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Un souvenir d’enfance d’Évariste Galois.

Marc Roux

- 25 janvier 2010 -

Un souvenir d’enfance d’Évariste Galois.
Texte de Pierre Berloquin, dessins de Jean Gourmelin.

Vuibert, 2008.

94 pages en 15,5 × 24.

ISBN : 978-2-7117-2488-8.

P. Berloquin, ingénieur des Mines, grand spécialiste des jeux mathématiques, et J . Gourmelin, dessinateur de presse et illustrateur, ont publié cet ouvrage en 1974. Il est aujourd’hui réédité, augmenté d’une préface de Michel Criton, et des Souvenirs de Gourmelin, par P. Berloquin.

À partir d’un point de vue résolument antiplatonicien (« les mathématiques sont des phénomènes survenant dans des cerveaux d’êtres humains »), le texte bref mais profond de Berloquin veut être une psychanalyse des mathématiques (le titre se réfère à Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, par Sigmund Freud ; Évariste Galois y joue le rôle d’archétype du mathématicien, et n’est plus cité dans le texte), une réflexion sur les rapports entre mathématiques et affectivité (« la preuve est avant tout un sentiment ; dans les meilleurs cas, un sentiment partagé ») ; écrit à l’époque du bourbakisme triomphant, c’est aussi une attaque en règle contre l’axiomatisation : selon l’auteur celle-ci n’est « pas féconde  », n’ayant pas apporté de résultat nouveau ; il faut « se libérer du complexe d’Euclide » ! Dans une analogie (contestable, comme toute analogie), il attribue pourtant à l’axiomatique le rôle de matrice féminine, le principe masculin qui la féconde étant l’ensemble des règles de déduction, et le mathématicien n’est plus que « le phallus gonflé du sperme logique » .
À la « dictature euclidienne », il propose de substituer la « cohérence locale », sans la hiérarchie des énoncés dans laquelle il voit une « connivence avec les structures sociales » .
Les dessins de Gourmelin sont de trois sortes : préexistants, inspirés par le texte, commandés par Berloquin ; au-delà de leur grande beauté plastique, ils font mieux qu’illustrer la réflexion : ils la prolongent et la précisent. Souvent on trouve un détail agrandi d’un dessin qui ne sera dévoilé dans son ensemble qu’à la page suivante : symbole du recul nécessaire pour apprécier une situation globale, ce qui en révèle la richesse et la complexité. L’humour y est omniprésent mais jamais gratuit : ainsi une balance chargée de deux dés identiques penche du côté de celui qui montre les faces 5 et 6, alors que l’autre montre 1 et 2.

Ce petit ouvrage ne prend guère à son lecteur qu’une demi-heure de lecture et de regard jubilatoire, mais lui apporte un bien plus long temps de réflexion et de méditation.

Marc ROUX