E = mc2

Editorial des Chantiers mathématiques de la régionale Ile de France

Gilbert Walusinski est mort le vendredi 13 janvier à Paris, à l’âge de 91 ans.

Il a été très actif au sein de l’APMEP ; entre autres, il était président de la régionale parisienne lors de la mise en place des « maths modernes » et de la naissance des Chantiers de Pédagogie Mathématique.

Sa biographie et un hommage à sa mémoire vont paraître dans le Bulletin Vert.

Le comité de la Régionale Ile-de-France, qu’il a animé de nombreuses années, a choisi de lui rendre hommage, en publiant en éditorial, un extrait de celui qu’il avait écrit pour les Chantiers, au printemps 1972 ; il est toujours d’actualité.

Le texte intégral est sur le site de l’APMEP, dans la rubrique de la Régionale IdF.

$E = mc^2$

Ne lisez pas cette formule à la manière d’Einstein. Ici, $E$ désigne l’enseignement mathématique, $m$ la mathématique elle-même, le contenu de cet enseignement, $c$ la communication c’est-à-dire la manière dont une certaine information est fournie à l’élève, le climat dans lequel s’instaure un échange d’idées, les situations dans lesquelles se développent des initiatives créatrices, des réflexions critiques ou pour dire en résumé (même si ça vous fait sourire) une pensée libre. Vous allez protester : ni l’enseignement, ni la mathématique, ni la communication ne sont des « grandeurs mesurables ». Et puis, pourquoi ce facteur $m$ au premier degré, ce facteur $c$ au second degré ? Vous savez d’avance que je n’ai aucun argument sérieux pour justifier cette formule. Alors, simple élucubration, fantaisie ? Non, provocation, provocation pure ! Je m’explique. Ou plutôt je me répète. (...) Voyez le désastre : $c$ nul et tout petit, vous aurez beau soigner votre $m$, en faire un bijou, rédigé par Cauchy et astiqué par Hilbert, à la sortie de la classe observez $E$ tout efflanqué, minable qui vous fait honte. (...) Encore une fois, il faut penser en même temps à $m$ et à $c$. C’est pourquoi je tiens à l’exposant 2 pour $c$. On le néglige tellement qu’il faut attirer l’attention sur lui. (...) Oui, même dans un domaine qui paraît aussi éloigné des « mouvements de l’âme » que la mathématique ou la mécanique, le professeur est un intercesseur, un comédien, un metteur en scène ; il doit savoir jouer des éclairages, ménager des ombres (si suggestives parfois). D’ailleurs, dans la vraie formule $E = mc^2 $, celle d’Einstein, $c$ n’est-il pas relatif à la lumière ?