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Article du bulletin 497

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Des compléments pour avancer

Karine Sermanson

- 29 novembre 2014 -

Karine Sermanson [1]

L’article de Julie Verscheldem présente de façon claire et synthétique le contenu de l’outil de validation du socle commun : le LPC.
Notons que tout le vocabulaire évoqué (paliers, compétences, domaines, items) figurait déjà dans les premiers textes définissant le socle en 2005. Seulement, peu de professeurs s’y sont vraiment intéressés car on ne leur demandait pas de se prononcer sur l’état d’acquisition de ces compétences par leurs élèves. Depuis 2011, le Livret Personnel de Compétences doit être renseigné. Cela pose de nombreuses difficultés car, comme le précise l’article, « les mœurs n’ont pas changé dans les établissements » et le LPC est un outil de validation. Pour être en mesure de valider, il faut en amont avoir formé les élèves à ces compétences et pratiquer en classe une évaluation qui permette de se prononcer (et se prononcer positivement !) en fin de palier. Cela nécessite une vraie évolution des pratiques pédagogiques et des pratiques d’évaluation. Depuis 2005, de nombreux documents d’accompagnement ont précisé comment faire évoluer les pratiques pédagogiques « dans l’esprit du socle » (enseignement spiralé, travail centré sur la résolution de problèmes, mise en œuvre de tâches complexes, intégration de notions et de méthodologies de plusieurs disciplines, …). Mais pour ce qui est des pratiques d’évaluation, s’il a clairement été reconnu que les grilles de micro compétences étaient à proscrire, aucune « recette » n’a été donnée. Il est sûr que l’évaluation menée par l’enseignant au quotidien ne doit avoir pour but que de former les élèves et repérer leurs difficultés pour mieux organiser la gestion de l’hétérogénéité puisque l’objectif final est de valider le socle pour tous en fin de scolarité obligatoire.
Alors quel type d’évaluation adopter au quotidien dans la classe ? Voilà le vrai problème !

Il est clair que « l’évaluation chiffrée traditionnelle » sous forme de contrôles en fin de chapitre constitués de plusieurs exercices que nous avions l’habitude de pratiquer ne suffit pas à évaluer les compétences du socle. Elle permet certes, de savoir ce que l’élève ne sait pas faire à un instant donné, mais déceler pourquoi il ne sait pas faire et quelle compétence il doit travailler est déjà plus délicat. Par ailleurs, évaluer la prise d’initiative, l’autonomie, la démarche d’investigation, l’utilisation des TICE, … par le biais de seuls contrôles en fin de chapitre est impossible. Alors faut-il mener conjointement d’autres formes d’évaluations davantage axées sur les compétences. Les enseignants qui s’y sont essayés ont vite déchanté étant donné le travail considérable que cela demande, en termes de préparation et de mise en œuvre, de correction, de communication aux élèves et aux parents et d’exploitation. Et puis certains diront : à quoi bon faire tout ce travail si on valide ensuite pour tous les élèves, de façon quasi-systématique, le LPC ?

Personnellement, je crois que la validation du socle pour tous, doit être notre objectif (puisque c’est écrit dans la loi) et que le travail du professeur est de faire de son mieux pour y parvenir. On sait bien que c’est totalement utopique mais l’idée, je crois, est d’essayer de faire évoluer notre enseignement pour améliorer la formation de tous les élèves, même les plus en difficulté.
Voilà plus de cinq ans que je m’intéresse au socle et à sa mise en œuvre. J’ai d’abord travaillé à l’élaboration de grilles de compétences et d’activités d’évaluation mais la gestion des résultats et le suivi se sont avérés vraiment trop chronophages pour être mis en œuvre dans toutes mes classes.

