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Les arpenteurs du monde.

par Daniel
Kehlmann.

Titre original : Die Vermessung der Welt.

Traduit de l’allemand par Juliette Aubert.

Babel / Actes Sud 2009.

300 p. en format de poche

ISBN 978-2-7427-8061-7. Prix : 8,50 €.

Carl-Friedrich Gauss, Alexander von
Humboldt : deux Allemands de la première
moitié du XIX° siècle, deux géants de la
science. Daniel Kehlmann a choisi de les
faire se rencontrer à la fin de leur vie, quand
l’un et l’autre, couverts de gloire, se remémorent
leurs aventures scientifiques.

Aventures surtout intellectuelles pour Gauss,
qui déteste voyager mais se délecte de physique
et de mathématiques. Aventures bien
réelles et hautes en couleurs pour Humboldt,
qui consacre cinq années à explorer
l’Amérique latine.

Par exemple l’auteur met en scène avec
verve le fameux épisode (réel ou supposé) où
Gauss, âgé de huit ans, calcule la somme des
cent premiers nombres entiers. Dans la petite
école prussienne, le maître donne exprès des
exercices infaisables à ses élèves, pour le
plaisir de les rosser en cas d’erreur. Stupéfait
que le garçon ait résolu son problème en
quelques secondes, il lui prête un livre
d’arithmétique supérieure, que celui-ci rapporte
timidement le lendemain, après l’avoir
lu et compris. Le maître est tellement troublé
qu’il lui donne une dernière volée de coups
de bâton, tout en décidant de l’envoyer au
lycée malgré son origine modeste.

Devenu jeune homme, Gauss, éconduit par la
jeune fille dont il est amoureux, envisage de
se suicider, et en conséquence prépare un
argumentaire pour faire reconnaître à Dieu sa
désinvolture dans la Création… Heureusement,
ses recherches mathématiques vont le
détourner de ce projet funeste, jusqu’à ce que
la même jeune fille accepte enfin sa main.

Humboldt, de son côté, part en Amérique
latine pour une expédition de plusieurs
années, où il observe les gens, les animaux,
les plantes ; il traverse la forêt vierge, remonte
les fleuves, escalade les montagnes ; il
mesure tout ce qu’il peut mesurer : la salinité
de la mer, l’humidité de l’atmosphère, l’intensité
des décharges de l’anguille électrique,
le nombre de poux dans la tête des indigènes,
… Tout cela est bien entendu l’occasion
d’aventures rocambolesques.

Les deux jeunes gens se sont enthousiasmés
pour les Lumières et la Révolution Française,
qui leur ont fait espérer une évolution du
pesant régime prussien. Déçus dans ces
espoirs politiques, ils ont mis l’un et l’autre
leur intelligence prodigieuse au service de la
science.

Avec un humour malicieux, l’auteur mêle
habilement deux contrepoints. Entre Gauss et
Humboldt : autant le premier est ronchon et
dépressif, autant le second est optimiste et
farfelu. Entre leurs grandeurs et leurs faiblesses
 : exceptionnels dans leurs domaines
scientifiques, ils se révèlent souvent maladroits
dans la vie courante.

Nul besoin d’être scientifique pour apprécier
ce livre, mais à ceux qui connaissent ces
deux noms de façon abstraite, il fera découvrir
leur véritable épaisseur humaine, certes
romancée, mais appuyée sur une documentation
solide. un régal !

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