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  APMEP   Le virage des 75 ans

Article du bulletin 490

Michel Soufflet [1]

Durant mes quatre années au bureau de l’APM, nous célébrions les 75 ans de notre association. Ce fut l’occasion de publier toute une série d’articles écrits par nos anciens qui nous ont rappelé qu’on pouvait associer simplicité, modestie, compétence et culture à une bonne dose d’humour. Je pense en particulier au témoignage de Gilbert Walusinski mais il n’était pas le seul.
L’arrivée de la gauche au pouvoir en 81 avait curieusement engendré une baisse du militantisme tant dans les syndicats que dans les associations et nous étions confrontés à un double problème :

  • la baisse des adhésions : mon prédécesseur, Pascal Monsellier, ayant réussi à inverser le signe de la dérivée seconde, nous avions pour mission d’inverser celui de la dérivée première. Nous avons dû nous contenter de la faire tendre vers 0. Le nombre d’adhérents ne baissait presque plus. On se console comme on peut !
  • le manque d’écoute total de la part du Ministère de l’Éducation. Nos courriers et demandes d’entrevues restaient sans réponse, nous n’avions plus de contacts avec le ministère depuis plusieurs années. Les retombées de la période dite des maths modernes et l’utilisation abusive des mathématiques à des fins de sélection plaçait notre discipline sur le banc des accusés avec, déjà, des projets de coupes dans les horaires d’enseignement au collège et au lycée.

Comment se faire entendre ? Les pétitions semblant inefficaces pour influencer les autorités, quelle stratégie fallait-il adopter pour se faire connaître des médias tout en continuant à mobiliser les militants de la base ?
La rencontre fortuite avec le Directeur Commercial du journal Phosphore nous suggéra une piste : Internet n’existait pas encore mais son ancêtre hexagonal se développant rapidement, pourquoi ne pas organiser une consultation gratuite des corrigés du bac sur Minitel le soir même de l’épreuve ? Cela permettrait de nous faire reconnaître des médias comme un organisme incontournable sur tous les problèmes concernant l’enseignement des mathématiques. Comme cela impliquait la constitution d’équipes régionales, nous pouvions espérer une mobilisation importante.

C’est ainsi que nous nous sommes embarqués dans une vaste opération en collaboration avec RTL et Phosphore. Un soir de juin 86, pendant qu’une partie du pays regardait le match Italie-France en phase finale de coupe du monde nous coordonnions l’opération depuis les Tours Mercuriales à l’est de Paris dans les locaux que nos partenaires avaient mis à notre disposition avec les moyens en ordinateurs et télécopieurs. Techniquement, ce fût un succès : dès 10 heures du soir, nous avions mis en ligne tous les corrigés venant de toutes les académies. De nombreux collègues consultaient de leur domicile et les deux ou trois petites erreurs inévitables dans ce genre d’exercice en temps réel furent signalées par téléphone et corrigées dans l’heure. Cela confirmait le sérieux du travail de l’APM, pas pour nous (nous le savions déjà !), mais se faire connaître des médias n’avait de sens qu’avec cette image.
Sur le plan commercial, celui qui intéressait nos partenaires, le succès fût plus mitigé : deux autres groupes concurrents nous avaient imités et celui constitué du Journal Libération et d’Europe1 nous avait dépassés quant au nombre des consultations.
L’opération ne fût pas renouvelée, la qualité des corrigés, qui faisait notre force, n’était pas essentielle dans ce type d’opération car le candidat au bac qui consulte le soir ne s’intéresse qu’au résultat, pas à la qualité de la rédaction. Nous avons alors songé à rediriger la dynamique ainsi engendrée vers l’écriture d’annales corrigées. À condition d’y ajouter des conseils pour approfondir, aller plus loin, dépasser le « stade annales » en quelque sorte, l’APM pouvait se constituer en groupe d’auteurs, la commission Second cycle pouvant alors facilement définir les critères de choix et constituer une équipe. Nous pensions qu’il y avait là une vraie opportunité pour notre association d’élargir son rayonnement : lorsqu’en septembre l’éditeur envoie ses exemplaires d’annales non corrigées, il contacte tous les professeurs et annonce la parution des versions corrigées à venir.
Les conditions n’étaient pas réunies à l’époque mais cette idée pourrait peut-être être reprise aujourd’hui : trouver un éditeur ne devrait pas être trop difficile désormais, l’APM ayant déjà des accords de partenariat de ce type.

Malgré tout, nos efforts pour « toucher » les médias ont été quelquefois récompensés, au cours de ces années nous avons été souvent contactés par les hebdomadaires comme « Le Point », « L’Express », « Le Nouvel Obs », le « Monde de l’éducation », … Lorsque le quotidien « Le Monde » nous a consacré une page dans son édition du jeudi, dès la parution du journal, c’est-à-dire le mercredi après midi dans la capitale, le Ministère nous contactait pour prendre rendez-vous. L’entrevue qu’on nous refusait depuis plusieurs années était programmée pour le vendredi. Comme s’il avait fallu une preuve, alors que nous attendions dans le bureau du Conseiller du Ministre, nous avons vu le journal de la veille ouvert à la page de l’APM. Nous étions entrés dans l’ère des médias.

(Article mis en ligne par Armelle BOURGAIN)

[1] Membre du Bureau de 84 à 88 et Président de 85 à 87.


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