La poésie pour exprimer sa vision des mathématiques

L’érudition d’Henri, à la fois littéraire et scientifique, lui permettait d’exprimer sa conception de l’enseignement des mathématiques d’une façon qui ne laissait personne indifférent. Ses proches peuvent en témoigner et on en trouve un exemple dans le discours qu’il a prononcé à l’occasion de la remise de sa Légion d’Honneur.

« Mais j’avouerai à la mathématique, avec un gros brin d’exagération cependant, ce qu’Aragon offrait, lui, avec d’autres frissons, à l’être aimé :
« J’ai tout appris de toi sur les choses humaines,
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon.
 »

Je citerai quatre exemples, allant dans ce sens, où le fonctionnement des maths induit un mode de pensée plus général :

- 1. la relativité de la vérité : dans une théorie, il n’est de vrai qu’au regard de propositions arbitrairement choisies —sauf à en vérifier la non-contradiction—,

- 2. le progrès à coup d’erreurs et rectifications,

Cela rejoint Paul Valéry :
«  Aux meilleurs esprits,
Que d’erreurs promises !
 »

- 3. le fait que les êtres n’existent que par les relations qu’ils ont entre eux,

- 4. et que, donc, rien n’est jamais achevé, circonscrit, aucun concept à jamais maîtrisé,

ainsi les matheux (c’est encore du Paul Valéry) :
« .... ne peuvent s’arrêter jamais,
Jusqu’aux entrailles du monde,
De poursuivre l’eau profonde
Que demandent les sommets
 »

ou encore, en laïcisant une pensée célèbre :
« Va devant toi, et, si les terres que tu cherches n’existent pas encore,
elles surgiront pour justifier ton audace
 ».