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Editorial du Bulletin 501 Une consultation nationale décevante.

Refonder l’École de la République est une tâche qu’il convenait de mettre en
œuvre, et dont les membres de l’APMEP ne pouvaient que se féliciter. Cette volonté
rompt avec la pratique antérieure qui a insidieusement entrepris le démantèlement
systématique du système éducatif français depuis plusieurs années. Plusieurs
associations de spécialistes ont été consultées durant l’été. Cette volonté a fait naître
l’espoir de voir se développer des décisions et des propositions innovantes et
ambitieuses pour l’ensemble du dispositif éducatif. Le document de synthèse était
ainsi attendu. On est obligé de constater que le résultat en est pour le moins décevant.

Le document, volumineux, n’a été rendu public que peu de jours après la clôture
de la consultation. Une telle rapidité ne peut qu’engendrer un sentiment de défiance
pour une synthèse d’une consultation qui a duré trois mois et a rassemblé de très
nombreux acteurs du système éducatif. En particulier, durant sa campagne, le
candidat François Hollande avait indiqué une priorité des efforts en direction de
l’école primaire. Or, dans sa facture même, le rapport reprend ce schéma puisqu’il
réaffirme cette priorité, et laisse peu de propositions pour les autres niveaux
d’enseignement. Le lycée est particulièrement peu évoqué alors que la réforme
Châtel est décriée par les chefs d’établissements, plusieurs rapports officiels des
Inspections générales, les associations de spécialistes, les sociétés savantes et les
syndicats.

On est en droit de se demander si ce rapport ne se rapproche pas davantage du
catalogue des propositions de François Hollande que d’une synthèse des
contributions envoyées.

Tous les grands sujets sont bien entendu évoqués, du primaire à la formation des
enseignants. Mais les conclusions du rapport et surtout ses propositions, restent pour
le moins décevantes. On peut en évoquer ici quelques points.

S’il est important de rappeler que des liens étroits doivent être renforcés entre
l’école primaire et le collège, en particulier dans la liaison CM2-Sixième, le rapport
reste bien vague quant à la nature nouvelle que prendraient ces liens alors qu’ils
existent déjà. Une proposition de services partagés est difficile à envisager, au regard
de la spécificité de formation des enseignants du primaire et du secondaire. S’agit-il
pour des enseignants de collège de participer aux activités de l’école primaire
(comme c’est le cas pour les langues vivantes dans certaines écoles) ? S’agit-il pour
des professeurs d’école d’intervenir au collège ?

Pour ce qui concerne le collège, le paragraphe qui lui est consacré est réduit à la
problématique du socle. Les difficultés du collège sont avant tout structurelles.
Depuis de nombreuses années, les tentatives de remédiation des élèves en difficultés
ont toutes échoué. Il s’agit de revoir l’organisation du collège en profondeur et non
de se contenter de quelques retouches. Par ailleurs, les conclusions du rapport sur le
socle sont peu ambitieuses. Si l’idée de sa redéfinition va dans le bon sens, la seule proposition précise, concerne un allègement du livret de compétences. Or, le socle
doit être repensé dans ses buts et dans ses finalités. La double évaluation
actuellement induite par le socle, chiffrée et par compétences, est un problème
conceptuel de fond qui épuise les enseignants. Une réflexion doit être engagée autour
des objectifs de l’évaluation et de la place qu’elle doit occuper dans l’enseignement.
La proposition du rapport de diversifier les modalités de l’évaluation risque
d’alourdir encore cette tâche. Ajoutons à cela que la place et le rôle du diplôme du
brevet ne sont pas clairement explicités. Doit-il devenir un élément de l’évaluation
du socle ? Il est question d’une réforme du diplôme national du brevet alors qu’il est
en train déjà d’être modifié.

Il apparaît pour le moins étrange qu’aucun consensus sur le lycée n’ait pu être
dégagé de la consultation nationale alors qu’un tel consensus a pu aboutir pour les
autres sujets. Le lycée d’enseignement général et technologique n’est visiblement pas
une priorité. Il vient pourtant de faire l’objet d’une réforme largement mise en cause
par les acteurs de l’enseignement (chefs d’établissements, Inspections générales,
associations et syndicats). Malgré « cette soi-disant absence de consensus »,
l’autonomie des établissements semble pourtant acquise et non remise en question
par le rapport alors qu’elle est une source d’inégalités et de disparités de plus en plus
importantes entre les lycées. Cette question ne doit pas être évacuée alors qu’aucune
structure de contrôle de cette autonomie n’est seulement évoquée. La voie
technologique ne doit pas être oubliée ou délaissée. Elle est une voie de réussite de
nombreux élèves. Nous réaffirmons que trois voies sont nécessaires pour
l’enseignement français même si elles constituent une spécificité de ce système
éducatif et une singularité au niveau des autres pays européens. La voie
professionnelle, la voie technologique et la voie générale ne sont pas constitutives
des mêmes façons d’enseigner. Elles possèdent des caractéristiques pédagogiques qui
leur sont propres et qui participent de la réussite des élèves.

Sur un autre plan, les propositions sur les rythmes éducatifs sont inquiétantes.
Sous le prétexte de journées trop lourdes, alléger les horaires d’enseignement
apparaît être la seule solution proposée. Serait-ce un moyen envisagé pour supprimer
les difficultés de recrutement aux différents concours ? Le cynisme budgétaire nous
a déjà habitués à ce genre de possibilités et la question mérite de ne pas être
oubliée…

Enfin, le rapport présente très peu de choses sur la formation continue des
enseignants, hormis des grandes lignes sur lesquelles le consensus est évident.
Pourtant, cette dernière est reconnue comme étant sinistrée. Rendre « effective
l’obligation de formation continue » pour l’État paraît être une évidence qu’aucun
ministère depuis de nombreuses années n’a pourtant suivie. La formation continue
est un droit que l’État n’organise plus. Les propositions de temps institutionnels pour
« reconnaître la dimension collective du métier » sont trop imprécises.
Il faut définir
précisément cette notion et une concertation doit être engagée pour que cela ne reste
pas en l’état.

Pour la formation initiale, la proposition des ESPE comme résultat d’une
consultation nationale est bien proche de celle qui a été évoquée par le candidat Hollande. Dans de telles écoles, il est nécessaire d’impliquer les professeurs de
terrain qui ont des classes en charge. Les futurs stagiaires lauréats des concours
doivent pouvoir bénéficier d’un tutorat pendant leur année de stage à l’horaire allégé.

On le constate, la consultation nationale reprend de très près les propositions du
candidat François Hollande présentées lors de la campagne électorale présidentielle.
Des pistes, parfois intéressantes, sont proposées. En particulier, la réaffirmation
d’une priorité pour l’éducation nationale qui avait été la grande sacrifiée du
quinquennat précédent. D’autres propositions du rapport restent au rang de
généralités sur lesquelles un consensus est évident ; enfin, certaines propositions sont
inquiétantes ou dangereuses si elles venaient à être mises en application car elles sont
de nature à remettre en cause le modèle national de l’école républicaine au cœur de
la question de la refondation.

L’APMEP souhaite que la seconde phase de la refonte
de l’école s’ouvre, vers une négociation (et non une consultation), avec les différents
acteurs de l’éducation. Les associations de spécialistes demandent à en faire partie.

L’APMEP

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