de candidats au CAPES de mathématiques. Les médias, relayant l’inquiétude des parents, se sont emparés du sujet jusqu’au mois de septembre. L’APMEP, comme toute la communauté mathématique parle de ce problème depuis bien longtemps. Il a fallu une augmentation du nombre de postes proposés au concours alors que le nombre de reçus n’a pratiquement pas changé pour que l’on se rende compte de l’ampleur du mal. Combien manque-t-il de profs de maths en France ? L’an dernier, on parlait de 1500, on est sans doute plus près de 2000. Évidemment, les grands lycées de centre-ville sont peu concernés, mais qu’en est-il des collèges ruraux ou de ceux des banlieues défavorisées ? Nous savons que le nombre de contractuels augmente. Et tous ne sont pas de purs matheux. Cette pénurie est en passe de créer une inégalité territoriale massive.
Alors que faut-il faire ? Nous sommes nombreux à dire que le recrutement est trop tardif. Pré-recrutement avec engagement ou tout simplement recrutement, il faut sans doute revenir au bac plus 3, ou même au bac plus 2. Cette première réponse est indispensable, mais sans doute très insuffisante, car ce qui est aussi en cause, c’est l’attractivité du métier d’enseignant. Nous aurions pu penser qu’en temps de crise, les certitudes rassurantes du fonctionnariat auraient permis d’endiguer la chute du nombre de candidats. Il n’en a rien été. Tout au plus, ce nombre s’est-il stabilisé. Des frémissements au niveau de la première année de licence sont apparus, mais annoncent-ils vraiment l’embellie tant attendue ? Sans nier l’importance la question des salaires, dans de nombreux témoignages, elle n’apparaît pas comme centrale. Les étudiants interrogés se disent plutôt préoccupés par des conditions de travail qui les inquiètent et par un métier sans perspective d’avenir.

Les élèves ont changé, démocratisation et massification sont passées par là, avec pour conséquence un changement aussi dans les savoirs enseignés, tant en termes de contenus que de méthodes d’enseignement. Les entrants dans la profession sont-ils préparés à ces évolutions rapides ? Pas plus que leurs ainés qui sont en poste. Il est nécessaire d’accompagner tout le monde et une vraie formation continue serait sans doute la réponse la mieux adaptée. Qualifiante, certifiante, elle permettrait en outre de réelles évolutions de carrière un peu plus sexy (pour reprendre l’image d’un ancien doyen de l’inspection générale) que de passer plus vite à l’échelon supérieur.

Après avoir parlé avec de nombreux journalistes, je pensais avoir une fin d’année scolaire un petit peu plus tranquille. C’était sans compter avec une pétition du mois de juin sur les réseaux sociaux contenant plus de 50000 signatures pour protester contre la trop grande difficulté de l’épreuve de math du bac S. La réponse du ministère était prévisible : des barèmes adaptés, mettant ainsi à jour une pratique ancienne de barèmes modifiés ou de consignes de correction bienveillantes… La question véritable que posait cette pétition est pour paraphraser Molière : qu’est-ce que tous ces protestataires sont allés faire dans cette galère mathématique de la série S ? On peut penser que la réforme du lycée les a trompés sur ce qui les attendait. Moins de maths, moins de sciences en première S, les vannes se sont ouvertes pour de nombreux élèves qui bien que peu attirés par les maths se sont dit qu’ils pourraient réussir dans la filière d’élite. Cette réforme soi-disant faite pour rééquilibrer les séries a eu l’effet contraire. Nous l’avions dit à l’époque, mais il est triste d’avoir raison dans ces conditions. D’autant qu’elle contient encore une sacrée bombe à retardement : l’an prochain en Master 1, et surtout l’année suivante, pour préparer le concours de professeur des écoles, vont arriver ces enfants de la réforme qui ont suivi une série L, ceux qui n’auront plus fait de math depuis la seconde.
Le ministère nous a dit confier une mission d’audit sur cette réforme à la DGESCO et à l’Inspection Générale. Nous demanderons à être consulté et nous saurons quoi dire.

Le mois d’août a apporté une nouvelle médaille Fields à la France. Certes Artur Avila est né au Brésil et a rejoint notre pays à l’âge de 22 ans. Il n’est donc pas le pur produit de la formation de l’élite à la française : classes préparatoires et Normale Sup. Mais l’on peut penser que son choix de la France pour poursuivre ses études mathématiques n’est pas sans rapport avec l’excellence de l’école mathématique française.
Lors de la remise de ces médailles, l’autre évènement important a été la première femme lauréate de cette prestigieuse récompense. N’en doutons pas : Maryam Mirzakhani est la première d’une longue série. J’avais bon espoir que cette première lauréate soit française, tant on m’avait vanté le haut niveau de plusieurs de nos chercheuses. La prochaine fois sûrement.

