En hommage à Ginette Mison

André Deledicq

Ancienne présidente de la régionale de Lyon, elle fut une militante infatigable de l’APMEP.
Travailleuse acharnée, elle collabora à de nombreux manuels scolaires ainsi qu’aux plaquettes Galion. Toujours soucieuse de la promotion des mathématiques et de la défense de leur enseignement, elle organisa avec succès expositions et rallyes. Femme de convictions, engagée, militante, entreprenante et dynamique, elle ne laissait personne indifférent.

J’ai fait la connaissance de Ginette il y a un peu plus de trente ans.
Nous n’avons pas cessé, depuis, de nous rencontrer ; d’abord dans les colloques et journées que les IREMs et l’APMEP multipliaient alors, puis progressivement dans l’écriture de livres, brochures et manuels que nous voulions concevoir et faire ensemble, avec René aussi bien sûr.
Ginette avait d’abord de l’enthousiasme : lorsqu’on se disait « il faudrait faire un document qui présenterait le savoir et le savoir-faire comme ci ou comme ça, qui aiderait les élèves à comprendre ceci, qui expliquerait aux profs cela, … » elle était toujours partante pour réfléchir et avancer ; et souvent nous avons été heureux d’aller ainsi, avec elle, jusqu’au bout de nos projets.
Car Ginette aimait le travail d’écriture ; avec René, ils piochaient dans leurs expériences et leurs connaissances et, la plupart du temps, c’était bon et efficace.
Avec Ginette, cela paraissait tellement simple : on décidait de s’y mettre … et les exercices défilaient, les trouvailles s’enchainaient, le plaisir de la découverte s’appuyait sur la recherche commune et nourrissait l’amitié.
Ginette faisait plus qu’aimer « enseigner les mathématiques », elle vivait son enseignement avec un amour et un respect illimité pour les élèves, un amour sans concession qui savait leur montrer la nécessité et les avantages de la contrainte et du travail.
Oui, en effet, Ginette voulait aussi être une vraie citoyenne et elle aurait voulu que les autres le soient aussi ; son engagement était profond, à la fois éducatif et politique ; il était enraciné dans les valeurs que les écoles normales de la République nous avaient enseignées et que sa présence, ses attitudes et ses coups de coeur nous rappelaient souvent. Un jour, nous avions relu ensemble le fameux discours à la Jeunesse que Jaurès avait prononcé à la distribution des prix du lycée d’Albi.
Je me souviens, Ginette, de notre bonheur qu’un homme ait pu écrire aussi bien ce que nous pensions, et je voudrais, aujourd’hui, pour toi, en relire quelques lignes ; elles collent si bien à ton image et te ressemblent tant… Chaque phrase me fait penser à toi :

Le courage, dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit, … et c’est de garder, dans les lassitudes inévitables, l’habitude du travail et de l’action ; c’est de surveiller exactement la machine à filer le tissu pour qu’aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un monde social plus vaste et plus fraternel...
Le courage, c’est d’explorer la complexité presqu’infinie des faits et des détails, et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes…
Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes, sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire…

Tous ces courages, Ginette les avait, et elle l’a montré jusqu’au bout…
Plus jamais, Ginette, nous ne pourrons sourire ensemble de la petitesse, mais aussi de la grandeur de nos camarades et de nos amis. Plus jamais je ne pourrai t’embrasser.

André DELEDICQ, après le 19 mai 2009.

(Article mis en ligne par Armelle BOURGAIN)