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SCIENCE ET ENSEIGNEMENT.

L’exemple de la grande réforme des programmes du lycée au début du XXe siècle.

Ouvrage collectif, sous la direction de Hélène Gispert, Nicole Hulin, Marie-Claire Robic.

Éd. INRP – Vuibert, déc. 2006 – 360 pages.

Prix : public 30 €, adhérent 28,50 €.

Le fait que l’enseignement a été l’objet d’une grande réforme en France au début des années 1900 est maintenant bien connu et le plan d’études de 1902 a été analysé sous divers angles par les historiens de l’enseignement. Il fallait alors « répondre enfin à la question de l’adaptation du secondaire aux réalités du monde moderne », et la réorganisation entreprise par cette réforme se fera autant sur le plan structurel que sur celui des contenus.

À cent ans de distance, cet ouvrage collectif est le livre qu’il nous fallait pour compléter la connaissance des faits par une compréhension du contexte et un suivi de la mise en place d’une réforme de cette ampleur, laquelle conditionne encore notre enseignement d’aujourd’hui par de multiples aspects.

On sait moins, en effet, que cette réforme a été l’objet, en amont, d’une vaste consultation sur la crise de l’enseignement secondaire menée en 1899 par une commission parlementaire présidée par Alexandre Ribot, et en aval, d’une importante réflexion sous la forme d’un cycle de conférences données au Musée pédagogique (ancêtre de l’actuel INRP). Ces conférences, quoique limitées au départ à un public essentiellement parisien eurent une grande répercussion dans tout le pays car le texte en fut imprimé et envoyé à tous les lycées de France et leur matière alimentera pendant des années la littérature pédagogique. Selon l’expression heureuse de Nicole Hulin, ces conférences « mettaient en musique » la réforme de 1902 et permettent aujourd’hui « d’en analyser l’esprit ». L’analyse des réponses à l’enquête Ribot précise la nouvelle place que doit prendre l’enseignement scientifique dans la réforme, place caractérisée par un enseignement moderne qui prenne en compte « la conception nouvelle du monde et la philosophie nouvelle du développement de l’humanité » introduites par la science. C’est pourquoi un premier cycle de conférences va concerner l’enseignement scientifique. La plupart des orateurs sont membres de l’enseignement supérieur, ce qui montre le grand intérêt des universitaires de l’époque pour les questions d’enseignement. Pour les mathématiques, on trouve ainsi les noms illustres de Henri Poincaré, Paul Langevin ou Émile Borel mais ce serait dénaturer l’esprit de ces conférences que de les croire réparties strictement selon les disciplines ; au contraire chaque série couplait deux disciplines, sciences mathématiques et sciences physiques pour la première série en 1904 ; sciences naturelles et géographie pour la seconde en 1905 ; et chaque série était elle-même répartie en plusieurs groupes suivis chacun d’une discussion.

Pas moins de seize chapitres font la matière de ce livre répartie en trois parties (plus une introduction et une conclusion générale) traitées par une quinzaine d’auteurs différents.

La première partie tente de répondre à la question : « Réformer : quelles visées, quelle science ? ».

La deuxième, intitulée « Les conférences et leurs enjeux » présente les acteurs et analyse le contenu des conférences scientifiques.

Une troisième partie fait les « Comparaisons internationales », rappelant le rôle des organisations et des commissions pédagogiques internationales pour imposer et développer l’enseignement d’une discipline comme la géographie, ou l’importance de la CIEM (Commission internationale de l’Enseignement des Mathématiques) soulignant une dynamique qui s’étend bien au-delà des frontières nationales.

Cela donne un livre passionnant par la restitution de l’esprit réformateur d’une époque qui a laissé une empreinte profonde sur notre manière de penser l’enseignement des sciences, un livre aussi qui donne des clefs pour penser nos propres réformes.

Ajoutons qu’à l’heure prochaine où nous allons fêter le centenaire de l’APMEP (1910), ce livre nous présente en détail et avec précision le contexte qui a conduit les enseignants à maîtriser et à vouloir agir sur les changements radicaux apportés à l’enseignement de leur discipline en constituant des associations de spécialistes : professeurs de langues vivantes en 1903, Union des physiciens en 1906, Société des professeurs d’histoire et géographie en 1910. « Désormais, ces associations vont constituer des interlocuteurs privilégiés pour les décideurs ». Comme le soulignera le ministre Léon Bérard en 1923 : « Les conseils qu’il fallait demander, en 1902, à des autorités éparses, ce sont aujourd’hui des groupements organisés qui nous les donnent ».

Jean-Pierre FRIEDELMEYER