Henri, le médiateur.

Daniel Reisz [1]

Henri avait des convictions et n’en faisait pas mystère, mais jamais il ne
fut sectaire ou intolérant. Il écoutait avec son habituel charisme les positions
des uns et des autres, qu’ils fussent des amis proches ou des responsables
institutionnels, ne refusait jamais la discussion. Mais ce n’est pas cet aspect-là,
somme toute connu, que je voudrais évoquer.

Henri a été, avant l’heure des médiateurs de tout poil, un médiateur au sens le plus
noble du terme. Il a su rapprocher, faire écouter, faire parler des gens qui n’avaient
pas coutume de s’écouter, de se parler si ce n’est de façon formelle. Bien évidemment
il jouait ce rôle au sein de l’APMEP, mais c’est surtout à l’extérieur que ce rôle de
médiateur, de diplomate, fut essentiel quant à l’évolution de l’enseignement de notre
discipline. La mise en place des IREM en fut un premier exemple et ce n’est pas un
hasard si Toulouse faisait partie des premiers IREMs mis en place. La généralisation
des IREM à l’ensemble des académies nécessitait que l’administration centrale
(moyens financiers), l’inspection générale (droit de regard sur le choix des animateurs
du secondaire) et les universitaires (puissance accueillante des IREM) se parlent, se
concertent. C’était à une époque où cela n’était ni courant, ni évident et l’amorce d’un
dialogue, d’un travail en commun, entre professeurs du secondaire et universitaires
lui doit beaucoup.

Dans les années 1970, une autre évolution eut lieu et, là encore, Henri en fut l’une
des principales chevilles ouvrières. Il s’agit de l’installation d’un dialogue franc et
constructif entre l’APMEP et l’inspection générale. Certes, les rapports entre APMEP
et inspection générale ont toujours existé, mais jusqu’à cette époque on ne pouvait
pas parler de véritable travail en commun. Cette nouvelle collaboration s’est rapidement
cristallisée autour des programmes et de leur mise en place. C’est ainsi que naquit
d’abord le CREM, puis plus officiellement la COPREM, qui non seulement ont fait
un travail considérable en matière de programmes et d’élaboration de documents d’accompagnement
ou de réflexion didactique, mais ont surtout habitué les IREM, l’APMEP,
l’inspection générale et l’administration centrale à dialoguer et à travailler
ensemble avec passion, sérénité et respect mutuel.

On peut regretter qu’une telle ambiance de travail et de dialogue semble moins à
l’honneur à notre époque. Cela est sans doute dû à de multiples facteurs : diminution
des moyens des IREM, travail dans l’urgence de l’inspection générale sous la pression
des diktats ministériels, érosion de la vie associative et du militantisme du coté de
l’APMEP, malaise profond au sein du système éducatif…
Henri lui-même en faisait
encore la remarque à l’une de nos toutes dernières rencontres : par la force des choses,l’APMEP qui était un partenaire à part entière, une force de proposition pour tout ce
qui concernait l’enseignement des mathématiques, quitte parfois à s’attirer des critiques
acerbes, y compris à l’intérieur de l’association, n’est plus aujourd’hui qu’une
force de réaction à des projets et des décisions dont l’élaboration lui échappe pour
l’essentiel.

La disponibilité d’Henri pour mettre du liant dans toutes ces actions, tout en y apportant
ses propres contributions, ne se démentait jamais. Et en même temps il a su
rester jusqu’à sa retraite un simple professeur de lycée qui parlait avec émotion de ses
élèves, sans « plan de carrière », sinon celui de rester présent et actif dans le débat.

Merci pour tout cela et pour tout le reste.

Notes

[1ancien Président de l’APMEP, membre de la commission du Bulletin
Vert,

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