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Une vie brève.

par Michèle Audin,

Gallimard, L’arbalète, décembre 2012.

180 p. en 14 x19. prix : 7,90 €.

ISBN 978-2-07-014001-5.

Le nom de Maurice Audin est bien connu, en
particulier dans la communauté mathématique,
depuis sa disparition tragique à Alger
le 21 juin 1957 à l’âge de 25 ans. Laurent
Schwartz lui a consacré dix pages de son Un
mathématicien aux prises avec le siècle

(Odile Jacob 1997). De nombreuses places et
rues portent son nom, tant en France qu’en
Algérie ; plusieurs livres, en particulier celui
de Vidal-Naquet L’affaire Audin (Minuit
1958) lui ont été consacrés, ainsi que récemment
le film de François Demerliac Maurice
Audin – La disparition
, largement diffusé par
l’association Maurice Audin, (http://www.
ljll.math.upmc.fr/AUDIN/index.htm).

Mais, en écrivant ce livre, sa fille Michèle,
mathématicienne de talent, qui a déjà publié
plusieurs ouvrages sur la vie de mathématiciens
du XX° siècle a souhaité ne parler ni de
son martyre sous la torture, ni de sa mort, ni
de sa disparition, mais bien de sa vie dans la
simplicité du quotidien familial et professionnel.

D’entrée, elle cite en exergue Albert Camus
recevant le 10 décembre 1957 le prix Nobel
de littérature : Par définition, l’écrivain ne
peut se mettre aujourd’hui au service de ceux
qui font l’histoire ; il est au service de ceux
qui la subissent
.

Avant, le premier chapitre, précise l’arbre
généalogique de Maurice : un père originaire
d’une famille d’ouvriers lyonnais, engagé
dans l’armée en 1918, gendarme au Maroc
puis en Tunisie et finalement postier à Alger,
une mère venant d’une famille de la Mitidja
issue d’Italie, cinq frères et sœurs dont deux
morts en bas âge.
 Béja, 14 février 1932, le second, raconte la
naissance et la petite enfance, avec une incidente
sur la vie mathématique en France à
cette date (Séminaires Hadamard et Julia,
naissance de Bourbaki).
 Déplacements nous conduit de Bayonne à
Alger en passant par Toulouse et Koléa, et, à
partir de 1943, dans les écoles militaires préparatoires
de Hammam Righa puis d’Autun
jusqu’en 1948 et enfin, l’année de mathélém,
au lycée Gautier d’Alger suivie de
l’entrée à la Faculté en mathgéné.
 Alger occupe à lui seul près de la moitié du
livre : La vie d’un jeune ménage au début des
années cinquante transparaît d’un carnet de
comptes et de photographies de la boite
Kodak. L’activité politique au sein du Parti
Communiste Algérien devient clandestine à
partir de septembre 55.

Les mathématiques à la faculté gravitent
autour du Professeur René de Possel, qui
prend Maurice comme assistant et dirige ses
recherches. En novembre 56, il lui conseille
de préparer la soutenance de sa thèse en rencontrant
à Paris Henri Cartan, Laurent
Schwartz, Gaston Julia, Paul Belgodère le
bibliothécaire de l’IHP et … Minou Drouet
pressentie pour écrire la musique d’un film
sur le cercle osculateur.
 1957 : la guerre d’Algérie a commencé le 1er
novembre 1954 et le gouvernement français
ne le réalise toujours pas. Les camarades du
PCA rêvent encore d’une Algérie indépendante
et fraternelle dans laquelle tous, pieds-noirs et « musulmans » vivraient ensemble,
libres et égaux. Dès janvier, la dixième division
de parachutistes commandée par Massu
a les pleins pouvoirs en matière de police à
Alger. Maurice Audin est arrêté le 11 juin,
torturé, et disparaît le 21.

De Possel propose à Schwartz d’organiser à
Paris la soutenance de sa thèse in abstentia ;
le doyen Pérès donne son accord et la thèse
est soutenue devant de nombreux mathématiciens
et un large public de journalistes.

Je me permets ici une incidente à l’intention
des lecteurs du Bulletin pour leur rappeler les
initiatives du Président de l’APMEP, Gilbert
Walusinski. Après avoir écrit le 20 octobre au
Ministre au nom du Comité une première
lettre lui demandant d’intervenir afin que soit
exactement connu le sort de notre collègue
disparu, il constate dans une seconde
lettre le 2 décembre qu’il n’a pas reçu de
réponse, fait remarquer au Ministre qu’il n’a
pas sollicité d’autorisation d’absence pour
assister à la soutenance et demande cette fois
une intervention auprès du Président du
Conseil. Cette seconde lettre n’ayant elle
aussi reçu aucune réponse, il conclut dans le
Bulletin : « La preuve paraît malheureusement
faite que les protestations les plus justifiées
ne peuvent rien et que le Ministre de
l’Éducation Nationale peut donc être considéré
comme se désintéressant de son personnel.
Je regrette d’avoir à faire cette constatation,
mais je crois devoir la faire.
 » (cf. le
supplément au BV n° 471, p. 34).
Après  : créé pour lutter contre la torture en
Algérie, un « comité Audin  » fonde un prix
« Maurice Audin »
qui honore sept mathématiciens
français, jusqu’en 1963. Il renaît
en 2004, est désormais décerné par un jury
constitué en accord avec la SMF et la SMAI
et récompense un Algérien et un Français. Le
montant du prix permet à chacun d’effectuer
un voyage et un séjour d’une semaine dans
un centre mathématique du pays de l’autre.

Pour conclure, Michèle Audin cite ses nombreuses
sources qui lui ont permis de constituer
une vaste fresque émouvante par sa
recherche de témoignages directs et par sa
franchise.

L’ouvrage est divisé en paragraphes qui
apportent des éclairages variés en confrontant
vie familiale, engagement politique,
activité mathématique et qui s’articulent les
uns aux autres comme les pièces d’un puzzle.

J’ai lu ce livre profondément humain d’un
trait et avec beaucoup d’émotion car,
contemporain de Maurice Audin, j’ai connu
et fréquenté nombre de ses protagonistes
malheureusement aujourd’hui pour la plupart
décédés.

Je souhaite vivement que les jeunes
y trouvent des références et n’oublient pas la
brève vie de Maurice Audin.

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