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  APMEP   Editorial du bulletin 473

Article du bulletin 473

L’épreuve de travaux pratiques au baccalauréat S

Pascale Pombourcq

- 28 janvier 2008 -

Je ne veux pas reprendre ici le débat sur l’utilité ou non d’une épreuve de travaux pratiques en mathématiques au baccalauréat scientifique.

Le Comité s’est prononcé à deux reprises pour la création d’une telle épreuve, tout en émettant des réserves quant à son organisation.

Le texte voté par le comité le 29 novembre 2007 figure à la fin de cet éditorial.

Mais je souhaite réagir aux propos qui ont été tenus sur ce sujet. Au mois d’octobre dernier, le site Educmath a lancé un débat sur l’épreuve pratique de mathématiques au baccalauréat en France. La parole a été donnée aux divers partenaires de la communauté mathématique : Catherine Combelles pour l’APMEP, Daniel Duverney pour la SMF, Jacques Moisan pour l’inspection générale, … Nous sommes tous convaincus, je pense, ainsi que l’écrit Jacques Moisan, que « la dimension expérimentale des mathématiques est essentielle en formation, comme elle l’est dans les pratiques professionnelles ».

Les huit moments de l’activité mathématique que recommande l’APMEP ne datent pas d’hier !

Mais je ne supporte plus de lire sous la plume de l’inspection générale : « Une objection fréquente au développement de travaux pratiques de mathématiques utilisant les outils logiciels (particulièrement de la part de ceux qui ne les ont jamais pratiqués) est que la diminution des horaires et la lourdeur des programmes ne permettent pas de “ perdre du temps ” en salle informatique. Bref, il faudrait consacrer l’horaire à des activités plus sérieuses ».

Des propos aussi caricaturaux ne peuvent conduire qu’à des attitudes caricaturales. Il ne s’agit pas simplement d’utiliser l’informatique en classe, mais de préparer nos élèves à une nouvelle épreuve dont la note interviendra pour une part non négligeable dans la note finale de mathématiques.

J’expérimente cette épreuve de travaux pratiques dans ma classe de terminale S, mais je n’ai pas la pression de l’examen puisque cette année est expérimentale. Le stress ressenti par l’enseignant et donc par les élèves n’est pas du tout le même. C’est pour l’instant le même plaisir à pratiquer ces travaux pratiques que les années précédentes quand je faisais ce type d’exercices avant qu’il ne porte ce nom !

J’avais déjà la même objection en ce qui concerne la restitution organisée de connaissances. Nous étions très nombreux à demander à nos élèves de connaître les démonstrations importantes du cours de mathématiques. Mais les objectifs ne sont plus devenus du tout les mêmes quand il a fallu les préparer aux ROC du bac.

Je suis persuadée, comme le dit Daniel Duverney, que «  Les obstacles à l’initiation des futurs scientifiques à la recherche de problèmes dans le cadre du lycée sont le manque de temps et la difficulté de l’activité de recherche, il ne s’agit pas d’un défaut de pratique expérimentale… Dans un horaire déjà fortement réduit, l’introduction d’une nouvelle épreuve ne peut se faire que par empiètements sur d’autres activités, notamment les exercices d’exposition, les exercices didactiques et l’exécution des tâches techniques. » Mais en revanche je ne partage pas ses inquiétudes quant à l’évaluation de cette épreuve. « La difficulté d’estimer correctement les capacités de recherche à partir d’un temps limité conduira à des notes généreuses, fondées essentiellement sur la manipulation de logiciels. ». Avoir une heure d’échanges avec quatre élèves est un des aspects positifs de cette expérience.

Le discours de l’inspection générale s’est singulièrement rétréci ces derniers temps : il ne reste plus actuellement que l’obligation pour les enseignants d’utiliser les TICE : comment les forcer à utiliser les TICE avec les élèves ? En créant une épreuve au baccalauréat ! C’est une réponse qui n’est pas nouvelle, nous l’avons déjà reçue en 2003. Pourtant, au début, ce n’est pas cet objectif qui était mis en avant. La crainte était alors l’arrivée de nouvelles calculatrices sur le marché, tellement puissantes qu’elles interdiraient de facto leur utilisation au baccalauréat. Il fallait donc créer parallèlement une épreuve qui permettrait de tester les nouvelles technologies. Et puis le discours a évolué vers une plus grande attractivité des mathématiques, et donc vers la spécialité mathématique qui est en train de s’effondrer. Où sont les vraies raisons ?

Je souhaiterais que l’inspection générale tienne ses promesses. Devant nos objections concernant la difficulté d’enseigner en première et terminale S, elle nous avait promis des allègements de programme, mais pour l’instant nous ne voyons rien venir. Et au moment où une réflexion sur la réforme du lycée et du baccalauréat s’engage, est-il urgent d’entamer une telle expérimentation ?

Pascale Pombourcq

Texte voté par le comité le 29 novembre 2007

L’APMEP souhaite développer les différents aspects de l’activité mathématique des élèves, en particulier : expérimenter et conjecturer, construire des objets, déterminer un ensemble de points, et pour cela choisir l’outil adapté, prendre des initiatives, et analyser les résultats de ses tentatives.

Une épreuve pratique au baccalauréat est proposée par l’Inspection Générale de mathématiques pour la session 2008 pour développer l’usage des TICE et attirer davantage d’élèves vers la spécialité Mathématiques.

Elle ne peut être envisagée dans un délai aussi court, ni sans l’adhésion d’une large majorité d’enseignants.

Une telle innovation nécessite que les élèves disposent de deux années pleines pour s’y préparer, à dater de la diffusion des conditions de l’examen, d’exemples de sujets, et du bilan de l’expérimentation.

Ce temps est aussi nécessaire pour que les établissements s’équipent suffisamment en matériel à la disposition des cours de mathématiques.

Cette épreuve n’attirera pas davantage d’élèves vers la spécialité mathématiques de la série S si l’écart reste aussi important entre les exigences de l’épreuve d’examen et le temps disponible pour sa préparation.

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