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  APMEP   LE MEPRIS ou le malheur derrière les murs.

Article du bulletin 508

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Dix nouvelles sur notre enseignement

Paul Louis Hennequin

- 31 mars 2014 -

par Jean Moussa. Hdiffusion, octobre 2013.

150 p. en 16x24. Prix : 19 €.

ISBN 978 2363 450326. Même en se limitant à notre pays, nombreux sont les mathématiciens qui ont pris la plume pour écrire qui un roman de science-fiction, qui un policier, qui ses souvenirs, voire des poèmes ou une œuvre philosophique.
Jean Moussa a quant à lui publié il y a deux ans un premier ouvrage Du fond de la classe, réflexions d’un inspecteur général rassemblant une vingtaine de situations typiques de notre système éducatif et recensé par Marc Roux dans le n° 495 du Bulletin.

Il nous offre ici dix nouvelles, les unes concentrées sur une courte période de la vie de la classe ou de l’établissement, les autres s’étendant sur une large tranche de la vie des protagonistes.
L’effaceur : les maladresses au tableau et la riposte de la classe à une cruelle saillie du professeur de physique.
La bombe : le désespoir d’une candidate au Capes qui, désarçonnée par les questions du jury, déclenche une alerte à la bombe.
Le mépris : un élève de math sup auquel on a refusé l’accès en spé vient raconter dix ans plus tard à son prof sa réussite dans une carrière commerciale.
L’enfer  : une prof d’anglais aigrie et coincée se réfugie dans le commentaire d’un poème de Stevenson qu’elle s’applique à elle même.
Motivés  : le dialogue difficile entre un enseignant qui veut organiser la visite d’un centre de calcul scientifique et son chef d’établissement qui multiple les obstacles administratifs.
Une jolie matinée d’automne : la deuxième dictée d’un élève de sixième terrorisé par l’orthographe et un nouveau zéro malgré tous ses efforts et ses progrès
Par cœur  : une élève de première S stressée par la pression de ses parents finit par rompre avec eux pour être libre de son orientation.
Évasion : le rêve d’une inspectrice qui s’est endormie à la lecture des textes officiels sur les manuels scolaires.
Le secret : l’histoire d’un bizutage qui ne veut pas dire son nom qui se termine par l’assassinat d’un professeur brillant et intègre.
Précarité : quinze ans de pérégrinations et de galère d’un maître auxiliaire africain sans papiers.

Bien écrit, en respectant le style et le langage familier des divers intervenants, ce livre se lit avec facilité mais, malgré l’humour sousjacent, il laisse une certaine amertume assumée d’ailleurs par l’auteur qui résume ainsi son propos : exprimer la dureté et l’étrangeté des rapports entre les différents acteurs du système éducatif à travers un seul et même leitmotiv, le mépris, évoquer un monde inhospitalier bien éloigné de la fonction proclamée d’intégration sociale.

Dans la postface, il pose un certain nombre de questions : pourquoi notre système égalitariste et volontariste fondé sur l’élitisme républicain réussit-il moins bien que dans d’autres pays à assurer les mêmes chances à tous ? quelles sont les causes et les effets du mépris entre collègues, entre enseignants et élèves, entre la hiérarchie et les collègues ?

Finalement il laisse le lecteur choisir entre deux attitudes : penser que l’institution scolaire se trouve à l’abri du mépris en ce qu’elle a de plus précieux, élévation de l’esprit, transmission des connaissances ou formation morale, ou au contraire que le mépris est le moteur caché mais essentiel et vital du système éducatif qu’il pourrit, discrètement mais sûrement.

Un livre, construit sur une longue expérience professionnelle et de fines observations, qui ne laisse pas indifférent !

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