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  APMEP   RÉFLEXIONS D’UNE AGRÉGÉE DE MATHÉMATIQUES AU XX e SIÈCLE

Article du bulletin 460

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Henri Bareil


par Lucienne FÉLIX,
avec préface de Paul-Louis Hennequin et Introduction de Guy Brousseau.
Collection « Acteurs de la Science ».
Éd. L’Harmattan.

Brochure de 248 pages en 13,5 × 21,5, bien présentée, avec huit photographies.
N°ISBN : 2-7475-8055-5. Prix : 21,20 .

  • Voici, enfin (elle est décédée voici près de 10 ans), l’autobiographie, tant attendue, laissée par Lucienne Félix.
  • Née en 1901, Lucienne adore très vite les mathématiques. Sévrienne, elle s’y meut dans la fraîcheur d’esprit qu’y insufflaient, loin d’institutions plus illustres mais alors ronronnantes, des maîtres éminents dont Henri Lebesgue.
    Première à l’Agrégation, en 1923, elle adhère aussitôt à l’APM (alors sans « E.P. » !).
    Elle y sera constamment une animatrice et une responsable active et dévouée : on en jugera par sa biographie et un émouvant « Adieu à l’APMEP » écrit lors de ses 90 ans.
    Elle entame alors une brillante carrière, qui sera doublement brisée, de 1940 à 1945 d’abord, et il faut revivre cette double honte, par l’hostilité des collègues masculins à la nomination d’une femme en Prépas, et par le régime de Vichy, puis ses séquelles.
    En 1945, la voilà au Lycée La Fontaine, à Paris, cantonnée à la « Math-Élem » (la TS spécialité maths d’alors, avec 9 h hebdomadaires de maths) et, à sa demande, avec des classes de Quatrième-Troisième.
    Très vite elle est une figure éminente dans les échanges nationaux et internationaux concernant des rénovations de divers ordres (mathématiques et pédagogiques) de l’enseignement des mathématiques. Cela va des « Chantiers Mathématiques » de l’APM aux grands Congrès de la CIEM ou de la CIAEM.
  • De là ce livre foisonnant où l’on trouvera, en sus de la vie privée et professionnelle de Lucienne :
    – au moins sept décennies où, d’une plume alerte, elle nous invite à fréquenter de grands mathématiciens ou pédagogues, nous initie à leurs idées, nous fait partager leurs espérances, et raconte de nombreux Congrès, visites, voyages, …
    des réflexions en profondeur, et des « Conseils pédagogiques » éclairés, sur l’enseignement des maths, avec des exemples de progressions, d’études, d’activités (cf. notamment des dialogues « Dessi, mathi, logi », d’autres sur la géométrie, et les deux textes « Dans le jardin de M. Fève » (1962) et « Dans mon jardin » (1972)).
    une présentation de ses nombreux articles ou ouvrages, dont les merveilleux (à mon avis) « Dessi, mathi, logi » pour Collèges (1971) et l’« Exposé moderne de mathématiques élémentaires » (1965) – un de mes meilleurs livres de chevet d’alors ! –.
  • Pour Lucienne, l’enseignement des mathématiques se veut cohérent dès l’enfance. Voilà pourquoi, cette éminente plume sollicitée par des maîtres illustres, s’intéresse aussi à la Maternelle, à l’enseignement élémentaire, …
    Voilà aussi pourquoi, peut-être, sa flamme et ses enthousiasmes sont toujours sertis dans une grande sagesse… Et, fervente défenseur, entre autres, d’enseignements de la géométrie, Lucienne a aussi contribué à l’éclosion de l’école française de didactique des mathématiques.
  • Elle adorait les élèves, et leurs jeux de mots, ravie de leur langage propre. Ainsi, d’un « C’est drôle de nager ainsi dans le vague », à propos de la première résolution d’un problème par équation, ou d’un : « Dans la multiplication, si 1 est élément neutre, -1 est élément contrariant et zéro est élément terrible », ou d’un « Être carré, c’est un accident pour un rectangle », etc.
  • Elle se consacrait avec passion à les faire réfléchir d’abord, construire et découvrir, fidèle à la devise de Montaigne « Faire lire un enfant, ce n’est pas emplir un vase, c’est allumer un feu ». Elle ne cesse d’évoquer Henri Lebesgue, son maître, puis ami, disant, par exemple, « Il y a plusieurs manières de comprendre les mathématiques, donc il y en a plusieurs de les enseigner » ou, s’adressant à un élitiste social, « Quand on est, comme nous , fils d’ouvrier, on ne peut proférer certains propos qui … ». Lebesgue, qui déclarait « Il est grave de mettre systématiquement les maths en pilules », ajoutait aussi « La première qualité d’un professeur c’est la bienveillance ».
  • Faute de place, je ne vous donnerai pas de citations de Lucienne Félix elle-même (voir, néanmoins, les pages 606, 618, 644 et 699 de ce Bulletin). Il y en a tant d’admirables pour nous aider à mieux enseigner et à user de notre liberté pédagogique. Je vous conseille plus que vivement d’aller à la source vous abreuver passionnément des eaux vives de ce livre tout pétri de la joie d’enseigner les mathématiques.
    Des mathématiques dont Lucienne a la plus haute idée mais en précisant que « Le but réel de l’enseignement des mathématiques à des enfants qui, pour une grande part, n’en feront aucun usage plus tard, est de constituer les cadres d’une pensée logique et d’initier au vocabulaire correspondant ».
  • Cet amour des mathématiques, de leur enseignement, de son étude, étaient-ils toute sa vie ?
    Non, nous dit Guy Brousseau, et j’y souscris plus que volontiers : « Cet amour était fondé sur autre chose, sur un humanisme très fort et généreux : Elle a lutté pour la justice et la bonté »…
    Chère Lucienne, bienvenue chez nous tous avec ton admirable livre, avec tout ce que tu es !

Télécharger les citations de Lucienne Félix pages 606, 618, 644 et 699 du BV 460 en pdf

(Article mis en ligne par Catherine Ranson)
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