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Editorial du BGV n° 187

En attendant Mathscope

Bernard Egger

Bon nombre d’entre vous doivent se demander si le projet de la plateforme pédagogique que l’APMEP a initié il y a bientôt deux ans est en panne. On ne voit toujours rien venir malgré de nombreuses annonces. Il est sans doute temps de faire le point.

Modèle pédagogique et modèle numérique

Dans un premier temps, la plateforme (appelée initialement PAP, et baptisée depuis l’été dernier Mathscope) était avant tout une plateforme de vidéos organisées en parcours. Un parcours était constitué d’un certain nombre de vidéos accompagnées d’une évaluation diagnostique. Il y avait là de nettes ressemblances avec la Khan Académie. Une des principales différences (et non la moindre) résidait dans la conformité des contenus aux programmes français.

L’un des outils choisi pour la confection de vidéos était Office Mix. Le choix de ce complément de PowerPoint était motivé par deux raisons : tout d’abord, il permettait de faire assez facilement des vidéos « riches » comportant de l’encre numérique et d’autres applications comme des émulateurs de calculatrices ou de la géométrie dynamique ; d’autre part le découpage d’une vidéo en un ensemble de diapositives réunies par Mix sous la forme d’un film permettait dans l’idéal de récupérer certaines d’entre elles pour les placer dans d’autres vidéos.

Les évaluations proposées par la Khan Académie nous paraissaient trop lapidaires. Nous avions voulu des vidéos riches, avec des contenus variés, nous voulions aussi des évaluations riches ne se résumant pas à des QCM, avec la possibilité de saisir des formules mathématiques « complexes ». Nous voulions aussi pouvoir disposer de questions dont le déroulement se ferait en fonction des réponses des élèves. MapleTA répondait parfaitement à cet objectif.

La première rupture : la place de l’évaluation

Toutefois, même s’il nous paraissait enrichi par rapport à ce que l’on trouve actuellement sur Internet, ce modèle ne marquait qu’une faible rupture avec l’existant.
La plupart des sites pédagogiques de vidéos réalisés par des collègues sont bien souvent au départ le résultat d’une démarche de l’enseignant vis-à-vis de ses propres élèves. Ce n’est que « par hasard » que certains produisent des contenus pouvant intéresser un large public.
Or notre plateforme visait explicitement à ne pas être le site d’un prof, mais bien un outil utilisable par tous. Ce renversement n’était pas sans conséquence. Fallait-il engager les énergies de nombreux collègues pour en fin de compte ne faire qu’un petit peu plus que ce qui est produit par des enseignants isolés ?
Poser la question, c’est y répondre. Les Journées nationales de Laon ont fait avancer la réflexion sur ce point sans jamais vraiment l’aborder. En fait, c’est surtout à travers la question du cours magistral que le projet a évolué vers d’autres voies.
Dans les débats sur la classe inversée, un des reproches souvent faits à ce type de pédagogie est celle du cours magistral. Une ou plusieurs vidéos isolées comportent clairement le risque de transporter un cours magistral à la maison. L’élève n’est sollicité que dans l’écoute. Certes, il peut prendre des notes, répondre à des questions, mais il n’y a pas une authentique démarche de construction du savoir. Évidemment dans l’idéal cette démarche devrait être présente en cours, et il n’est pas sûr que ce soit souvent le cas en classe, malgré les efforts des enseignants. Mais l’on pouvait craindre que le travail à partir de vidéos apparaisse comme une régression importante vis-à-vis de certains apports de la didactique. La situation n’est pas exactement la même quand c’est l’enseignant qui fait ses propres vidéos pour ses élèves. Dans l’aller-retour (la rétroaction pourrait-on même dire) entre le travail en classe et le travail à la maison, il y a possibilité de réduire fortement l’écueil du cours magistral.
A la sortie des Journées de Laon, le premier palliatif imaginé a été d’augmenter la place de l’évaluation : test d’entrée permettant une « préméditation », évaluations diagnostiques plus fréquentes (certains allaient jusqu’à proposer une évaluation par vidéo).

La seconde rupture : l’interactivité

De telles solutions étaient un premier pas pour mettre en activité l’élève. Le cadre devenait différent. On envisageait de partir d’une évaluation apparaissant en continu sous la forme d’une activité dans laquelle les réponses aux questions ne peuvent être obtenues qu’à partir des vidéos. Mais, nous savions bien qu’une réelle mise en activité devrait passer par des « manipulations » à partir desquelles l’élève pourrait émettre des conjectures, confirmées ou non par des questions, les résultats étant dans tous les cas récupérables par l’enseignant.
Une autre question d’importance est apparue rapidement : pour être efficace, il n’est pas possible de demander à l’élève de passer d’un environnement à l’autre pour avancer dans l’activité.
Dès lors, il nous fallait trouver un environnement le plus uniforme possible permettant une interaction directe de l’élève, lui donnant à la fois la possibilité de découvertes et de conjectures, mais aussi de répondre à des questions…
Dans cette perspective, une « brique » ne serait plus quelques vidéos et une évaluation, mais plutôt « un morceau de savoir » présenté sous la forme d’une activité mêlant fortement explications mathématiques écrites et orales, vidéos, fenêtres interactives, questions et exercices dans un environnement si possible unique.

L’aventure continue

Notre modèle pédagogique s’est profondément modifié. Il s’éloigne fortement de ce que l’on trouve un peu partout sur Internet et de ce que propose la Khan Académie. Il nous paraît mieux correspondre à l’ambition que doit avoir une association comme l’APMEP.
Il faut lui faire correspondre les outils numériques adaptés à sa réalisation. Avant même de parler de plateforme, il faut déjà créer les ressources. De nombreux collègues se sont investis très vite dans notre projet. D’autres nous proposent de nous rejoindre. Des vidéos ont été créées. Il faut maintenant les « encapsuler » dans cet environnement que nous souhaitons et qui leur donnera pleinement leur raison d’être.
Nous avons pas mal de pistes numériques pour répondre à un tel cahier des charges. Il nous faut simplement avoir un peu de temps pour les explorer plus complètement.

En attendant Mathscope…

Le travail de toute notre équipe dort, rangé dans des dossiers d’un espace de stockage. C’est le plus souvent un travail d’une grande qualité. Et nous ne savons pas dans quel délai il pourra s’insérer dans notre future plateforme.
Nous avons donc décidé de le mettre à disposition de tous en ouvrant une rubrique de notre site où chacun pourra trouver des vidéos sur divers points des programmes du secondaire et parfois du supérieur.
Nous avons besoin de vous, de vos retours d’expériences, de vos encouragements et de vos critiques. Nous n’avancerons que de cette façon. Dans les toutes prochaines semaines vous devriez trouver matière à diversifier votre cours cette année ou l’an prochain... Et si vous êtes retraités, cela n’a pas d’importance,…, au contraire : vous pourrez trouver très bientôt une grille à compléter pour chaque vidéo, permettant de juger de sa qualité technique (son et image) et de sa valeur pédagogique. Nous vous serions très reconnaissants si vous acceptez de la remplir et de l’envoyer à l’adresse mail qui sera indiquée.
Voilà une bonne façon de mettre en œuvre cette expertise collective qui est la marque de notre association.

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