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en quête de Norbert Wiener, père de la cybernétique

Marc Roux

- 4 février 2013 -

par Flo Conway et Jim Siegelman. Présentation de Robert Vallée.

Traduit de l’anglais par Nicole Vallée- Lévi.

Hermann, 2012.

426 pages en 16x 24, plus 18 pages de photographies hors-texte. Prix : 35 €.

ISBN : 978-2-7056-8294-1.

Cybernétique : science constituée par l’ensemble des théories sur les processus de commande et de communication et leur régulation chez l’être vivant, dans les machines et dans les systèmes sociologiques et économiques  ; Norbert Wiener (1894-1964) : mathématicien américain, théoricien et chercheur en mathématiques appliquées, surtout connu comme le père fondateur de la cybernétique (Wikipedia).

Cette biographie détaillée est composée d’un

  • Prologue : Le temps passé, le temps présent,
  • de 16 chapitres répartis en trois parties :
    • I. L’Enfant d’Éléphant.
    • II. À la cour de la cybernétique.
    • III. Contrecoups
  • et d’un Épilogue : L’avenir : survivre à la mondialisation.

C’est un personnage étrange et fascinant que nous découvrons : descendant probable du célèbre philosophe juif Maïmonide (XIIème siècle) ; enfant surdoué, instruit à marches forcées par un père autoritaire, à 18 ans, il est polyglotte, licencié en mathématiques et docteur en philosophie ; probablement à cause de ce « bourrage », il souffrira toute sa vie de graves crises maniaco-dépressives ; excentrique et pittoresque, il épouse une allemande « affectivement sourde » et surprotectrice, aux sympathies nazies ; humaniste, ses opinions pacifistes lui vaudront une surveillance de la part du FBI et de la CIA ; grand voyageur, il rencontre les plus grands spécialistes de toutes les disciplines ; à la fin de sa vie, il découvre le spiritualisme hindou.

Sa carrière scientifique de mathématicien appliqué, attaché avant tout à la transversalité, l’interdisciplinarité, le mènera de l’analyse harmonique (équations de Wiener-Hopf et de Paley-Wiener) et du calcul des probabilités (mouvement brownien) à la construction des premiers calculateurs modernes, puis, en collaboration avec des neuro-physiologistes, à la création d’une nouvelle science, dont il expose les principes dans La Cybernétique ou la commande et la communication chez l’animal et dans la machine (1948) ; le principe de rétroaction y tient une place centrale.

En compétition avec Von Neumann, partisan du tout-numérique (processus discrets), Wiener préfère l’analogique (phénomènes continus), sans exclusive ; il est troublant de penser que, sans la stupidité de sa femme qui, par une calomnie, l’amène à rompre avec ses principaux collaborateurs, peut-être les développements de l’informatique auraient-ils suivi une voie différente ; les découvertes récentes sur le fonctionnement du cerveau pourraient ramener une part d’analogique dans le futur.

Wiener est aussi (surtout ?) un citoyen lucide, conscient des dangers de ses propres découvertes : il refuse toute collaboration avec les militaires, et écrit L’usage humain des êtres humains : Cybernétique et Société.

Basée sur des archives familiales et professionnelles et des souvenirs des proches de Wiener, cette biographie, sans contenu strictement mathématique (ni théorèmes, ni calculs), et qui frôle parfois le panégyrique, souffre de l’absence d’un Index des innombrables noms propres cités, et d’une Bibliographie qui permettrait de retrouver les textes originaux de Wiener ; mais à travers une description claire et précise des travaux de Wiener et de ses collègues, elle apporte néanmoins une vision détaillée et passionnante de la façon dont se fait la science, dans son contexte historique.

(Article mis en ligne par Christiane Zehren)
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