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La terre, des mythes au savoir.

par
Hubert Krivine.

Cassini, 2011.

320 pages en 15,5 x 23.

ISBN : 978-2-84225-108-6. Prix : 26 €.

Préfacé par le philosophe Jacques
Bouveresse, cet ouvrage est divisé en quatre
parties :

  • 1ère partie : Son âge : La « pré-science » ;
    Le début des temps modernes ; Le XX°
    siècle et la radioactivité.
  • 2ème partie : Son mouvement : Avant
    Copernic ; La construction de l’héliocentrisme
     ; Les distances ; La bataille de l’héliocentrisme.
  • 3ème partie : Une vérité « seulement »
    scientifique.
  • 4ème partie : Annexes : A. Les preuves du
    mouvement de la Terre ; B. Le modèle et le
    calcul de Kelvin ; C. La radioactivité ; D.
    Équivalence Copernic-Tycho Brahé ; E.
    Relativité des trajectoires.

Il est complété par un Glossaire, une copieuse
Bibliographie et un Index.

L’objectif principal est de « réhabiliter la
notion réputée naïve de vérité scientifique
contre l’idée que la science ne serait qu’une
opinion socialement construite ». Les deux
exemples choisis : détermination de l’âge de
la Terre, et de son mouvement, sont minutieusement
étudiés d’un point de vue historique,
des babyloniens au XXI° siècle, en
passant par les savants grecs, chinois,
indiens, arabes. Dans l’un comme l’autre cas,
est mise en évidence la rupture conceptuelle
entre d’une part les savoirs anciens basés sur
les Textes Sacrés, et accessoirement sur les
fausses évidences, et d’autre part les vérités
scientifiques, basées sur la confrontation permanente
entre observations et théorie ; autrement
dit, la différence essentielle entre
croyance et connaissance. L’auteur souligne
les difficultés que le deuxième point de vue a
éprouvées et éprouve encore pour s’imposer :
pas seulement l’Inquisition, mais aussi l’imprégnation
des esprits : Copernic fait intervenir
dans ses démonstrations des qualités
comme la noblesse, la beauté ; Giordano
Bruno était un moine visionnaire plus qu’un
scientifique ; Kepler croyait à l’astrologie ; et
de nos jours encore fleurissent les thèses
créationnistes et le « dessein intelligent ». De
plus l’efficacité des nouvelles théories n’est
pas toujours immédiate : le système héliocentrique
circulaire de Copernic s’éloigne
plus des observations que le système de
Ptolémée. Dans la troisième partie figure une
intéressante discussion sur le mot « vérité  ».
H. Krivine reconnaît qu’aucune preuve
scientifique n’est indiscutable ; il paraphrase
joliment le paradoxe de Russell :
« L’affirmation “ il n’y a pas de vérité absolue
” est-elle une vérité absolue ?
 ».
observant, après Alan Sokal, une confusion
dans l’emploi du mot « science  », qui peut
désigner soit « la recherche rationnelle de
lois (…) aboutissant à des résultats universels

 », soit « les institutions publiques et
privées censées l’organiser et la financer
 »,
ou encore « l’ensemble des conséquences
pratiques des recherches (…) souvent appelé
technoscience
 », il estime que les deux dernières
acceptions justifient un certain relativisme.

Outre cette dimension philosophique, l’ouvrage
apporte une foule de connaissances
historiques, telles que les rôles de Buffon,
Darwin, Kelvin quant à l’estimation de l’âge
de la Terre… Les apports scientifiques sont
également conséquents, en particulier (mais
pas seulement) dans les annexes, où sont
mises en équations les différentes théories
évoquées. Le rôle de la «  mathématisation du
réel
 » dans l’émergence de la pensée scientifique
est mis en relief : par exemple, Kelvin
utilise les équations et transformées de
Fourier.

Le niveau requis du lecteur pour les
annexes est celui des premières années
d’études supérieures ; mais tout le texte qui
les précède, au style simple et limpide, est
parfaitement accessible à toute personne un
tant soit peu cultivée ; d’ailleurs l’un des buts
avoués de l’auteur est de faire retrouver à la
Science sa juste place dans la Culture.

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