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  APMEP   Editorial du bulletin 466

Article du bulletin 466

Baccalauréat : une exception française à protéger !

Michel Fréchet

- 31 août 2006 -

Le baccalauréat : ce fut le sujet de mon premier édito et cela sera celui du dernier. La profusion d’articles parus sur le sujet dans la presse ces derniers temps est impressionnante. Mais il est vrai que c’est le même cérémonial tous les ans, chaque journaliste y va de sa prose sur cette exception française. Ecoutons ces « spécialistes » autoproclamés du système éducatif ?

Le baccalauréat coûterait cher, paraît-il : entre 40 millions [1] et 150 millions [2], d’euros. Notez au passage la précision. Je n’ai trouvé nulle part le détail de ces dépenses. Alors que recouvrent exactement ces chiffres ? Le papier ? Les timbres ? L’impression des sujets, des convocations ? Les frais de déplacements des enseignants ainsi que les indemnités d’examen ? (Ceux qui ont déjà corrigé savent le montant dérisoire de ces sommes.) La somme de 40 millions d’euros me paraît déjà énorme, à moins que l’on comptabilise les salaires des personnels enseignants et administratifs, ce qui est un comble puisque notre participation au baccalauréat fait partie de nos obligations de service ! Un minimum d’honnêteté intellectuelle aurait été de vérifier ces chiffres, surtout lorsqu’ils sont aussi différents. En ces périodes de restrictions budgétaires, on cherche peut-être à affoler le public en exhibant des sommes aussi pharaoniques que fantaisistes et ridicules et ainsi préparer l’opinion à accepter une transformation ou la disparition du baccalauréat.

Le baccalauréat raccourcit l’année scolaire d’environ un mois et demi, affirme Jacques Julliard. Faisons un rapide calcul. Les élèves de terminales ne viennent plus en cours à partir de début juin. Ajoutons un mois et demi et nous voilà le 15 juillet. Imaginez alors la réaction des professionnels du tourisme ! Car enfin, posez vous la question de savoir qui cela arrange le plus, ces mois de vacances estivales ? Qui profite le plus de nos soi-disant privilèges ? D’autre part, le baccalauréat n’est pas seul responsable de cette amputation de l’année scolaire : les conseils de classes devant impérativement se tenir début juin participent beaucoup plus à la démobilisation des élèves, qui ne viennent plus pour la plupart, alors que les cours ne sont pas terminés.

Enterrons le baccalauréat, écrit l’éditorialiste du nouvel Obs. Oui, mais le baccalauréat est le premier diplôme universitaire. Il permet à tout bachelier d’entrer à l’université. Que cela ne tienne, instaurons le contrôle continu. Combien éliminerons-nous alors de lycéens ? Beaucoup moins, car les moyens de pressions des parents et de l’administration sur le corps enseignant seront bien sûr beaucoup plus efficaces. Mais alors tout le monde ira en université ? Non, car chaque université pourra alors mettre en place des examens d’entrée...! Sélection ?

Nous devons défendre le baccalauréat, cette exception française ! Rappelons quelques raisons de son existence.

C’est un diplôme à caractère national, l’épreuve est la même pour tous les candidats. Il a donc la même valeur sur tout le territoire national. De plus, il garantit que tout élève d’une même série sortant du lycée a bénéficié du même programme.

Les copies sont anonymées, ce qui rend son obtention moins sujette à caution.

C’est un rempart contre les pressions de toutes sortes. S’il venait à sauter, l’école ne perdrait-elle pas son caractère républicain ?

Certes, le baccalauréat n’est pas parfait. Son organisation n’est pas exempte de défauts. La nature, la confection et le choix des sujets sont quelques éléments parmi les plus importants et déterminants du dispositif. Agir sur le baccalauréat, c’est agir à la fois sur l’enseignement au lycée et sur le comportement des élèves, donc sur leur formation [3]. Or depuis quelques temps, il ne se passe pas une année sans que les sujets de mathématiques ne soient critiquables. Je passerai rapidement sur la géométrie spatiale (S, 2003) et sur le chariot (S, 2005) déjà évoqués dans ce bulletin. Les ROC, tels qu’elles sont actuellement proposées ne permettent pas de vérifier l’acquisition par l’élève de connaissances de bases mises en situation. L’introduction de QCM peut être une bonne chose, encore faut-il se prémunir contre le hasard et les fraudes. Se prémunir contre le hasard nécessite quelques précautions élémentaires : l’espérance de note d’un élève qui coche aléatoirement les réponses doit être nulle. C’est pourquoi le barème doit comporter, si aucune justification n’est demandée, des points négatifs en cas de mauvaise réponse et aucun point pour une absence de réponse, ce qui soit dit en passant, inciterait les élèves à réfléchir davantage avant de répondre. Or cette année, ce ne fut pas le cas dans le sujet de la série S (eh oui, encore elle) : il comportait un Vrai/Faux de cinq éventualités. Un point par bonne réponse, aucun point négatif et aucune justification demandée au candidat ! Ce qui assure entre deux et trois points au candidat. Les élèves auront sûrement de meilleures notes, la moyenne nationale augmentera de deux points par rapport à 2005, mais ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on améliorera le niveau scientifique des futurs étudiants. Les problèmes se situent en amont : programmes inadaptés aux horaires, lourdeur excessive de la charge de travail demandée aux élèves dans les disciplines non scientifiques. Toutes ces tares des séries S et ES dans une moindre mesure ont été dénoncées à maintes reprises par l’APMEP. Il serait peut-être temps que l’on nous écouta plutôt que de bricoler des notations assurant automatiquement quelques points, ce qui ne peut que nuire à notre matière, qui n’en n’a certainement pas besoin. Mais ce ne fut pas tout, certains collègues statisticiens nous ont signalé que le dé tétraédrique soit disant équilibré ne l’était pas. Bien sûr, un élève menant correctement ses calculs ne sera pas lésé. Mais des questions se posent : est-ce sérieux ? Qu’attend-on de futurs scientifiques ? Qu’ils mènent à bien des calculs ou qu’ils fassent preuve d’autonomie, d’esprit critique ?

À quand des sujets de mathématiques normaux, permettant à un élève ayant travaillé sérieusement et avec assiduité d’obtenir une note correcte, correspondant réellement à son niveau ? Cependant, l’APMEP n’est pas contre quelques questions plus difficiles, plus ouvertes destinés aux élèves « matheux ».

L’APMEP ouvrira au cours de l’année à venir une réflexion approfondie sur le baccalauréat, et sur les examens en général. Je vous invite à rejoindre les commissions collège et lycée de notre association afin d’y apporter votre contribution. Critiquer c’est bien, proposer c’est mieux.

Amitiés à tous,

À bientôt.

Michel FRECHET


[1] Le Figaro 12 juin 2006.

[2] Jacques JULLIARD, Le nouvel Obs.

[3] Plaquette visage de l’APMEP.


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