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Extrait des confessions de Jean-Jacques Rousseau

Je passais de là à la géométrie élémentaire ; car je n’ai jamais été plus loin,
m’obstinant à vouloir vaincre mon peu de mémoire, à force de revenir cent et cent
fois sur mes pas et de recommencer incessamment la même marche. Je ne goûtai
pas celle d’Euclide, qui cherche plutôt la chaîne des démonstrations que la liaison
des idées ; je préférai la géométrie du P. Lami, qui dès lors devint un de mes auteurs
favoris, et dont je relis encore avec plaisir les ouvrages. L’algèbre suivait, et ce fut
toujours le P. Lami que je pris pour guide. Quand je fus plus avancé, je pris la
Science du calcul du P. Reyneau
, puis son Analyse démontrée, que je n’ai fait
qu’effleurer. Je n’ai jamais été assez loin pour bien sentir l’application de l’algèbre
à la géométrie. Je n’aimais point cette manière d’opérer sans voir ce qu’on fait, et
il me semblait que résoudre un problème de géométrie par les équations, c’était
jouer un air en tournant une manivelle. La première fois que je trouvai par le calcul
que le carré d’un binôme était composé du carré de chacune de ses parties, et du
double produit de l’une par l’autre, malgré la justesse de ma multiplication, je n’en
voulus rien croire jusqu’à ce que j’eusse fait la figure. Ce n’était pas que je n’eusse
un grand goût pour l’algèbre en n’y considérant que la quantité abstraite ; mais
appliquée à l’étendue, je voulais voir l’opération sur les lignes, autrement je n’y
comprenais plus rien.

Jean-Jacques Rousseau, Les confessions

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