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Discours du président de l’APMEP

Journées de Marseille 2013

Mesdames, Messieurs, chers amis, chers collègues

Je suis très heureux de vous accueillir ici aujourd’hui. Ces journées nationales sont les premières que j’inaugure en tant que président de l’APMEP, mais comme vous le savez sans doute, elles ont un caractère particulier, puisque je fais également partie de la Régionale d’Aix-Marseille.

Je voudrais commencer par remercier tous ceux qui depuis deux ans maintenant se sont battus pour vous offrir des journées qui seront, nous l’espérons, inoubliables. Pour nous, elles le seront.

Je voudrais aussi vous remercier d’être venus si nombreux malgré l’image peu attirante que les médias donnent de Marseille.
Comme toutes celles qui les ont précédées, comme celles qui suivront, ces journées seront avant tout un grand moment d’échanges et de rencontres. Fidèles au slogan de notre association, elles vont mettre en contact des enseignants de la maternelle à l’université. Ateliers, conférences, le programme est riche, mais pour ceux qui fréquentent les journées nationales depuis longtemps, ce n’est pas une surprise. Il y quand même une nouveauté dont vous a parlé Brigitte et sur laquelle j’aimerais attirer votre attention : le souk.
Un souk des maths ici, à Marseille, cela s’imposait comme une évidence : avant d’être capitale européenne de la Culture pour l’année 2013, Marseille est sans doute la ville française la plus naturellement tournée vers la Méditerranée.

Qu’est-ce qu’un souk, si ce n’est un endroit où on déambule pour son plaisir, pour rencontrer l’inattendu, pour découvrir ce que l’on pensait inutile et qui deviendra bientôt indispensable ?
Et comme un souk peut en cacher un autre, vous pourrez également découvrir en son sein un souk des livres.
Vous allez rencontrer des auteurs français, mais aussi grecs ou espagnols. Ils se feront bien entendu un plaisir de signer leurs ouvrages et de vous les dédicacer.
Les journées nationales de l’APMEP sont depuis l’origine un moment important de formation. Nous n’avons pas attendu que notre ministre en parle pour penser qu’il s’agissait d’une priorité de notre réflexion. Bien entendu, c’est avec satisfaction que nous prenons acte de ses intentions en ce domaine.
Les Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education, que l’on appelle plus simplement les ESPE, ont vocation à assurer la formation initiale et continue des enseignants.
Vaste programme, qu’il serait sans intérêt d’évaluer après quelques semaines de fonctionnement. Nous savons seulement qu’il y a pour l’heure de fortes disparités régionales, autonomie des universités oblige, aussi bien dans le type d’intervenants que dans les contenus proposés. Pour ne parler que des mathématiques et que d’Aix-Marseille, un groupe de l’IREM participe d’ores et déjà à la formation initiale à l’intérieur de l’ESPE. Bien que cela entre pleinement dans cette démarche d’ouverture qui est prévue dans les statuts des ESPE, à ma connaissance, ce n’est pas une pratique très répandue (ne serait-ce que parce que beaucoup d’IREM n’ont pas les forces nécessaires pour un tel investissement).
Il faut également ajouter que l’inspection pédagogique régionale a facilité grandement cette participation. Une action concertée a donc permis de faire bouger les lignes. Mais en même temps, on voit bien que les conditions qui ont favorisé ici la reconnaissance de l’IREM comme un acteur à part entière de la formation initiale, seront de fait rarement réunies.

