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ÉVARISTE 1811-1832 – le roman d’une vie

Henri Bareil

par Jean-Paul AUFFRAY.

Éd. Aléas.

Brochure de 420 pages en 15 × 21, sobrement mais clairement présentée.

Quelques fac-similés d’originaux, de jolies illustrations, une page de « Sources », trois pages de Bibliographie, par thèmes, une table des matières assez détaillée. Des cartes.
ISBN : 2-84301-082-9. Prix : 21 € .

• Frère du chanteur, l’auteur est un mathématicien renommé qui s’est épris d’Évariste Galois au point de lui consacrer une enquête si minutieuse qu’il aurait même refait à pied les trajets parisiens de son personnage !

CINQ PARTIES structurent ce « roman » déclaré véridique :
1. L’ÉDUCATION D’UN PRINCE (93 pages).
2. LA BAGUETTE MAGIQUE DE LA FÉE (118 pages).
3. LA DIFFICULTÉ D’ÊTRE (88 pages).
4. LA PRISON ET LA MORT (98 pages).
5. L’HÉRITAGE D’ÉVARISTE (8 pages).

Il m’est impossible de rendre vraiment compte de ce livre foisonnant, où l’on change à tout instant de personnages et de cadres, avec un intérêt jamais émoussé, en construisant ainsi peu à peu une éblouissante histoire d’Évariste insérée dans une aussi éblouissante histoire de son temps et des événements qui y ont conduit.
Pour donner une idée de ce foisonnement à la fois érudit et lumineux, je détaillerai le chapitre 1 pour survoler ensuite les autres.

AU FIL DU CHAPITRE 1 (La naissance d’un prince).
1811 : naissance d’un « faux » prince, le Roi de Rome, d’un « vrai », Évariste G., et retour de la dénomination « Bourg-la-Reine » pour « Bourg-Égalité » (« faux », « vrai », … c’est de moi, mais conforme !).
Mais, place, d’abord, au grand-père : Jacques-Olivier GALOIS, « maître d’école », puis « instituteur » à Ris (« Brutus », sans curé, dès 1793) avant, chassé par post- Thermidor, de rejoindre « Bourg-Égalité »…
Beaucoup d’enfants, dont l’un brillera dans l’armée, et beaucoup d’aperçus historiques : sur Louis-le-Gros, les Chemins de Saint-Jacques, les prémisses de la Révolution, les avatars des relations entre curés et maires (avec des dialogues savoureux … en diable !), et, bientôt, les campagnes napoléoniennes, l’essor économique et les laissés pour compte, …
L’un des fils, Nicolas-Gabriel, succède à son père « en qualité d’instituteur dans le pensionnat qu’il dirigeait ». De lui naîtra Évariste cependant que l’Empire décline, galère, puis s’effondre, et que nous fréquentons les alcôves, puis les éducations princières de la Maison d’Orléans avec aperçus sur des mouvements de pensée où elle est mêlée…
À Bourg-la-Reine, Nicolas-Gabriel, propulsé maire lors de la fuite de Louis XVIII à Gand, le reste à son retour ! Tout en fréquentant ses nombreux enfants, et un neveu lieutenant-colonel, nous vivons aussi en direct les mouvements de pensée du $18^e$ siècle, l’indépendance des États-Unis, Villèle, la franc-maçonnerie et les Congrégations, … les vies illustres des fondateurs de Collèges Parisiens, les avatars de ceux-ci, …
À travers tout cela, chemine notre « vrai » prince, éduqué par sa mère et « sorti de ses jupons, à l’âge de 13 ans, avec une connaissance étendue du latin, du grec et de l’histoire de Rome », … mérites qui s’affineront de plus en plus lorsqu’ Évariste entre, demi-boursier, à Louis-le-grand, à douze ans, pour une Quatrième et une Troisième brillantes.
Le voilà parmi « les dix meilleurs élèves (en grec et latin !) […] des dix collèges royaux de Paris et Versailles ».
Mais va-il « redoubler » (pour finir en super-crack) la Troisième ou passer en rhétorique ?
Le Proviseur était d’accord pour que les élèves évitent la Seconde et « son enseignement stérile (i.e. les maths !), pour se consacrer utilement aux lettres »… Évariste décide : il ira en Seconde avec, donc, « son prof de maths quasiment pour lui tout seul ! »…
Déçu par « Les éléments de géométrie » de Legendre (trop dilueur d’Euclide), il sera ravi par «  Les éléments d’algèbre » de Lacroix… J.-P. Auffray en profite pour nous y émerveiller d’al-jabr et des apports de Descartes…
Chemin faisant, nous partageons la vie, les chahuts et les punitions des collégiens, leurs frondes massivement réprimées, les valses d’enseignants ou de Proviseurs…
Et, sur une route parallèle (qui ne le restera pas … !), voici le comte de Saint-Simon avec ses projets (ses utopies ?), sa mort, en 1825, alors qu’il érigeait « un nouveau christianisme » et léguait à ses disciples : «  Il faut assurer à tous les hommes le plus libre développement de leurs facultés »…
Sur cette route-là, rejoignant l’héritier Olinde RODRIGUES, vient Saint-Amand BAZARD, … pour un sérieux bazar avec le projet de réunir « tous les instruments de travail, terres et capitaux […] en un fonds social […] exploité en association et hiérarchiquement » – Les deux dernières expressions seront chères à Évariste… –.

LES CHAPITRES SUIVANTS sont de la même – heureuse – veine : la vie mouvementée d’Évariste permet de parler de bien des choses : mouvements philanthropiques, religieux, politiques, sociaux, … vie dans les prisons, émeutes, amitiés et amour, événements historiques et réflexions philosophiques …, avec entrain et – me semble-t-il – compétence…
Évidemment on y parle aussi des maths et des apports d’Évariste – pas seulement de lui : défilent aussi des matheux contemporains de lui, parfois oubliés, parfois très célèbres comme ABEL longuement suivi –.
L’auteur s’attarde sur les fractions continues, les substitutions, les groupes et les propositions de résolution d’équations d’Évariste.
Les explications sont si limpides que ces passages peuvent aisément être mis sous les yeux de non-matheux – pourvu qu’ils acceptent de lire patiemment –.

MA CONCLUSION : Ce livre en vaut plusieurs, pour l’époque charnière 1780-1840, d’histoire événementielle, d’histoire des idées, des sociétés, des mathématiques, tous à la fois riches et captivants, tissés en fresques colorées qui s’entrecroisent avec bonheur, dans une érudition qui sait plaire et retenir à l’égal des meilleurs romans !

(Article mis en ligne par Catherine Ranson)