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  APMEP   La fabrique des « meilleurs »

Article du bulletin 461

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Enquête sur une culture d’exclusion

Gérard Kuntz

- 11 juin 2016 -

par Patrick Fauconnier.

Le Seuil, l’histoire immédiate. Avril 2005.

ISBN 2-02-080216-3. 282 pages.

« L’école de la compétition rend la société française peu solidaire et violente ! » Nous sommes à mille lieues de l’affirmation béate – et sotte pour tout dire – du ministre qui plaçait notre école au sommet du pinacle. La charge de Patrick Fauconnier est rude, mais ceux qui fréquentent le système scolaire français y reconnaîtront, s’ils sont de bonne foi, une large part de vérité.

L’école fonctionne comme une raffinerie, qui sépare les fluides de densités différentes. Elle se voue (dès l’école élémentaire) à « l’extraction des élites », elle raréfie le nombre de ceux qui entreprennent des études supérieures et amplifie les inégalités. Elle pourrait ressembler à une pépinière, où les jeunes pousses grandissent dans toute leur diversité, les plus faibles étant soutenues par des tuteurs et objets de soins particuliers.

Elle méprise les écoles alternatives et l’enseignement professionnel. La « seconde chance » est des plus théoriques, malgré un budget de 22 milliards par an pour la formation continue, qui profite surtout … à ceux qui ont déjà une bonne formation initiale. Quant à la formation « sur le tas », mieux vaut ne pas en faire état si on veut garder la considération de ses amis.

La France est malade de son école et de sa sélection sauvage. Elle étouffe ses créateurs par ses rigidités, oublie les personnes handicapées, détourne le regard de ses « pauvres ». Elle laisse aux associations le soin du secours. Comme l’école propose aux élèves en perdition « le soutien » comme remède.

Fauconnier esquisse une alternative à l’école de la sélection et de la violence. Tout au long du livre et par petites touches, il décrit ce qui « pourrait marcher ». Il s’agit souvent d’expériences ayant fait la preuve de leur efficacité et qui donc n’ont été ni reconnues, ni diffusées, ni amplifiées… Mais c’est avant tout d’un changement d’état d’esprit qu’il faut attendre une amélioration. La difficulté d’enseigner, les résistances, les violences et l’ennui (même des « bons élèves ») finiront-ils par imposer le débat et les changements qui éviteront le naufrage ?

(Article mis en ligne par Catherine Ranson)
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