Aujourd’hui, je suis convaincue que c’est le choix des activités de formation proposées aux élèves qui est primordial. De nombreuses ressources sont disponibles sur les sites académiques.
Quant à l’évaluation, je continue de donner des devoirs « maison », courts mais fréquents, et des contrôles « bilan  » notés en fin de chapitre (la note reste une référence pour l’élève et sa famille).
Par ailleurs, mon établissement est équipé de tableaux numériques interactifs [2], ce qui me permet d’utiliser régulièrement des boîtiers d’évaluation qui fonctionnent avec le logiciel du tableau : ces boîtiers d’évaluation ressemblent à des téléphones portables sur lesquels on peut saisir du texte et des caractères mathématiques. Chaque élève dispose de son boîtier. L’enseignant, en préparant son cours, peut y insérer des questions. Lorsqu’on lance la session de vote, la question apparaît sur le boîtier de chaque élève qui saisit alors sa réponse. Dès que tous les élèves ont répondu, les résultats s’affichent au tableau ; on peut alors commenter avec la classe les différentes réponses obtenues.

Bien sûr, il ne s’agit pas de s’en servir à chaque séance mais ce dispositif se révèle efficace dans de nombreuses situations :

  • Pour faire le point sur une notion avant de commencer un chapitre (évaluation diagnostique sous forme de QCM).
  • Pour interroger à tout moment tous les élèves pendant une leçon, une activité ou un TP informatique, sur une question quelconque : conjecture, question de logique, résultat numérique à un calcul, analyse d’erreur, etc. Je peux ainsi les tester sur des points précis pour vérifier leurs connaissances, contrôler l’avancée de leur recherche lors de la résolution d’un problème, bref, élargir le champ des compétences évaluées.
  • Pour travailler la correction d’un devoir  : je peux alors scanner quelques copies d’élèves, les afficher au tableau et poser des questions via les boitiers sur la résolution proposée. Cette technique permet de faire réfléchir les élèves sur la rédaction, la logique, la rigueur, et l’on constate qu’être individuellement sollicité motive beaucoup les élèves.
  • Pour la pratique régulière du calcul mental, toutes les activités proposées dans les brochures « Calcul mental et automatismes » peuvent très facilement être mises en œuvre avec les boîtiers.
  • Pour différencier l’évaluation  : Il m’arrive aussi de préparer une série de questions auto-rythmées et d’y insérer des questions de suivi pour ceux qui en ont besoin ; ainsi, j’adapte l’évaluation formative à chaque élève, je cible les compétences évaluées et le niveau.

L’avantage est que tous les élèves sont sollicités très régulièrement, de façon informelle, en pleine activité mathématique. La gestion des résultats est instantanée et permet de suivre l’acquisition progressive des différentes compétences. Certes le travail de préparation en amont reste important mais il n’y a plus de correction, les résultats s’affichent directement au tableau de façon visuelle et explicite pour les élèves et un fichier bilan peut être facilement récupéré.

Je n’ai encore que peu d’expérience de ces nouveaux outils d’évaluation, mais je trouve déjà leur impact sur l’activité des élèves en classe vraiment positif.
L’évaluation devient un véritable outil de formation, l’enseignant peut détecter immédiatement les difficultés, différencier, adapter ses séances aux besoins des élèves, sans perte de temps afin de mieux former aux compétences du socle. Quant à la validation en fin d’année scolaire, le travail d’évaluation ainsi mené tout au long de l’année devrait normalement permettre une validation massive. Pour les élèves dont le niveau reste malgré tout insuffisant dans certains items, les logiciels de suivi d’acquisition de compétences (comme Gi-socle ou Sacoche) permettent de signaler précisément les besoins à l’enseignant qui poursuivra la formation de l’élève en classe supérieure de sorte que la formation dispensée au cours des quatre années de collège aboutisse finalement à une validation du socle pour le plus grand nombre. À suivre…

(Article mis en ligne par Armelle BOURGAIN)

[1] enseignante en collège à Chauvigny de 2005 à 2010 puis en lycée à Bazas depuis 2011. karine.sermanson@free.fr

[2] J’utilise les tableaux Promethean, et les boîtiers ActivExpression, fonctionnant avec le logiciel ActivInspire. Tous les boîtiers présents sur le marché n’ont pas les mêmes fonctionnalités, et il est important d’examiner en détail les possibilités des divers modèles avant toute décision d’équipement.


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