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Editorial du Bulletin 510 Des débats à ouvrir.
Il y a un an, je prenais la présidence de l’APMEP. J’entame cette seconde année
avec encore plus de questions et des réponses toujours difficiles.
J’ai rencontré beaucoup de personnes, engagé de nombreuses discussions. J’ai été
confronté à des opinions très diverses, souvent inconciliables. Au cœur même de
notre association, des positions radicalement différentes coexistent.
Fidèle à ce que
j’imagine être le rôle d’un président, j’ai essayé d’en faire une synthèse, quitte à
décevoir chacun des protagonistes.
Après vingt ans de ZEP, en collège puis en lycée, j’ai passé quatre ans dans un
lycée de centre-ville, avant d’être nommé dans une classe préparatoire qui comporte
plus de 40 % de boursiers. Cette multiplicité d’expériences m’a sans doute conduit à
accepter les responsabilités que j’occupe maintenant dans notre association.
Pourtant, toutes les rencontres que j’ai été amené à faire durant cette année, cette
diversité foisonnante d’opinions auxquelles j’ai été confronté, m’ont renforcé dans
l’idée que je ne pouvais me réclamer de cette expérience pour légitimer mes
positions.
Au bout de cette année, j’ai acquis la certitude que l’école, son organisation, ses
buts, et dans une certaine mesure ses programmes, sont avant tout des choix
politiques, c’est-à-dire des choix que devrait faire la société dans son ensemble.
Que les praticiens de l’éducation (en particulier les enseignants, mais pas
qu’eux…) soient associés au débat est évidemment indispensable.
Néanmoins, croire
que leur position leur donne une légitimité particulière est un leurre.
On trouve chez
eux comme partout ailleurs de nombreux biais idéologiques. Et je dois dire que ce
qui m’a le plus surpris, c’est que les médias fassent si souvent appel aux associations
de professeurs ou même à des enseignants isolés pour se faire une idée des problèmes
de l’école. Ce qui est vraisemblablement en cause ici, c’est l’absence de
communication des ministères de l’éducation successifs.
Les enjeux des prochaines années sont importants. La réforme du lycée, dite
réforme Chatel, a anéanti la place des mathématiques en section littéraire. Vont
arriver bientôt comme candidats au professorat des écoles ces élèves de la série L qui
n’auront plus fait de maths depuis la seconde. Évidemment, nous réclamons le retour
d’un enseignement de mathématiques en série L. Mais l’urgence est sans doute de
répondre aux difficultés prévisibles que vont avoir certainement ces futurs
enseignants du premier degré.
Au moment où le rapport PISA nous rappelle combien notre système scolaire
laisse de jeunes sur le chemin (avec un décrochage scolaire très coûteux et très
important), une fragilité accrue du primaire ne peut qu’inquiéter.
Cette réforme du lycée a eu une autre conséquence que nous avions prévue : faire
de la série S une série pléthorique et généraliste. Je suis intimement convaincu que
des gens bien plus forts et bien plus intelligents que moi pourraient justifier ce choix.
Il faut le considérer comme un choix politique dont les raisons d’être ne se ramènent
sans doute pas à une volonté perverse de détruire les mathématiques. Mais, sans faire
aucun procès d’intention, on peut se demander si l’incohérence de la situation
actuelle avait été réellement prévue. Le mélange des deux genres (généraliste et
scientifique) aboutit pour de nombreux élèves sans goût pour les sciences, mais
scolarisés dans cette série, à des difficultés insurmontables, et entraîne un malaise et
une lassitude chez les enseignants. Les réactions à l’épreuve de mathématiques du
bac S ont bien mis en évidence cet aspect. J’ai pu me rendre compte au fil des
discussions que les avis sur le maintien des séries sont très partagés, mais ce qui est
certain, c’est que pour tous, la situation actuelle ne peut pas durer.
On a souvent l’impression depuis de trop nombreuses années, que chaque
réforme, sans préjuger de « l’arrière-plan caché » (mais connu de certains, plus
lucides sans doute) de ses intentions, se contente d’ajouter une couche à ce qui existe.
On aboutit ainsi à un ensemble profondément incohérent et largement inefficace. Je
dois reconnaître que, comme beaucoup, j’avais espéré une vraie remise à plat quand
Vincent Peillon est arrivé au ministère. Quelques mois plus tard, de nombreux
déboires électoraux étant passés par là, on a le sentiment confus d’un nouvel
abandon.
Les ambitions d’un socle rénové laissant entrevoir la fin d’un système
d’évaluation absurde et d’une lourdeur incroyable semblent faire déjà partie du
passé.
Il faut plus que jamais des changements rapides et profonds. Ne serait-ce que
pour attirer un peu plus d’étudiants vers le métier d’enseignant, l’APMEP doit
prendre sa part pleine et entière dans la réflexion sur l’école en général et sur
l’enseignement des mathématiques en particulier.
C’est d’abord au sein des
régionales que doivent s’ouvrir les débats qui donneront au comité une plus grande
légitimité dans ses positions. Il ne s’agit pas d’opposer « pédagogistes » et
« bourbakistes », mais de créer les jalons d’une grande réflexion sur ce que nous
voulons pour l’enseignement des mathématiques à l’horizon 2025.
Nous ne devons pas nous laisser envahir par un certain pessimisme ambiant.
La
prochaine année scolaire est celle d’élections « individuelles » au comité national.
N’hésitez pas à présenter votre candidature pour que notre association, votre
association, reste le lieu d’un débat d’idées riche et incessant.