Quelles seront les conséquences de cette disparité pour les futurs enseignants ? Il est difficile de le dire. La diversité ne me semble pas être un problème en soi : il n’y a pas qu’une seule bonne voie de formation. Je suis partisan de faire confiance a priori aux collègues qui s’en occuperont.
La formation continue me semble poser davantage de problèmes. Elle est sans aucun doute le parent pauvre de la formation des enseignants.
Je me souviens qu’il y longtemps, quand j’étais jeune professeur, j’ai pu assister à des stages sur des sujets mathématiques sans utilité pour mon enseignement immédiat, mais qui m’ont beaucoup apporté sur un plan personnel. Je me souviens en particulier de quelques séances sur l’Analyse Factorielle en Composantes Principales. Voilà un sujet au nom bien barbare, on pourrait vivre sans, mais le hasard d’une carrière a fait que pas mal de temps après, dans le cadre de mon enseignement, j’ai été amené à redécouvrir son existence et cette rencontre première s’est avérée bien utile.
Je suis sûr que pas mal d’entre vous, parmi les anciens bien entendu, pourraient faire part d’expériences analogues.
Or quelle formation continue nous est proposée aujourd’hui (quand elle est proposée ce qui n’est pas toujours évident) : des explications des nouveaux programmes, des formations aux outils informatiques, sans oublier les concours internes (qui concernent l’essentiel des personnes à qui s’adresse la formation continue)… Pas grand-chose de plus…
L’APMEP milite pour une formation continue plus ambitieuse. Il ne s’agit pas comme on le dit parfois d’en demander « toujours plus » ; il s’agit bel et bien d’une mesure d’urgence.
Quand je parle de mes inquiétudes quant à la faiblesse du nombre de candidats dans les concours de recrutement, on me rétorque parfois que c’est un problème d’attractivité.
Les métiers eux-aussi sont en concurrence et pour l’heure, malgré la crise, celui de prof de maths est bien moins attirant que bon nombre d’autres professions. Nous connaissons les arguments et je ne vais pas les répéter.
Le constat est là. Un CAPES de math déserté, qui conduit les jurys à ne pas donner tous les postes possibles et en même temps des difficultés de plus en plus grandes à trouver des remplaçants pour des collègues absents. La politique qui consiste à faire de collègues certifiés ou agrégés d’autres disciplines des certifiés ou des agrégés de math n’est pas une réponse adéquate.
L’on ne doit pas oublier également un manque évident d’attractivité de la matière elle-même : si la première et la terminale S n’ont jamais été aussi remplies, ce n’est paradoxalement pas pour aller faire des études de maths par la suite. Les masters de math sont vides. Nous avançons très vite vers une équation impossible : recruter des enseignants de mathématiques en grand nombre et en même temps les recruter avec un niveau qui leur permette d’enseigner les mathématiques.
Très probablement, les futurs entrants dans le métier seront plus fragiles que leurs ainés. L’évolution récente de la formation initiale va dans le bon sens puisque les nouveaux stagiaires auront moins d’heures devant les élèves. On peut quand même se poser quelques questions sur la possibilité effective de préparer sérieusement un master 2, et en même temps d’avoir une classe en responsabilité. Dans tous les cas, la fragilité des connaissances risque bien de ne pas avoir disparu à l’issu de cette année de stage. Et l’on peut craindre que les ESPE n’aient pas les moyens de continuer à prendre en charge ces nouveaux titulaires alors qu’il faudrait sans doute les accompagner dans la poursuite de leur apprentissage. On dit souvent que les stagiaires sont démunis face à toutes les exigences du métier. C’est vrai, mais ils sont encadrés par des personnes ou des structures généralement efficaces. Qu’en est-il de ce nouveau titulaire qui n’a plus de maître de stage auquel se référer alors que dans les faits, sa formation n’est pas terminée ?
Plus de cours à l’ESPE, plus de tuteur, et souvent une mutation loin de chez lui, dans des classes difficiles. Il ne s’agit pas de noircir le tableau, mais ces jeunes collègues sont souvent moins épargnés que durant leur année de stage.
C’est exactement là qu’une association comme la nôtre peut intervenir. Nous pouvons lui offrir une vraie expertise collective. Non pas un discours unique, et définitif, mais une mutualisation d’expériences diverses, d’approches différentes qui lui permettront de choisir entre des options correspondant mieux à sa propre vision des maths et à sa situation d’enseignement.
Il s’agit donc moins des articles de nos revues qui sont excellents, cela va sans dire, mais ne répondent jamais complètement au problème forcément unique et singulier que rencontre ce nouveau collègue. Il s’agit plutôt de se donner les moyens d’ouvrir un espace où il pourrait poser toutes les questions et d’organiser les modalités de réponses multiples.
Nous qui avons vécu il y a plus ou moins longtemps une situation comparable, nous pouvons répondre, nous sommes tous des experts, actifs ou retraités, nous pouvons tous témoigner de ce que nous avons fait, de ce qui a marché ou de ce qui a raté.
Pour cela, il est indispensable que nous soyons capables de créer un lien avec les enseignants stagiaires. L’APMEP n’a pas vocation à se substituer à la formation initiale, à l’année de stage, aux ESPE, mais notre association doit constituer un relai actif pour tous les néo-titulaires.
Cela signifie qu’au niveau national, nous devons avoir les structures capables de répondre à ces demandes. Il faut donc également que nous puissions apporter des compléments de formation dans divers domaines : technologies numériques, didactique, épistémologie et d’autres…
En plus de nos revues, nous devons disposer d’un outil « plus réactif » : les vidéoconférences.
Et là encore nous avons besoin de vous tous. D’abord de votre connaissance d’un domaine, connaissance que vous aimeriez partager tout en restant chez vous en pantoufles dans votre fauteuil. Nous avons aussi besoin de vous pour diffuser cette information dans tous les établissements.

Nous allons proposer un calendrier serré et j’en suis sûr, de qualité. Il est indispensable que chacun d’entre vous le fasse connaître autour de lui.

