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« UNE SÉANCE DE COURS ORDINAIRE. “ MÉLANIE, TIENS, PASSE AU TABLEAU… ” »

« UNE SÉANCE DE COURS ORDINAIRE. “ MÉLANIE, TIENS, PASSE AU
TABLEAU… ” ».

Sous la direction de
Claudine BLANCHARD-LAVILLE.
Collection « Savoir et Formation ».
L’Harmattan, 2003.
ISBN : 2-7475-3921-0
266 pages. Prix : 22 € .

Cet ouvrage, écrit par une équipe de huit spécialistes de l’éducation issus de divers
champs (didactique des mathématiques,
sociologie, psychologie sociale, psychologie
clinique, socio-psychanalyse) est l’aboutissement d’un travail « codisciplinaire ». Car il
s’agit bien ici d’une équipe qui se réunit
régulièrement pour échanger et travailler
ensemble, et non d’individus rassemblés
pour une occasion particulière (rappelons
que Claudine Blanchard-Laville est une récidiviste, car elle avait déjà coordonné en
1997, chez le même éditeur et dans le même
esprit : « Variations sur une leçon de mathématiques. Analyses d’une séquence :
“ L’écriture des grands nombres ” »).
Le support du présent travail est un cours
« ordinaire » de mathématiques sur la multiplication des fractions, qui s’est déroulé dans
une classe de Cinquième d’une zone « difficile ». Ce cours a fait l’objet d’un enregistrement vidéo qui a servi – avec la transcription
des dialogues – de support au travail de
l’équipe, qui l’a véritablement disséqué.
L’ouvrage se décompose en trois parties :
– la première, après avoir indiqué la chronologie de la séance en fonction des tâches des
élèves, donne le point de vue individuel de
chaque membre de l’équipe sur la séance, et
en particulier sur une question cruciale :
Pourquoi, à la 41e minute du cours, est-ce
Mélanie que le professeur envoie au tableau ?
– la deuxième opère un regroupement des
membres de l’équipe selon trois champs : la
didactique, la psycho-sociologie et la psychologie clinique, ce qui nous vaut trois perspectives, variées et complémentaires, sur la
séance ;
– la dernière partie, enfin, est une réflexion
sur le dispositif de travail codisciplinaire mis
en place dans l’équipe.

Disons-le franchement : c’est un livre que
tout enseignant de mathématiques devrait
avoir lu. On s’aperçoit en effet de toute la
richesse que peut receler une simple heure de
cours, dans laquelle les enjeux dépassent de
beaucoup le seul aspect enseignement/apprentissage (même si celui-ci est important,
ne serait-ce que parce que c’est l’objectif institutionnel de la présence, à un moment
donné et en un lieu donné, d’un adulte et
d’une trentaine d’adolescents). Les rapports
psychologiques et sociaux qui s’y manifestent peuvent également – cela apparaît à
l’évidence ici – jouer un rôle fondamental
dans le rapport de l’élève au savoir, et le plus
souvent à l’insu de l’enseignant. Les dialogues de sourds qu’on voit ainsi s’instaurer,
la néantisation des interventions de certains
élèves par l’enseignant, la valorisation systématique de certains autres, … doivent, par
l’intermédiaire du collègue ainsi passé sur le
gril, nous amener à nous interroger sur notre
pratique, et en particulier sur des aspects
dont nous n’avons pas toujours clairement
conscience. (J’adresse au passage une pensée
amicale à ce collègue inconnu, pour avoir
accepté de se prêter à une expérience qui l’a
peut-être emmené plus loin qu’il ne l’aurait
pensé au départ.)
Bien sûr, il y a des redites dans l’ouvrage ;
mais c’est un défaut inhérent à ce type d’ouvrage : d’une part les divers champs ne sont
pas totalement disjoints, et d’autre part,
quand plusieurs travaillent sur un même
objet, certains des aspects étudiés se retrouvent presque nécessairement de l’un à
l’autre, même si les points de vue sont différents. Bien sûr, on n’est pas obligé d’adhérer
à toutes les interprétations qui sont données
des phénomènes observés. Bien sûr, le parti
pris de certain/es chercheur/ses non didacticien/nes d’agglomérer systématiquement
masculin et féminin dans leur texte peut agacer (par exemple, pourquoi dire « un élève-
garçon »,« une élève-fille », « une collègue-femme » ? Croit-on le lecteur incapable
– étant donné que la distinction selon les
genres est au cœur du propos – de noter par
lui-même la différence indiquée par l’article ?). Bien sûr, ce parti pris de différenciation des genres peut même aller parfois, par
l’accumulation des marques, jusqu’à rendre
la lecture difficile (voir plus haut). Bien sûr,
la ponctuation minimaliste des transcriptions
de dialogues empêche parfois de repérer le
rythme et les intonations (ce qui pourrait
cependant se révéler bien utile, en l’absence
de document audio). Bien sûr, on aurait pu
donner, pour le profane, des définitions de
certains termes techniques utilisés… Mais ce
sont là somme toute des reproches mineurs,
eu égard à l’intérêt de l’ouvrage, passionnant
de bout en bout, qui est d’une grande richesse et devrait, non seulement être utile à tout
professeur soucieux d’améliorer son enseignement, mais aussi impérativement
rejoindre la bibliothèque de tout formateur en
IUFM, qu’il soit ou non matheux.

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