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Discours du président de l’APMEP

Journées Nationales de Laon

Bernard Egger

- 28 octobre 2015 -

Mesdames, messieurs, chers amis, chers collègues

Nous voici donc à Laon pour de nouvelles Journées Nationales. Ces quatre jours sont un moment important dans la vie de l’association. Pour les membres du Bureau National, nouveaux ou anciens, il s’agit de leur premier rendez-vous avec les adhérents depuis leur élection. Il y aura d’autres échéances tout au long de cette année de vie du Bureau : des Comités, le Séminaire. Mais celui-là a une saveur particulière. En un certain sens, les Journées Nationales scandent la vie de l’APMEP. Elles sont un moment privilégié pour tirer le bilan d’une année. A la même époque, il y a un an, nous étions à Toulouse. Que s’est-il passé depuis ?

La première chose qui vient à l’esprit est sans aucun doute la réforme du collège. Et comment ne pas parler alors de ce qui l’accompagne naturellement : les nouveaux programmes de mathématiques. Sur ce point, je ne vous dirai rien maintenant. Je laisserai le soin à Laurent Chéno d’essayer de vous apporter les éclaircissements nécessaires, les réponses aux questions que vous vous posez. Au sein de l’Inspection Générale de mathématiques, Laurent Chéno a été le principal artisan des programmes du cycle 4. Il animera lundi la séance des questions d’actualité. De toute évidence, ce sera un moment fort de nos Journées.

Comment évoquer la réforme du collège sans aborder les prises de position du Bureau National. Le soutien, mesuré mais sans ambiguité, que nous avons apporté à cette réforme a dû choquer certains d’entre vous. D’autres, par contre, y auront trouvé un appui à leurs convictions. Des débats ont animé les comités régionaux. Je crois que l’on peut dire qu’ils se sont déroulés avec le souci permanent de réfléchir ensemble, au-delà de divergences bien naturelles. D’ailleurs, de la part des adhérents de l’APMEP, je n’ai reçu que très peu de remarques aussi bien pour critiquer la position du Bureau que pour la soutenir.

En tant que président, j’ai bien reçu un certain nombre de critiques, mais de collègues affirmant haut et fort qu’ils n’étaient pas adhérents et que du coup, se félicitaient de ne pas l’être. Je dois vous avouer que cela m’a surpris, mais aussi réconforté.

Je ne suis plus syndiqué depuis pas mal de temps. Je ne trouve pas dans les analyses, les propositions des divers syndicats des points de vue suffisamment proches des miens. Il ne me viendrait jamais à l’esprit d’aller demander des comptes à l’un ou à l’autre pour telle ou telle prise de position. J’ai été donc très étonné que des non-adhérents prennent à partie cette association dans laquelle ils ont choisi de ne pas être.
Mais, d’un autre côté, je dois reconnaître que cela m’a apporté un certain réconfort. Dans une période où la crise du militantisme fait fondre année après année les effectifs de toutes les associations, syndicats et partis politiques compris, la voix de l’APMEP semble avoir encore une certaine importance chez les enseignants de mathématiques puisque même des collègues qui ne sont pas adhérents ne restent pas indifférents à ce qu’elle dit. D’autant plus que dans ce genre de situation, ceux qui s’expriment sont souvent ceux qui sont opposés à ce qui est dit.

Je voudrais maintenant évoquer brièvement le contenu des critiques que j’ai reçues.
Il était difficile d’échapper à l’accusation d’être favorable au fameux nivellement par le bas. Cette baisse de niveau si souvent évoquée me semble reposer sur un malentendu. J’aimerais vous citer à ce propos une phrase de Salman Khan : « Ce qu’on appelle de façon inoffensive « l’orientation » est en réalité un processus d’exclusion qui va l’encontre des valeurs de l’école. Afin de demeurer compétitifs dans un monde concurrentiel et interactif, nous avons besoin de tous les cerveaux disponibles. ». Ces valeurs de l’école qu’évoque Salman Khan n’ont pas toujours été les siennes. Les objectifs assignés à l’école ont évolué fortement. Les chiffres sont sans appel : il vaut mieux avoir un diplôme que ne pas en avoir. Ne prenez pas cela pour une évidence. Cela n’a pas toujours été le cas, du moins d’une façon aussi nette. Mais la quasi-disparition des emplois à faible qualification impose une augmentation du niveau général. Un tel objectif n’a jamais été vraiment celui de l’école, toute républicaine qu’elle soit. Pour l’atteindre, ce qui est maintenant à l’ordre du jour c’est une véritable remise à plat des contenus, des pratiques et des évaluations.

Ce qui est souvent perçu comme preuve de la baisse du niveau, c’est tout ce que nos élèves ne savent plus faire que leurs ainés savaient faire. Très paradoxalement, on évoque bien peu ce qu’ils savent faire maintenant que leurs prédécesseurs ne savaient pas faire. Tout au plus, l’école considère ces nouveaux savoir-faire, d’ailleurs mal identifiés, comme sans intérêt, embarrassants, et parfois même comme des obstacles.