J’ai beaucoup parlé jusqu’à présent du CAPES et des conséquences prévisibles des problèmes de recrutement. Mais il faudrait sans doute aussi dire quelques mots du premier degré.
La situation risque de devenir très problématique d’ici peu de temps. La raréfaction des vocations scientifiques dans l’enseignement ne touche pas que le secondaire. Mécaniquement, elle va également gagner le premier degré (si ce n’est déjà fait).
Le professorat des écoles concerne depuis longtemps une majorité d’étudiants provenant de filières littéraires. Cela risque d’être encore plus vrai demain. A ceci s’ajoute que les futurs candidats à ce métier seront bientôt issus de ces premières et terminales L sans math (et si peu de sciences).
On peut redouter les effets dévastateurs de la réforme des lycées (sur laquelle il faut noter avec regret qu’il n’y a aucun empressement du ministère pour en modifier les grandes lignes pourtant si critiquables). L’APMEP a ici aussi un rôle à jouer.
Il ne s’agit pas encore une fois d’apporter la bonne parole mathématique, ce qui aurait immanquablement pour effet de faire fuir les collègues, mais soit par le biais de l’institution, en entrant en contact avec les formateurs et les IEN, soit par l’intermédiaire de nos brochures ou de nos vidéoconférences, de proposer notre savoir-faire et notre réflexion, une collaboration active et intelligente qui permettrait surtout à ces nouveaux professeurs des écoles de se rassurer quant à leur capacité à enseigner les maths.

Un dernier point que je voudrais aborder est celui des carrières longues. Comme beaucoup d’entre vous, je suis prof depuis le début et je sais que dans quelques années, quand il sera temps de partir, je ne le ferai pas sans un pincement de cœur.
Mais je vois de plus en plus de jeunes collègues affirmer haut et fort qu’ils ne passeront pas toute leur vie entre les quatre murs d’une classe.
L’âge de la retraite reculant, la durée de cotisations s’allongeant, il y a fort à parier que pas mal d’entre eux feront malgré tout une bien longue carrière comme enseignant.
Avoir la possibilité de changer de niveau d’enseignement, de devenir formateur, conseiller pédagogique, chef d’établissement, inspecteur ou même de se réorienter vers d’autres secteurs professionnels plus ou moins proches de la sphère éducative, cela devrait être possible et devrait pouvoir se préparer.
Pour l’heure, en dehors de la réussite aux concours internes, la formation continue n’a presque aucune incidence sur l’évolution d’une carrière.
Les contenus proposés ont des objectifs immédiats plutôt que prospectifs.
Et il y a bien peu d’incitation institutionnelle à ce qu’un enseignant se forme. Les incidences sur sa carrière restent très marginales, pour ne pas dire nulles.
Cette situation est absolument anormale, pour ne pas dire intolérable, car elle constitue sans conteste un argument supplémentaire à porter au discrédit de notre profession.
Prendre en compte que le nombre d’années que l’on devra travailler augmente régulièrement et donc aménager des possibilités d’une véritable évolution de carrière implique un nouveau statut à la formation continue.
Il faut qu’elle devienne le moteur de l’évolution de la vie professionnelle, sans pour cela avoir un caractère obligatoire. Il faut permettre à chacun de programmer à son rythme sa propre formation continue.
Et en même temps, il faut organiser la prise en compte institutionnelle de cet effort de formation.
On peut raisonnablement concevoir pour l’avenir une formation certifiante, qui permettrait une diversification des voies de promotion interne.
Il ne s’agit pas de demander aux acteurs institutionnels (et en particulier les ESPE) d’être les seuls à prendre en charge cette certification.
Suivre un stage sur des calculatrices, une formation IREM sur la didactique, ou participer aux journées de l’APMEP,… pourraient également entrer dans une certification globale dont il faudrait évidemment définir les modalités.
Les Universités pourraient être partie prenante à la fois des formations et de la certification. Les cours en ligne (les fameux MOOC, Massive Open Online Courses) qui commencent à prendre une réelle importance, pourraient être des solutions aux difficultés géographiques ou personnelles des personnels en formation, sans pour cela interdire les cours en présentiel chaque fois que cela s’avère possible.

L’APMEP a un double rôle à jouer : sur le plan politique, elle doit contribuer à faire évoluer la façon dont la formation continue est prise en compte ; elle doit aussi veiller à un enrichissement de l’offre de formation. Sur un plan pratique, s’appuyant sur de cette expertise dont je vous parlais il y a quelques minutes, elle doit se positionner comme un véritable acteur de cette formation.
Pour l’heure, je vous invite à commencer à vous former de la meilleure façon qui soit en combinant plaisir et apprentissage : en écoutant cet extraordinaire conteur et ce véritable savant, qu’est mon ami Ahmed Djebbar. Il va vous amener faire un voyage dans ces mathématiques qui ont jalonné l’histoire de la Méditerranée.

A tous et à toutes, je vous souhaite un très bon moment en sa compagnie, en très bon séjour à Marseille et de très belles journées nationales.

Bernard Egger

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