Daniel Schwartz

Une longue vie de scientifique, d’enseignant, d’humaniste

par Jean Louis Piednoir

Né en 1917, polytechnicien, Daniel Schwartz commence sa carrière en 1939 comme ingénieur des tabacs, poste laissant une grande liberté d’action, ce qui lui permet de s’initier à la statistique et plus particulièrement à la biostatistique. Mais il quitte vite les manufactures des tabacs pour intégrer l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) où il créé le laboratoire de statistique. Il s’intéresse aussi à la formation en statistique et, en 1962, au sein de l’ISUP (Institut de statistique de l’université de Paris), il fonde le CESAM (Centre d’études statistiques appliquées à la médecine), où seront initiés aux méthodes de la statistique, en 30 ans, plus de 2 000 chercheurs et techniciens. Sa notoriété est telle que pour une fois est nommé professeur de médecine une personnalité qui n’est pas médecin de formation. Daniel Schwartz devient professeur de médecine en 1968. En activité comme pendant sa retraite il reste très actif à la SFdS (Société française de statistique), à la fondation de la science statistique et il répond volontiers aux sollicitations de groupes de professeurs, des inspecteurs de mathématiques.

Ses recherches ont porté, ironie de l’histoire, sur les méfaits du tabac, sur le diabète, la fécondité naturelle et sur celle liée à la procréation médicalement assistée. Surtout il a élaboré les protocoles des essais thérapeutiques dont les résultats sont utilisés pour l’autorisation de vente des médicaments. Bref il a introduit en France la plupart des techniques statistiques utilisées pour une meilleure connaissance des pathologies et des traitements qui y sont liés.

Outre ses qualités de chercheur, Daniel Schwartz a été un enseignant hors pair et un vulgarisateur de génie. Outre ses articles de recherche, il a écrit des manuels de biostatistique qui font autorité et des textes de vulgarisation à l’usage de ceux qui ne sont pas à l’aise avec le langage mathématique. On peut citer ce merveilleux ouvrage : « Le jeu de la science et du hasard, collection “ Points ” chez Flammarion », que tout professeur de mathématique, de collège comme de lycée, devrait avoir lu avant de démarrer un cours de statistique. Il s’intéressa de près à la mise en place de la partie statistique du programme de seconde.

Tous ceux qui l’ont écouté gardent en mémoire la clarté et la profondeur de ses exposés. En plus il n’était pas dépourvu d’humour, il savait faire rire ses auditoires. Un de ses élèves, Philippe Lazar, raconte cette séance mémorable où il traitait de la comparaison de deux recettes de poulet à la moutarde, l’une avec de la moutarde, l’autre avec un placebo !

(Article mis en ligne par Armelle BOURGAIN)