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Évariste

par François-Henri Désérable

Gallimard, 2015.

176 pages 14x20,5. Prix : 16,90 €

ISBN : 978-2-07-014704-5

Les livres sur Évariste Galois ont fleuri en
2012, bicentenaire de sa naissance (voir BV
n° 498) ; celui-ci, plus récent, classé
« roman  », est plutôt un récit, sans dialogues
ni personnages imaginaires, respectant un
strict ordre chronologique, sans contradiction
avec les précédents ; il est divisé en vingt
chapitres (sans titres), volontairement autant
que d’années vécues par Galois. Sont inclus
quelques extraits de textes (non mathématiques)
de celui-ci. Les épisodes incontournables
sont à leur place : double échec à
Polytechnique, mémoire perdu, mémoire
refusé, empêchement de participer aux
« Trois Glorieuses  », séjour en prison, épidémie
de choléra, renvoi de l’École préparatoire,
nuit de fièvre créative juste avant le duel
fatal. Pour les questions, restées historiquement
sans réponse, de la cause du duel et de
l’identité de l’adversaire, l’auteur assume la
subjectivité de son choix en faveur d’une histoire
d’amour, non sans évoquer les autres
hypothèses ; s’il introduit quelques scènes
pleines de vie, il souligne qu’elles ne sont
que le fruit de son imagination. La figure du
père, Gabriel Galois, suicidé, a une place
plus importante que dans d’autres ouvrages.

L’objet des recherches mathématiques de
Galois, et leurs conséquences posthumes,
sont résumées aussi bien que peut le faire un
écrivain nullement familier des mathématiques.

Ce livre a donc un certain intérêt historique,
au moins pour ceux qui ignoreraient tout de
la destinée de Galois ; mais c’est surtout une
belle œuvre littéraire dans laquelle son jeune
auteur exprime sa fascination pour un personnage
hors du commun. En concordance
avec le sujet, le style est lyrique, flamboyant,
les longues phrases, souvent énumératives,
font voisiner un vocabulaire « relevé » et des
termes volontairement vulgaires. Une apogée
est naturellement atteinte dans l’évocation de
la dernière nuit : « … ce je-ne-sais-quoi qui
vous touche à l’improviste et qui parfois
vous foudroie, vous laissant pantelant dans la
nuit, au petit matin chancelant d’avoir connu
tout à la fois l’ivresse et la fureur, l’absolu, le
vertige et le salut. La grande fête de l’esprit,
mademoiselle..
. ».

Les procédés littéraires consistant à s’adresser
à une jeune fille, à lui enjoindre de s’identifier
tantôt à Évariste, tantôt au chapeau de
celui-ci (!), à écrire «  si je devais écrire un
livre sur la vie d’Évariste
 » (sorte d’autoréférence
puisqu’on est en train de le lire)
peuvent au choix être qualifiés de trouvailles,
faire sourire, ou agacer. L’important est
qu’un ouvrage tout-public, bien médiatisé, et
fort agréable à lire, a pour sujet la vie d’un
mathématicien, et le traite sans caricature ni
erreur historique flagrante.
Il faut s’en
réjouir, et lire et faire lire Évariste.

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