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LA CONSTANTE MACABRE ou comment a-t-on découragé des générations d’élèves ?

Jean BARBIER, Monique LEENHARDT,
Pierre LEGRAND

par André Antibi.
éd. Math’Adore.

Ouvrage illustré, format 15 × 24, 160 pages,
présentation soignée, 15 € .

D’emblée, le sous-titre annonce la couleur : il
s’agit d’un texte de combat. Le dessin de
couverture le confirme, qui montre un professeur s’écriant « Enfin une mauvaise
copie ! ». Pour partir à l’assaut, l’auteur
s’abrite derrière quatre préfaces-boucliers :
un ancien ministre, un ex-directeur des
lycées, un recteur, une médaille Fields. Il a
prévu aussi un solide pare-chocs arrière :
treize « témoignages de soutien » terminent
l’ouvrage.

Le livre comporte huit chapitres et des compléments. Comme il se doit, le chapitre 1
définit la constante macabre (« il y a, dans
notre manière d’évaluer les élèves, une sorte
de constante : la proportion de mauvaises
notes »), dont « l’existence indiscutable » est,
selon l’auteur, prouvée par le fait qu’au fil
des ans aucun de ses interlocuteurs ne l’a
contestée.
Le chapitre 2 énumère les mille façons de
mal poser un sujet de contrôle : trop long,
trop dur, trop progressif, trop « beau », trop
varié… On peut du coup s’étonner de l’existence d’une constante, macabre ou non.
L’auteur a la réponse : « la société […] a mis
en place cette constante ».
Le chapitre 3 déplore que les programmes ne
précisent pas les exigences de rigueur et les
types acceptables de rédaction et trouve
« préjudiciable » la « diversité des points de
vue » en la matière.
Le long chapitre 4, Réactions d’enseignants,
croque des silhouettes pittoresques : le professeur qui pleure sur une trop bonne moyenne, celui qui trouve que le niveau baisse,
celui qui met des notes négatives, celui qui
est aussi parent d’élève…
Le chapitre 5 , Réactions hors du milieu
enseignant
, est une sorte de micro-trottoir où
les interviewés confirment comme un seul
homme l’existence de la constante. Le chapitre 6 propose des moyens de lutte : former
plutôt que sélectionner, évaluer par objectifs,
sensibiliser les enseignants au rôle nocif de la
constante. Le chapitre 7 étudie la motivation
de l’élève, qui n’est pas forcément celle que
croit le maître.
Le dernier chapitre pourrait être intitulé :
Comment faire aimer les maths, avec des rallyes, des jeux, ou de petits problèmes où l’auteur se met en scène dans l’exercice d’une
maïeutique plus ou moins socratique.
De la conclusion, retenons la dernière phrase : le rôle de l’enseignant est d’apporter « le
plus possible de connaissances au plus possible de personnes ».
S’y ajoutent cinq « compléments pour
matheux », dont le plus intéressant porte sur
le rôle des graphiques et des figures, ainsi
que sur leur statut dans la démonstration.

Il est difficile de juger un livre aussi polémique, d’autant que l’auteur, voulant toucher
un large public, évite détails techniques et
statistiques.
Le texte se lit sans ennui et même avec agrément, mais l’accumulation de témoignages et
d’anecdotes, voire l’affirmation pure et
simple se substituent à l’argumentation.
Quant aux idées qu’il véhicule, elles peuvent
laisser perplexe.
Il n’est pas inutile d’épingler la tendance de
certains professeurs à ajuster sujets de
contrôle et notation pour retrouver une distribution de notes à peu près constante. Il n’est
pas mauvais non plus de souligner l’effet
démoralisant de notes systématiquement
basses.
Encore faudrait-il s’interroger sur l’ampleur
et la portée de ces phénomènes (l’auteur ne
cite ni chiffres, ni références). Les étudier sur
les mathématiques est en outre un choix discutable : les notes y sont en moyenne plus
élevées que dans des autres disciplines et les
problèmes d’évaluation y ont été mieux
décryptés.
Voir dans une question de notation le vice
majeur de l’enseignement français est caricatural : le système idéal serait alors celui de
l’Italie, où naguère être reçu à la Maturità
avec 50 sur 60 était un résultat franchement
médiocre.
Quant aux remèdes proposés, ce sont pour la
plupart des remèdes de bon sens, que depuis
des années la communauté mathématique
essaie de mettre en application, mais qui restent pertinents.

Résumons-nous. Dans le rôle du torero estoquant les enseignants, l’auteur ne manque pas
de panache et les amateurs de corrida seront
probablement enchantés.Quant au lecteur
peu porté sur les mises à mort , il restera sans
nul doute sur sa faim s’il veut trouver une
étude méthodique de la notation ou une analyse des faiblesses du système éducatif et des
remèdes possibles.

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