Cette année bien pleine a mis les mathématiques sur le devant d’une certaine scène médiatique. Le film d’Olivier Peyon, « Comment j’ai détesté les maths », est arrivé à point nommé. Peu avant sa sortie en salle, le bureau national avait rencontré la société de production « Haut et Court », pour imaginer des dispositifs d’accompagnement sous forme de débats animés par les adhérents. Certains d’entre vous ont participé à de tels débats. Une bonne nouvelle : si ces débats vous ont manqué, vous allez pouvoir vous y remettre puisque le film vient de sortir en DVD.
Nous avions également envisagé l’organisation d’une grande manifestation autour de ce film à la fin novembre. Les délais se sont révélés trop courts et nous avons repoussé cette manifestation en la plaçant à la fin de la semaine des maths, le samedi 22 mars. Ce changement de date été très positif : il a permis d’impliquer de nombreux partenaires dont le ministère à travers la DGESCO et l’Inspection Générale, CANOPE et les sociétés savantes. Il a abouti à l’organisation d’une demi-journée d’ateliers, de tables rondes, qui s’est terminée par la projection du film, suivie d’un débat avec Olivier Peyon et les principaux protagonistes du film.
Vous vous demandez sûrement en quoi cette manifestation passée vous concerne maintenant. C’est qu’elle a eu des conséquences importantes. Le ministère satisfait du succès de cet évènement s’est orienté vers une organisation collégiale de la semaine des maths. Une première réunion a eu lieu au mois de juin dernier avec des représentants de la plupart des composantes de la communauté mathématique. Le thème choisi, vous le savez sans doute, est : « Les mathématiques vous transportent ». Nous en sommes très fiers, car il a été proposé par l’APMEP.
Une dynamique s’est créée. Il est clair que pour la première fois depuis longtemps des associations, les sociétés savantes, l’Inspection Générale, CANOPE et d’autres ont le désir de travailler ensemble pour répondre aux questions d’aujourd’hui que j’ai évoquées précédemment mais aussi pour construire les bases de l’enseignement des mathématiques de demain. Que sera cet enseignement ? Que faut-il proposer ? Avec la CFEM, les IREM, les sociétés savantes et le ministère nous avons ouvert des chantiers. Nous venons d’avoir deux longues rencontres en quinze jours avec les conseillers de la ministre, dont la dernière hier. Les choses bougent à tous les niveaux. Et je peux vous assurer que l’APMEP est partie prenante de ce mouvement général.
Le grand physicien, Richard Feymann, dans une de ses conférences, faisaient remarquer que l’on pousse toujours les hommes politiques à mentir en leur demandant d’avoir des réponses à des problèmes que les autres n’ont pas résolu. Si ces problèmes n’ont pas trouvé de solution, c’est qu’ils étaient certainement complexes. Les questions de l’éducation, de l’enseignement des mathématiques sont complexes et je me garderai bien de vous dire que je sais ce qu’il faut faire. C’est pourquoi nous avons besoin de vous. L’APMEP n’est pas forte si elle parle d’une seule voix. Elle est forte quand elle est le lieu de l’échange, du débat et de la réflexion.
C’est d’abord au sein des régionales que doivent naître les interrogations, les idées, les réponses. C’est ensuite le Comité national qui doit être l’endroit de l’expression des différences. Cette année, les candidatures au Comité National sont libres (c’est-à-dire hors des régionales). Si vous avez un peu de temps, de l’énergie, des choses à dire, présentez-vous.

Il est temps que je termine. Laissez-moi seulement rendre trois hommages.
Le premier est pour la Régionale de Toulouse. Je sais pour l’avoir vécu l’an dernier tout le stress qui est le leur en ce moment. Je voudrais leur dire que nous sommes de tout cœur avec eux. On sait, on sent déjà que nous allons vivre des journées formidables.
Mon deuxième hommage s’adresse à notre groupe « Jeux », une des grandes fiertés de l’APMEP. Vous savez sans doute qu’il a reçu une récompense amplement méritée : le prix Decerf, de la Société Mathématique de France. Merci à vous et continuez encore longtemps à éclairer les pratiques de tant d’enseignants.
Mon dernier hommage ira à cette équipe qui mois après mois a su reprendre un chantier bien mal engagé (l’entreprise qui s’en occupait a fait faillite), pour nous donner une nouvelle base d’adhérents (qui d’ailleurs me permettra de vous écrire personnellement, on me l’a promis), et un espace tout neuf d’adhésion et d’achats en ligne. Ils étaient quelques-uns, mais ce soir, je vais n’en citer qu’un, celui qui a été le plus exposé à l’impatience du bureau, Monsieur Gérard Coppin. Gérard, merci.

Je vous souhaite à tous de bonnes journées nationales dans cette belle ville de Toulouse.

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