Henri, mon collègue, mon ami

Jean Claude Bouvier [1]

J’ai été le collègue d’Henri Bareil au lycée Bellevue pendant deux ans et demi seulement et il y a bien longtemps de cela : près de 48 ans déjà ! Mais ce court compagnonnage m’a marqué pour la vie. D’abord parce que j’ai pu dans le quotidien apprécier les grandes qualités professionnelles et humaines d’Henri : la passion exigeante de son métier et de la pédagogie de sa discipline ; son dévouement constant aux autres, ses élèves, ses collègues, sa famille ; son engagement au service de la société, qui dans ces années-là l’avait particulièrement orienté vers le syndicalisme.
Et je me rappelle avec émotion certains moments de cette période où je participais avec lui et sous son impulsion à des actions syndicales qui pouvaient parfois être très basiques, mais utiles, comme de coller et affranchir des enveloppes pendant des soirées entières, mais qui étaient réalisées dans une bonne humeur communicative, bonne humeur qui était, je pense, l’un des traits dominants de sa personnalité et de sa relation aux autres.

Mais, si je suis tellement attaché au souvenir d’Henri et tellement triste de le voir partir, c’est sans doute à cause des conditions dans lesquelles nous nous sommes connus. Le point de départ, c’est en 1960, sur le quai de la gare Matabiau, un petit homme à lunettes coiffé d’un chapeau, qui tenait à la main un journal syndical en signe de reconnaissance. Henri nous attendait ainsi à notre descente de train pour nous accueillir à Toulouse. Et le mot accueil est un mot bien faible pour décrire l’attention délicate et la générosité extraordinaire dont ont fait preuve Henri et Josette – que je ne saurais oublier de nommer et de remercier dans cette évocation – pour faciliter notre installation à Toulouse, alors qu’ils avaient une vie professionnelle plutôt lourde, ballottée entre Toulouse et Moissac, et le souci de deux jeunes enfants, Marie-Claude et Michèle.

Nous sommes devenus des amis bien sûr, mais plus que cela nous avons eu dès ce moment-là le sentiment, que nous avons toujours, de faire partie en quelque sorte de la famille. Et lorsque nous venions faire un séjour rue des Pivoines ou à La Cabane, pendant toutes les années qui ont suivi notre départ de Toulouse, nous étions toujours bouleversés par la tendresse fraternelle et joyeuse avec laquelle nous étions reçus.

Merci, Henri, pour les leçons de vie que tu nous as données, avec la simplicité souriante, la droiture, la passion et surtout la générosité exceptionnelle que tu mettais en toutes choses.

Aix-en-Provence, le 22 juin 2008


[1] Professeur Émérite de langue et culture d’oc à l’université de Provence