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  APMEP   Editorial du Bulletin 511

Article du bulletin 511

En route vers la PAP.

EGGER Bernard

- 10 novembre 2014 -

La Khan Académie a débarqué en France il y a un an environ. À l’époque, j’en avais parlé dans un éditorial qui m’avait permis d’exprimer toutes les réserves que l’on peut avoir à son sujet.

Depuis, l’association « Bibliothèque sans Frontières » a continué son travail de traduction des vidéos américaines. Éclairé par le livre de Salman Khan (dont je vous conseille la lecture) «  L’éducation réinventée  », le projet prend de l’épaisseur et mérite que l’on s’y attarde.

De quoi s’agit-il au fond ? D’une plateforme dont les enseignants et leurs classes sont les destinataires privilégiés, mais dans laquelle toute personne curieuse peut aussi naviguer. Cet espace contient des vidéos (essentiellement de maths) structurées non par niveau d’enseignement, mais par thèmes. Chaque thème est divisé en sous-thèmes contenant des vidéos et des évaluations intermédiaires. Il s’agit donc en définitive de parcours pédagogiques utilisables par un professeur à divers moments de l’apprentissage avec ses élèves.

Une fois un parcours choisi par l’enseignant, les élèves sont censés être capables de travailler dans une certaine autonomie, même si les résultats des évaluations sont envoyés au professeur. Celui-ci peut alors guider l’élève ou bien laisser le logiciel proposer des vidéos de remédiation ou d’approfondissement.

Dans un ordre idée assez proche, on a vu depuis quelques mois, apparaître un grand nombre de MOOC, essentiellement proposés par les universités américaines. Il ne s’agit pas exactement de la même chose, puisque les MOOC sont pensés pour durer quelques semaines et apportent en fin de cursus une certification de compétences. Toutefois, la structuration hebdomadaire est assez proche de celle des parcours proposés par la Khan Académie.

Que penser de cette prolifération ? Sans doute faut-il y voir la concordance de plusieurs facteurs ! Je voudrais en retenir deux qui me semblent essentiels : sur un plan technique, l’arrivée à maturité de la technologie, qui permet de créer assez facilement des objets d’apprentissage élaborés, et sur un plan pédagogique, le désir de mettre un peu d’ordre dans la production hétéroclite que l’on trouve sur Internet.

Les parcours d’apprentissage proposés par les MOOC ou par la Khan Académie utilisent clairement le premier facteur pour apporter une réponse efficace au second. Si le support choisi est la vidéo, ce ne me semble pas par hasard. C’est sans aucun doute celui qui est le mieux adapté à cette réalité de la très grande majorité des jeunes d’aujourd’hui : le Smartphone. Si les MOOC s’adressent clairement à des individus isolés, il n’en est rien quant au projet de la Khan Académie. Redisons-le, les professeurs sont la cible prioritaire de cette plateforme. Plus que de les remplacer par je ne sais quels cours en ligne, il s’agit de leur proposer une autre approche de leur enseignement.

Evidemment, la « classe inversée » est en ligne de mire, mais rien n’oblige à une utilisation des vidéos dans ce sens.

Comme vous pourrez le remarquer si vous avez lu mon éditorial du BGV où je parlais de la Khan Académie, j’ai mis beaucoup d’eau dans mon vin. Et pourtant, je ne vous conseillerais pas d’utiliser cette plateforme. Il y a au moins trois raisons qui la rendent peu compatible avec un usage un peu généralisé en France.

La première est, sans doute, la faible correspondance des notions avec nos programmes. Les contenus et les méthodes sont trop différents.

Une deuxième raison est le manque de choix. Sur un thème donné, on entre dans un parcours unique, celui défini par Salman Khan. Cette rigidité est rapidement pesante.

La dernière raison est la faiblesse des évaluations censées permettre à l’élève de s’orienter vers d’éventuelles remédiations. Bien souvent réduites à une seule question, elles sont peu utilisables même par l’enseignant.

Pourtant, vous l’aurez compris, ce projet est intéressant, mais il ne peut nous convenir dans l’état. Après discussions et réflexions, il est apparu au bureau national qu’il était difficile et même risqué de ne pas s’inscrire dans cette dynamique. C’est pourquoi nous avons proposé à CANOPE un partenariat en vue de l’édification d’une plateforme d’accompagnement pédagogique (la fameuse PAP du titre), inspirée du modèle de la Khan Académie, mais qui éviterait les problèmes signalés plus haut. Nous aurons l’occasion de vous parler plus longuement de ce projet ambitieux dans les mois à venir.

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