Ne vous méprenez pas : nous n’avons jamais pensé que cette réforme allait pouvoir répondre aux défis qui attendent l’école. Nous n’avons jamais pensé qu’elle était synonyme de cette refondation qui nous avait été annoncée et dont nous restons bien loin. Elle nous semble seulement poser les jalons du changement plus profond que la situation actuelle impose.

Evidemment, nous sommes déçus et inquiets que le ministère n’ait pas cru bon de s’attaquer à une indispensable réforme du lycée, mettant une fois de plus en péril la cohérence de notre système d’enseignement. Même l’audit sur la réforme précédente, pourtant annoncé depuis longtemps, n’a pas le moindre début d’existence. La raison politique a ses raisons.

C’est sans doute en référence à ces raisons qui favorisent l’immobilisme, que parmi les critiques que nous avons reçues, on mettait parfois en avant notre naïveté. Croire que cette réforme aboutira, c’est être bien peu perspicace d’autant plus que nous sommes à la veille d’une alternance politique et d’un autre ministre qui fera une autre réforme.

Pourtant j’ai le sentiment que la réussite d’une réforme ou du moins de certains de ses aspects est moins liée à la volonté du personnel politique qu’à la façon dont la communauté enseignante s’en empare.
Notre prise de position nous donne des responsabilités. Elle nous impose de mettre en œuvre les moyens pour en aider la réussite. Nous l’avons maintes fois annoncé : nous travaillons à la création d’une plateforme d’accompagnement pédagogique, Elle a reçu un nom cet été : Mathscope. On y trouvera des vidéos et des évaluations structurées en parcours d’apprentissage. Ce projet a pour ambition de proposer à l’enseignant un outil efficace de pilotage du cours et de différentiation pédagogique.
Le numérique est fréquemment associé à des pédagogies alternatives telles la classe inversée. Mais ces pédagogies sont trop souvent des réponses aux échecs de l’école. Elles s’adressent à des publics bien spécifiques comme les élèves en grande difficulté ou les décrocheurs. En ce sens, elles font partie de la périphérie du système. De cette périphérie dont parle Philippe Mérieux quand il évoque l’effet de centrifugeuse de l’école, qui ne parvenant pas à honorer en interne les objectifs qui lui sont fixés les rejette à sa périphérie pour que d’autres solutions permettent de corriger ses échecs. Les cours particuliers en font partie (la France en est la championne d’Europe, les maths y contribuant très largement) ; bien souvent le numérique aussi.
Or nous l’avons dit, nous pensons que l’innovation est plus que jamais indispensable, une innovation qui prenne en compte aussi l’élève tel qu’il est.

Nous pensons que le numérique et tout le cortège de changements en profondeur qu’il implique peut devenir une alternative crédible pour tous. Pour cela il faut donner les moyens aux enseignants d’aller plus loin que l’artisanat de pratiques individuelles, certes souvent très motivantes, mais également épuisantes. En proposant des ressources nombreuses, variées, validées par une communauté de spécialistes et élaborées en collaboration avec des praticiens de l’éducation (didacticiens, psychologues cognitivistes…), Mathscope a pour ambition de faire glisser le numérique de la périphérie vers le centre du système scolaire.
L’école de demain est à construire. Mais pas seulement ici. Lors de mes déplacements depuis les journées de Toulouse, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux collègues d’autres pays. Le constat est simple : c’est plus ou moins partout pareil.

L’APMEP a d’ailleurs œuvré avec d’autres à la création d’une fédération francophone d’associations de professeurs de mathématiques. Michel Fréchet s’est beaucoup investi sur ce grand projet et je l’en remercie vivement ici.

Et comme nous sommes tout près de la Belgique, je voudrais rendre également hommage aux collègues de la société belge des professeurs de mathématiques (versant francophone bien entendu…) qui travaillent avec nous pour une extension du projet Mathscope à la Belgique.

L’Algérie n’est pas si loin que çà non plus, puisque vient de s’y dérouler les rencontres de l’espace mathématique francophone. Des contacts sont pris là-aussi pour travailler ensemble sur cette plateforme.
Si vous voulez découvrir Mathscope et que vous ne vous êtes pas encore inscrit dans un atelier, je vous signale que deux ateliers sont consacrés à ce projet dimanche et lundi matin.

Comme vous le voyez, les énergies existent partout pour qu’une école différente naisse, une école qui répondra mieux que la nôtre aux défis de notre monde. Cette énergie vous allez la retrouver tout au long de ces journées, Elles vont être comme à chaque fois inoubliables car elles ont été préparées par des gens formidables. Un grand merci à eux, et un grand merci à vous aussi d’être là pour partager avec nous ces grands moments.

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