Intervention de Rémy Bellœil, président de l’APMEP

Rémi Belloeil

M. le Recteur, Mme la Doyenne de l’Inspection Générale de Mathématiques, Mme l’Adjoint au Maire de Nice, M. le directeur de l’ADIREM, MM. les représentants du C.N.P. et du G.T.D., Mmes et MM. les représentants des syndicats et des associations partenaires : APSES, Femmes et Maths, UPS, Animath, CRAP, APSIP, FCPE, chers collègues,

Vous êtes venus de Brest, Lille, Strasbourg, Marseille … la France entière. Votre présence nombreuse ici prouve l’intérêt que vous portez à l’enseignement des mathématiques. Les nombreux ateliers que vous allez animer ou auxquels vous allez participer montrent que découvrir les mathématiques c’est bien plus qu’apprendre par cœur des théorèmes ou des méthodes à appliquer à l’examen. L’étude des pavages et des pliages fait apparaître leur côté esthétique ; c’est alors en manipulant que l’élève s’approprie des objets mathématiques. On y voit aussi des approches par les jeux ou rallyes mathématiques. D’autres ateliers parlent d’expérimentation notamment pour les statistiques, on y explique comment simuler pour résoudre des problèmes en évitant des développements plus compliqués. D’autres encore s’attachent à développer l’initiative et la créativité des élèves.

Les outils présentés vont du boulier à l’ordinateur en passant par la calculatrice, le rétroprojecteur, l’Internet, les logiciels de géométrie, les tableurs et les présentations animées. Chaque fois il s’agit d’étudier comment l’outil concerné peut aider à mieux mettre en scène telle ou telle notion.
Les relations avec d’autres disciplines et les comparaisons avec d’autres pays y sont aussi présentes ; sans oublier l’histoire des mathématiques ou des sciences que l’on retrouvera aussi dans les conférences.
Ainsi serons-nous davantage capable « d’entraîner les élèves à l’activité scientifique et promouvoir l’acquisition de méthodes : la classe de mathématiques est d’abord un lieu de découverte, d’exploitation de situations, de réflexions et de débat sur les démarches suivies et les résultats obtenus, de synthèse dégageant clairement quelques idées et méthodes essentielles et mettant en valeur leur portée ».

Les professionnels que vous êtes auront reconnu une citation des programmes de mathématiques. Ceux-ci précisent ce que sont les huit moments de l’activité mathématique : « Formuler un problème, conjecturer un résultat, expérimenter sur des exemples, bâtir une démonstration, mettre en œuvre des outils théoriques, mettre en forme une solution, contrôler les résultats obtenus, évaluer leur pertinence au regard du problème posé ».
Ce sont bien ces mathématiques-là que nous voulons enseigner. Seulement voilà, pour cela il faut du temps.

Il y a un an, aux Journées Nationales de Gérardmer, l’APMEP a lancé une pétition pour demander :
– 4 h minimum en Collège et en Seconde, en intégrant des plages d’enseignement différentes et des travaux en groupe,
– une option scientifique en Seconde comportant 1 h de math, 1 h de SVT, 1 h de Physique sans contenu supplémentaire,
– le maintien de 6 h de mathématiques en Première S dont une dédoublée,
– une formation (complémentaire) en statistiques.

Cette pétition a recueilli plus de 10 000 signatures, soit largement au delà de nos adhérents et au delà des seuls professeurs de mathématiques.
Elle a été déposée au cabinet du ministre Jack Lang le 17 juin 2000. Pour l’instant, l’action du nouveau ministre n’a pas permis de contrecarrer celle du précédent ministre qui a été désastreuse pour les mathématiques.
En décidant de ne pas rendre obligatoire les travaux croisés en Quatrième, il a évité de mettre toutes les classes à l’horaire plancher de mathématiques c’est-à-dire 3,5 h.
Mais un grand nombre de classes de collège sont cependant à cet horaire plancher.
Nous demandons toujours que le minimum soit porté à 4 h.

Pour les Statistiques, les réunions inter-académiques ont apporté quelques réponses ; des formations ont été programmées, même si nous restons sur notre faim.

En Première S, le ministre a décidé … de rendre obligatoire la seconde langue vivante, mais il n’a pas remis l’heure demandée. Actuellement, il envisage une réflexion sur la formation des scientifiques. Notre demande est claire il faut :
– revenir à un horaire convenable de math en Première S
– créer une option Sciences en Seconde afin que les élèves puissent réellement expérimenter, prendre des initiatives, choisir la méthode adaptée, l’appliquer et juger de la validité des résultats.

C’est cela une vraie formation de scientifique

Mais pour cela, il faut aussi que le baccalauréat évolue pour valoriser ces compétences. Ce n’est plus une question de finance, c’est une question de volonté politique. La commission « Épreuve de mathématiques pour le bac » présidée par

Monsieur Attali a remis un rapport qui contient des propositions concrètes et précises dont nous demandons la réalisation à moyen terme. Cette évolution doit être annoncée trois ans auparavant afin de permettre avec élèves de s’y préparer.

Quant à nous, nous entendons travailler encore et toujours dans ce sens, comme l’ont fait avant nous les mathématiciens autour de la Méditerranée depuis des siècles.

C’est ainsi avec plaisir que je déclare ouvertes les Journées Nationales de Nice « Mathématiques en Méditerranée ».

(Article mis en ligne par Armelle BOURGAIN)