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Editorial du BGV n° 190

Le portail mathématique et la formation continue

Bernard Egger

Gembloux, bourgade de Belgique située près de Namur, 23 août, température de 31 degrés, du jamais vu depuis plus de quinze ans… C’est le début du congrès de la Société des Professeurs de Mathématiques Belges d’expression française. Trois jours ponctués de conférences et d’ateliers. Cela ressemble fortement à nos Journées Nationales, avec un peu moins de participants, taille du pays oblige.

Quelle aubaine pour moi ! Ces dix dernières années, ma participation active au bureau national de l’APMEP ne m’a permis bien souvent de n’assister qu’aux deux conférences d’ouverture et finale. À Gembloux, j’ai pu enfin suivre de nombreux ateliers, évidemment, les collègues qui montrent ce qu’ils font dans ce type de manifestations ont certainement un investissement supérieur à la moyenne. Néanmoins, malgré cette réserve, c’est rafraichissant. Voilà de jeunes enseignants qui nous parlent de pédagogies inversées, qui nous disent comment conter les maths, ou apprivoiser l’espace ! Voilà tel atelier qui s’emballe sur Scratch et l’interdisciplinarité, donnant des pistes pour programmer des jeux sur un téléphone portable ou des petits véhicules à partir d’une carte à moins de dix euros.

Fort heureusement, on trouve des enseignants qui innovent bien au-delà de ceux que l’on rencontre dans divers congrès ou journées nationales. Les IREM en sont remplis, sans parler de l’APMEP. De nombreux autres travaillent seul ou en équipe au sein de leur établissement.

Comme il n’y a pas une seule bonne façon de faire classe, il n’y a pas une meilleure façon d’innover. À chaque fois, il s’agit de trouver dans ses goûts et dans ses compétences le chemin qui permettra de mieux susciter l’intérêt des élèves et ainsi d’améliorer leurs résultats.

L’innovation c’est aussi une affaire d’imagination et de prise de risques. Mais il n’est pas facile de se projeter dans des domaines où l’on se sent fragile, dans lesquels on a des connaissances insuffisantes ou seulement approximatives. C’est en cela que la mutualisation des réponses apportées par chacun au défi d’enseigner a une importance considérable. Il y a sans doute des réponses plus riches que d’autres, mais il n’y en a pas de négligeables. Dans la plupart des salles de classe, il se passe quelque chose qui mérite notre attention.

Le futur portail mathématique qui devrait voir le jour dans les prochaines semaines permettra de recenser et de faire connaître des expériences « plus exemplaires ». Le risque est alors de donner à chacun l’impression qu’il n’est pas à la hauteur de ces « monuments ». Il y a évidemment des réalisations spectaculaires, et qui en plus semblent « marcher ». Dans ces classes, les élèves améliorent leurs résultats et prennent du plaisir à apprendre. C’est ce qui est dit et il n’y a pas de raisons d’en douter. Il y a toutefois un critère important à avoir en tête : quelle est la part de l’implication de l’enseignant dans la réussite d’un projet ? Toutes les expériences sont-elles reproductibles avec les mêmes succès ? Difficile de répondre à de telles questions.

Le portail mathématique ne doit pas être pris comme l’endroit où l’on devra chercher une certaine bonne parole pédagogique et innovante, parole dont il faudrait suivre l’esprit pour réussir. Il devrait apparaître plutôt comme un fournisseur d’idées, il devrait permettre de libérer l’imagination de chacun, non pour reproduire ce qui y sera présenté, mais plutôt pour l’adapter à des contextes variés, tant du côté de la personnalité de l’enseignant que de celui du public scolaire visé.

Nous connaissons tous la pauvreté de notre formation continue. Certes, la réforme du collège a été accompagnée par de nombreuses formations, en particulier sur l’algorithmique. Mais chacun sait que quelques jours de formation ne permettent au mieux que de rassurer sur certains aspects techniques. En aucune façon ils ne peuvent donner les moyens d’appréhender les raisons d’être d’un enseignement. Typiquement pour ce qui est de Scratch et de l’algorithmique, ce que l’on aura pu acquérir bien souvent, c’est une certaine maitrise du code, mais il y aurait sans doute de la naïveté à imaginer que les objectifs de l’enseignement de l’informatique se réduisent à apporter une touche ludique aux cours de mathématiques, ou à faire de nos élèves des programmeurs. Le côté « utilitaire » de cet enseignement ne doit pas nous en cacher les enjeux éducatifs, qui sont bien plus larges. D’ailleurs, nous savons bien que les mathématiques que nous apprenons à nos élèves dépassent leur fonction d’outils pour la physique, l’économie, ou même la vie quotidienne… Même si bien souvent le point de départ permettant de donner un premier sens à cet apprentissage se situe dans ces domaines…

Les stages de « dernier moment », aussi bien faits soient-ils, ne remplacent pas une pratique de long terme. En l’absence d’une formation continue qui, au lieu de répondre à l’urgence, préparerait les mutations à venir et connues, il faudra une fois de plus se tourner vers la communauté. Ce contact avec les autres, cet échange horizontal entre pairs, ce doit être un des enjeux forts du futur portail mathématique. Mais pour cela, il faut aussi que nous cessions aussi d’être essentiellement des consommateurs pour devenir également acteurs.

Les nouveaux programmes de collège imposent un toilettage de ceux actuellement en cours en lycée. La prochaine année est importante pour décider et préparer les changements. Évidemment, l’APMEP fera des propositions et participera activement à la réflexion et l’élaboration des nouveaux programmes. Par le biais de vidéoconférences ou du projet Mathscope, elle accompagnera également les enseignants dans leur besoin de formations et de ressources.

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