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Article du bulletin 434

Rénover l’enseignement

Rémi Belloeil

- mai 2001 -

Rénover l’enseignement

Rénover l’enseignement, tel est le grand projet actuel.

Le collège est actuellement au centre des réflexions. Tout le monde souhaite évidemment mettre en place la meilleure formation possible pour le futur citoyen et lui ouvrir les portes qui conduiront à son intégration dans la société, notamment par une formation professionnelle ultérieure.

Quelles sont les conditions pour faire aboutir ce projet ?

Il faut que les contenus et savoir-faire proposés soient à la portée des élèves et recueillent un certain consensus des enseignants comme des familles. Dans le cas contraire, on retombe dans la situation des " mathématiques modernes " : une réforme justifiée uniquement par une logique universitaire qui a été fortement rejetée. Pour la plupart des élèves les exigences ne doivent pas être moindres qu’auparavant, elles doivent permettre une poursuite d’étude professionnelle, générale ou technologique. Pour ceux qui sont en grande difficulté, il faut trouver des moyens et définir des objectifs qui leur permettent de progresser

Mais la formation nécessite aussi l’adhésion, la participation et le travail des élèves eux-mêmes.

Aujourd’hui plusieurs dispositifs sont mis en place pour s’assurer de cette deuxième condition : ils visent à proposer des choix aux élèves ou à étudier certains sujets dans un contexte pluridisciplinaire. Je pense qu’ils sont insuffisants. Rien ne garantit que la motivation des élèves sera au rendez-vous. Ainsi, dans le cadre des T.P.E., des élèves qui avaient choisi leur sujet d’étude et disposaient d’une grande marge de manœuvre ont trouvé que le travail était trop lourd. Bien sûr d’autres se sont largement impliqués et en ont tiré une certaine satisfaction.

Le contexte dans lequel vivent les élèves joue un rôle essentiel dans la motivation des élèves. Dans son discours d’orientation sur l’avenir du collège du 5 avril 2001, le Ministre Jack Lang indique : " Il faut tenir compte aussi de l’existence de nouveaux comportements sociaux : les phénomènes tribaux se développent dans les banlieues. La consommation massive de jeux vidéo rend de plus en plus difficile de se concentrer à l’école et d’être disponible pour un travail donné ". Verra-t-on enfin un ministre dire que pour progresser, il faut travailler ?

Le contexte économique et social va au delà de ces aspects visibles. La crise économique a cassé le lien entre la formation, la qualification et l’emploi. Les entreprises ont profité d’une position avantageuse sur le marché de l’emploi pour exiger davantage de diplômes de leurs nouveaux employés. Cela ne les a pas empêchés de licencier dès que cela a semblé apporter un profit à court terme à l’entreprise. Dans cette situation, seule une élite parmi les salariés peut espérer que ses compétences lui assurent une stabilité. La masse des autres est soumise à la précarité et la formation initiale semble insuffisante pour se prémunir des aléas économiques. Même l’État a créé des emplois précaires. À présent, le débat sur les 35 heures hebdomadaires donne l’impression que l’essentiel est de travailler moins. Dans ces conditions, comment croire que l’on s’élève par le travail ?

Certes, les élèves, notamment du collège, ne discutent pas de ces problèmes dans la cour de récréation. Mais tous ont vu des proches au chômage, certains ont pu voir des jeunes s’enrichir sans efforts grâce au marché de la drogue, d’autres ont pu voir l’amertume qui résulte de qualifications qui ne débouchent sur aucun emploi.

Que faire alors ?

La participation et la motivation des élèves doivent sans cesse être relancées ; les étapes franchies ou à atteindre doivent être mises en évidence car elles entretiennent la combativité. Bien entendu, il ne faut pas tomber dans l’excès et présenter les études comme un escalier sans fin et sans palier ! Cela a pu être le travers de certaine pédagogie par objectifs.

Dans ce contexte qu’apportent les mathématiques ?

Ma première réponse est de dire qu’elles permettent de lire la situation, de comprendre les évolutions, par exemple par la compréhension des pourcentages et des graphiques qui la décrivent. Les manipulations algébriques permettent d’évaluer le rôle de tel ou tel facteur dans le cadre d’un modèle. Les statistiques permettent d’accepter un écart entre le modèle et la réalité ; elles aident aussi à résumer une situation, à faire des hypothèses, valider ou non des résultats. Ce n’est pas très différent de la démarche utilisée en géométrie. Nous ne pouvons pas tenir ce discours et refuser tout travail interdisciplinaire. Notre enseignement a évolué pour permettre aux élèves de faire plus facilement le lien avec le réel. Il faut que cela se sache !

Cela n’empêche pas de travailler sur des objets abstraits. Aujourd’hui personne ne doute de l’intérêt des simulations pour concevoir un produit ; or il s’agit bien d’une abstraction. Les jeux vidéos eux-mêmes sont des abstractions qui utilisent des règles d’action pas toujours explicites. Les mathématiques peuvent aussi être une occasion de rêver à des mondes différents. Pour pouvoir jouer le rôle de modèle, elles doivent aussi être développées pour elles-mêmes.

Pour imaginer un nouveau monde, une certaine maîtrise des mathématiques est indispensable. Cela ne sera fera pas sans efforts, ni en diminuant le temps consacré à l’enseignement de cette discipline.

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