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Editorial du Bulletin 489. Vers un Institut national de formation continue ?

Qu’on me pardonne un éditorial un peu long, mais le sujet en vaut la peine. La
formation continue des enseignants français apparaît sinistrée. Si la situation n’était
si désolante, on pourrait au moins se rassurer par le fait que ce constat de sinistre
généralisé semble être partagé par tout le monde, jusqu’aux aveux même d’un
ministre de l’Éducation nationale. On ne peut évidemment pas s’en satisfaire et une
telle unanimité dans le constat impose une nécessaire refonte de l’ensemble de la
formation continue. Depuis un an, le ministère affiche la volonté de la réformer en
profondeur. Entre effet d’annonce et réalité, notre cœur balance et nous ne pouvons
que souscrire aux intentions volontaires. L’APMEP a, en tous les cas, des
propositions à faire.

Le colloque de l’Académie des sciences

Au mois d’avril 2010, l’Académie des sciences a organisé un colloque intitulé
"Cultiver la science ; la formation continue des professeurs enseignant les sciences". Il
a été proposé à l’APMEP de faire partie du comité d’organisation et nous n’avons pas
hésité, compte tenu de l’enjeu et des actions à suivre possibles [1]. La date du colloque
était parfaite car elle suivait notre comité de mars qui venait de se positionner et de
voter un texte sur les modalités possibles d’une formation continue entièrement
repensée. De plus, nous n’étions pas la seule association de spécialistes, puisque
l’UDPPC et l’APBG étaient également membres du comité d’organisation. Cela nous
a permis de disposer de trois temps de participation et d’intervention. Tout d’abord,
un collègue a présenté le témoignage d’un enseignant, ses besoins en formation
continue, les difficultés à s’y insérer, à trouver des stages puis à y participer et
rattraper ou non ses cours. Dans un deuxième temps, Gilbert Faury de l’APBG et moi
même, avons disposé d’une demi-heure plénière pour présenter les analyses
communes des trois associations de spécialistes, les demandes et les propositions de
changement nécessaire à une formation que nous souhaitons voir se mettre en place.
Il est frappant de constater une quasi unanimité dans nos analyses et revendications,
avec, pour les mathématiciens, le modèle particulier des IREM à promouvoir et pour
nos collègues des sciences expérimentales, ce même modèle en horizon. Enfin, j’avais
la charge de diriger un atelier centré sur la formation continue à distance au lycée.
L’intérêt essentiel qui est ressorti de l’atelier a été de montrer qu’une formation
continue à distance ne pouvait remplacer des moments de présence des stagiaires [2]. Il
était en effet important d’affirmer clairement qu’une formation continue à distance
doit, certes, être un outil intéressant à utiliser, mais ne peut se réduire à cette
manière, seulement dans un souci d’économie dont on voit par ailleurs qu’il semble
principal dans la gestion de l’Éducation nationale actuelle. Il était d’autant plus
important de l’affirmer, de le prouver par les interventions de l’atelier, lorsqu’on
entend le Recteur Monteil [3]. préciser que les enseignants de terrain doivent « se saisir
de leur propre formation continue »
. Si cette expression signifie que l’État peut, de
cette manière, se désengager de sa mission, qui doit consister à organiser une
formation continue à ses employés, nous ne serons bien entendu pas d’accord.
L’explosion du numérique permet de trouver énormément de documentations en ligne
et on voit vite le raisonnement qui consiste à laisser les professeurs se former sur
Internet, par leurs propres moyens, grâce à ce qui peut se présenter comme une offre
très riche de formation. En revanche, j’ai plutôt envie de reprendre à mon compte
l’expression du Recteur Monteil : oui, nous, enseignants du secondaire et du
supérieur, nous comptons nous saisir de la problématique de formation continue,
grâce notamment à l’action de l’APMEP. Nous avons des demandes précises, des
réflexions argumentées, des propositions élaborées à soumettre au ministère. C’est justement tout l’enjeu de ce Bulletin.

Le séminaire de l’APMEP : La formation continue repensée

Notre séminaire de 2010 était consacré à la formation continue, non sans raison,
avec un esprit de continuité. Il le fallait car depuis pas mal d’années, le constat est
accablant et chaque réunion de nos comités le démontre. La formation continue ne
fonctionne plus. Pour essayer d’avoir des éléments d’analyse institutionnels, nous
avons sollicité la DGESCO qui a bien voulu apporter des informations. Depuis une
quinzaine d’années, la DGESCO a engagé une enquête dont le but est de mesurer le
réalisé de l’activité de formation. Virginie Gohin, Responsable du bureau de la
formation continue à la DGESCO, a eu l’amabilité de venir présenter cette enquête.
Si l’on ne devait retenir que deux chiffres, ce seraient sans doute le nombre moyen de
jours par enseignants formés : 6 jours pour les professeurs du premier degré, 2,6 jours
pour les collègues du secondaire. Mme Gohin reconnait la difficulté à interpréter ces
résultats, compte tenu des disparités importantes dans l’encodage des formations
proposées dans chaque académie. En effet et pour illustrer ce fait par un exemple,
selon que la formation propose ou non des TICE, utilisés ou non en mathématiques,
les informations ne sont pas identiquement comptabilisées. Toutefois, cette
présentation a un mérite immédiat : celui de montrer que l’offre de formation continue
se décline d’une manière illisible, tout en étant enfermée dans des priorités
académiques imposées par les contextes locaux. Il semble alors que l’organisation
même de ce système de formation soit en cause.

