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Quelle APMEP ?

Marc Roux [1]

Dans sa tribune libre « Centenaire ... et ensuite » (BV n°491), Gérard Kuntz
cherche des solutions à l’effritement continu des effectifs de l’APMEP :

  • Il dresse d’abord un état des lieux qui me paraît contestable sur plus d’un point :
    • Il n’a pas tort de penser que « la baisse du nombre d’adhérents de l’APMEP
      résulte aussi du sentiment de sa relative inefficacité dans la défense de
      l’enseignement des maths
       ». Mais il a tort de considérer avec condescendance,
      voire avec mépris, la colère des individus et des collectifs ou coordinations
      éphémères («  il soigne son ego et son sentiment de puissance », « … poignée
      d’activistes
       ») et il frôle la calomnie à leur égard : lesquels de ces groupes ont
      touché des «  subventions de l’état et des collectivités territoriales » ? De
      maintes conversations avec des collègues non-adhérents ou anciens adhérents,
      je conclus que l’APMEP n’a pas su communiquer sur ses actions
      revendicatives, pourtant réelles et permanentes ; elle n’a pas su montrer que,
      souvent, elle partage la saine colère de la majorité des enseignants. Les
      multiples courriers et rencontres entre le Bureau et les pouvoirs publics sont
      ignorés à l’extérieur de l’association. Le texte d’orientation, récemment adopté
      par vote des adhérents, ne met pas, à mon avis, assez en avant cette facette de
      notre action ; il est heureusement complété, année après année, par les
      « Acquis, positions, revendications » de la plaquette « Visages » mais celle-ci
      n’atteint que peu de non-adhérents. À la décharge des bureaux successifs, il
      faut signaler le peu d’enthousiasme de la presse à relayer nos prises de
      positions : comparer l’encre qui a coulé à propos de la suppression de l’histoire
      en terminale S d’une part, celle des maths en section L d’autre part...
    • La mise en parallèle, ou en concurrence, de l’APMEP avec les IREM et avec
      Sesamath relève pour moi du mariage de la carpe et du lapin. D’abord les
      IREM ne sont pas une association, mais une institution (menacée) ; et, comme
      Sesamath, ils sont par essence, par construction, des fournisseurs de ressources
      pour la classe. L’APMEP est aussi cela, mais pas que cela ; et depuis quelque
      quarante ans que j’en suis adhérent, j’y ai toujours ressenti, et recherché, un
      « style », un état d’esprit différents : alors que les IREM apportent à
      l’enseignant des connaissances théorico-pratiques, dans les deux domaines
      mathématique et pédagogique, alors que Sesamath lui offre surtout des cours et
      activités « clefs en main », j’ai trouvé dans le Bulletin vert, puis dans Plot, un
      point de vue élargi, des regards croisés, des opinions parfois divergentes, un
      fourmillement d’idées proposées, que chacun est libre de s’approprier, de
      recouper, synthétiser, pour construire sa propre culture et sa propre pratique. Je
      n’ai jamais voulu, même jeune enseignant, que l’on me dise « pour enseigner
      ceci, tu fais comme ça ». Il n’y a ni deux classes identiques, ni deux professeurs
      identiques ; plus que la conception minutieuse et définitive de la séquence
      idéale, le travail de préparation de cours consiste à adapter un contenu à la
      rencontre d’un professeur particulier avec un groupe particulier, en ménageant
      l’espace de la nécessaire improvisation. Il est sans doute vrai que, plus
      qu’autrefois, des enseignants demandent à être conduits par la main ; à mon
      avis il ne faut pas leur fournir les rails (les ornières ?) qu’ils réclament, mais les
      accompagner vers l’autonomie, de même que nous essayons, pour nos élèves,
      de privilégier la prise d’initiative par rapport à la résolution mécanique
      d’exercices stéréotypés.
  • Gérard Kuntz propose ensuite une solution qui, compte tenu de ce qui précède, me
    paraît totalement inadéquate. Il s’agit en effet, en schématisant, de prendre modèle
    sur Sesamath. Or :
    • Préconiser une telle mise en concurrence est étonnant chez quelqu’un qui est
      partie prenante de Sesamath, actuellement en situation de quasi-monopole dans
      son secteur (ressources en ligne gratuites) : n’est-ce pas se tirer une balle dans
      le pied ?
    • J’ai souligné ci-dessus une différence de conception de la transmission de
      pratiques pédagogiques.
    • Se limiter à une fonction de ressource pédagogique revient à nier le rôle
      revendicatif, politique (au sens noble du terme : participation à la vie de la cité),
      que l’APMEP peut et doit continuer à jouer, et même amplifier. Ces deux
      visages : pédagogique et politique, sont pour moi à bien distinguer, et aucun des
      deux ne doit occulter l’autre, même s’ils sont étroitement intriqués, l’action
      politique étant guidée par notre volonté de promouvoir nos visions de la
      pédagogie des mathématiques, et de la place des mathématiques dans la culture
      et dans la société.
    • Pour ce qui est du modèle économique préconisé, ni «  royalties versées par des
      éditeurs privés
       », ni subventions de la part des Académies, Conseils Généraux
      ou Régionaux, ne sont compatibles avec l’indépendance absolue que doitconserver l’APMEP (G. Kuntz lui-même, plus haut, s’indignait des
      subventions soi-disant versées aux « collectifs »). Et assimiler ou même
      comparer notre association à une entreprise m’est rigoureusement
      insupportable.

En résumé, G. Kuntz propose un bouleversement de la nature même de l’APMEP, à
laquelle je n’adhère en rien ; bouleversement qui conduirait à des changements de
statut, et probablement à une explosion, par départ de ceux qui se retrouvent mieux
dans le bilan des cent ans précédents que dans des projets plus ou moins aventureux.
Bien sûr, il me rétorquera : que proposes-tu à la place ? A quoi je répondrai que :

  • Si je détenais la solution miracle, « ça se saurait ».
  • Je préconise, comme dit plus haut, un meilleur affichage de la facette
    revendicative de l’APMEP, qui peut provoquer l’adhésion de collègues « en
    colère ».
  • Le rôle pédagogique, tout aussi important, doit conserver son esprit, son
    « âme », sa spécificité ; mais il peut fort bien être modernisé dans sa forme, en
    particulier par un recours accru au numérique. En premier lieu, il serait
    envisageable de créer, directement accessible par la page d’accueil de notre
    site, une rubrique « Ressources pédagogiques », où seraient regroupés (avec
    quelque délai) les articles classés « Dans nos classes » du Bulletin vert, certains
    articles de Plot, et d’autres contributions. Ceci n’augmentera pas le nombre
    d’adhérents (peut-être même au contraire) mais peut contribuer à la notoriété
    de l’APMEP. D’autre part, l’idée du « Manuel de l’APMEP » n’est pas neuve,
    mais pourrait effectivement être réactivée si suffisamment de bénévoles
    compétents s’y engagent.
    – Le nombre d’adhérents n’est pas le seul critère de vitalité d’une association ;
    par exemple, le nombre de participants aux Journées nationales ne diminue pas,
    donc leur proportion augmente : les adhérents s’impliquent de plus en plus.

Notes

[1marc.roux15@wanadoo.fr

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