Notre second intervenant au séminaire, René Cory, nous le montre d’une façon
efficace, en indiquant plusieurs pistes qui guideront notre réflexion à venir [4] :

L’offre de formation est illisible ;

Il est important de réhabiliter la formation de longue durée ;

Il est indispensable de coordonner et organiser l ’offre de formation ;

Il faut prendre en compte à leur juste valeur les actions de formation ;

Il faut rester vigilants par rapport aux offres qui paraissent alléchantes ;

Il faut prendre en compte la potentialité de l’outil « formation à
distance. »

Et notre collègue René Cori de conclure sur ce qui sera l’objet de notre réflexion
future :

Si l’on souhaite une Éducation Nationale de qualité, on a besoin d’une
formation continue de qualité. On attend donc un signal fort de
l’institution montrant qu’elle en fait une grande cause nationale.

Le très intéressant débat qui s’en est suivi a permis de dégager plusieurs idées
fortes qu’il est bon de rappeler :
Le caractère obligatoire de la formation continue doit être imposé à l’État qui a
une responsabilité de formation de ses employés. Dans le premier degré, cette
obligation a une incidence sur le nombre de journées de formation. Il doit en être de
même dans le second degré.
L’aspect de valorisation de la formation continue n’a pas été oublié non plus. Il
sera un élément déterminant.
Il a été également souligné la nécessité de mener une réflexion permanente entre
formation initiale et formation continue qui doit valoriser la première.
Les conditions
d’entrée dans le métier sont de plus en plus difficiles et la situation des stagiaires à la
rentrée de septembre nous le confirme. On voit émerger des instituts privés qui, par
un marketing aguicheur, incitent les jeunes enseignants à venir se payer « une
formation de qualité indispensable clé en mains ». Le pire est que cela va certainement
marcher.

Notre débat a permis également à nos collègues de l’Union des physiciens
(UDPPC) et de l’Association de Biologie et Géologie (APBG) d’intervenir, dans la
suite du colloque de l’Académie des sciences. Gilbert Faury a insisté sur l’importance
du volet scientifique de la formation continue. Un réel besoin de maintien du niveau
disciplinaire et scientifique est demandé par les enseignants, soit sous forme de stages
en laboratoires, soit sous forme de cours à l’université, rendant nécessaire des stages
longs.

Vers un Institut de formation continue ?

Face à cette illisibilité et au manque d’organisation sérieuse et efficace de la
formation continue, aux difficultés qu’ont les instances nationales d’établir des
priorités claires, aux disparités académiques dans les modalités d’organisation et de
mise en place de cette formation, un autre système s’impose. Le colloque de
l’Académie des sciences a permis l’émergence de plusieurs idées qu’il faudra faire
évoluer. Jean-Pierre Raoult, Président du Comité scientifique des IREM, a su montrer
la pertinence du réseau des IREM dans l’offre de formation. Il a, avec objectivité et
responsabilité, présenté la structure des IREM en véritable modèle.
Jean-Pierre Raoult
n’a pas seulement vanté les mérites mais a également su exposer les points forts et
faibles du réseau des IREM [5].
Notre réflexion doit à présent s’orienter vers ce que pourrait être une formation
continue repensée, obligatoire et valorisante pour les enseignants, dans une
redéfinition de sa durée, de son organisation et de ses finalités. Nos IREM, auxquels
nous sommes profondément attachés car ils ont montré leur efficacité, peuvent ou
doivent trouver une évolution tout en restant un modèle viable. C’est en tout cas le
sens vers lequel peuvent nous mener nos débats futurs. L’idée de créer un Institut
national de formation continue est posée. Basée sur le principe d’un réseau national,
lui-même alimenté par des Instituts régionaux, cette idée peut s’avérer devenir une
proposition intéressante. Les contours d’une telle entreprise sont à construire.
L’objection, entendue au séminaire, qui met en garde de mettre en place une structure
trop centralisée, qui déciderait, depuis Paris, du contenu du stage organisé dans le
collège du Médoc, est effectivement à entendre. La notion sémantique d’Institut est
surement à étudier, certains préférant Conseil national ou Comité national de
formation continue
. Mais l’idée forte est avant tout celle du réseau qui laisserait une
part d’initiative locale, tout en garantissant le caractère national de la formation des
professeurs. Bref, on le voit, le chantier est ouvert.

Le Colloque de l’Académie des sciences d’avril 2010 présentera ses conclusions en
septembre. L’APMEP souhaite également contribuer à faire avancer ses idées.

Nos prochains comités y travailleront, pour une APMEP, certes centenaire, mais
en marche.

Notes

[1Lors de notre rencontre avec la DGESCO au début de l’année 2010, il nous avait été
précisé que les conclusions du colloque seraient attendues et étudiées.

[2Le compte rendu de cet atelier est dans le BGV 153.

[3Jean-Marc Monteil est conseiller du Premier Ministre

[4Le texte de l’intervention de René Cori est reproduite dans ce Bulletin

[5Le présent Bulletin publie un texte de Jean-Pierre Raoult.

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