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Article du bulletin 469

Filles et mathématiques

Pascale Pombourcq

- 26 avril 2007 -

Vous l’avez sans doute remarqué, nous inaugurons dans ce bulletin une rubrique « Centenaire de l’association » qui sera tenue par Éric Barbazo. Vous pourrez y lire que parmi les deux premières questions mises à l’étude lors de la première assemblée générale de l’association, le 30 octobre 1910, figure la préparation aux divers baccalauréats dans les établissements secondaires de jeunes filles.

Très tôt, l’association va se saisir du problème de la formation des jeunes filles. En 1880, la loi Camille Sée crée l’enseignement secondaire féminin. Mais le cursus ne conduit pas au baccalauréat, et donc ne donne pas accès à l’université. Il faudra attendre 1924 pour que le baccalauréat devienne identique pour les filles et les garçons et pour que les portes de l’université s’ouvrent enfin aux filles ! Rappelons aux plus jeunes qu’il faut attendre 1975 pour que la loi Haby oblige tous les établissements publics à la mixité.

Jusqu’au début du vingtième siècle, «  l’accès à la rigueur et à l’abstraction mathématiques est jugée plus difficile pour les esprits féminins que masculins ». Les filles rencontrant des difficultés en mathématiques, elles ne leur sont pas enseignées… Il y a un chiffre qui interpelle. En 1981, les Écoles Normales de jeunes filles et de garçons fusionnent. Avant cette fusion, le nombre de places en mathématiques dans les ENS de filles était à peu près la moitié de celui des ENS de garçons. Mais depuis 1985, les filles représentent moins de 10 % des entrants. Le niveau mathématique des filles n’a pas baissé pour autant. Cela voudrait-il dire qu’elles ne veulent pas se mesurer aux garçons ? Alors faut-il restituer le principe des quotas ?

La répartition des filles dans les différents baccalauréats est éloquente : 46 % en S ; 64 % en ES ; 82 % en L ; 63 % en STT ; 96 % en SMS et 8 % en STI ! Nous sommes généralement d’accord pour dire que les filles sont nos meilleures élèves. Elles ne sont pourtant que 30 % dans les classes préparatoires scientifiques.

Une expérimentation a été menée en France par Pascal Huguet (CNRS) et Isabelle Régner (Université de Toulouse). Ils ont choisi un dispositif expérimental « géométrie/dessin  ». C’est en effet dans ce domaine que circulent le plus d’idées préconçues (voir le best-seller "Pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières ?" de Allan Pease, Barbara Pease). Cette expérimentation a porté sur plusieurs centaines d’élèves des deux sexes de sixième et de cinquième. Ils se sont aperçus que les filles en condition « géométrie » produisent une performance inférieure à celle des garçons.

Cette différence s’inverse dans la condition « dessin » ! Le simple fait de croire que le test présenté implique des compétences en mathématiques suffit donc à entraver la performance des filles, cela quel que soit leur niveau de performance dans ce domaine.

Mais nous devons également, nous enseignants, surveiller notre attitude face à nos élèves. Marie Duru-Bellat l’a très clairement montré : le professeur de sciences (quel que soit son sexe) consacre davantage de temps (20 % environ) aux garçons. Les filles sont moins souvent interrogées et, si elles le sont, elles sont plus souvent interrompues. Le professeur a tendance à féliciter les filles pour la propreté de leur copie et les garçons pour la justesse de leur raisonnement.

À toutes ces constatations, vient se greffer l’histoire même des mathématiques. De la classe de sixième à la classe de terminale, jamais nous n’avons l’occasion de citer une mathématicienne. Les noms des théorèmes sont tous associés à des hommes. Nous avons un peu entendu parler, l’an dernier, d’Émilie du Châtelet, puisque c’était l’anniversaire de sa naissance, mais les occasions sont rares. Aucune femme n’a encore été récompensée par la médaille Fields.

Notre association, aussi, avait des progrès à faire ! Depuis sa création, 50 présidents se sont succédés. La première présidente n’est apparue qu’en 1968, et seules sept femmes, en presque cent ans, ont accédé à cette responsabilité. Mais dans le premier bureau, en 1910, un des deux vice-présidents était une femme !

Merci à Femmes et mathématiques et à sa présidente Véronique Chauveau pour l’aide qu’elle m’a apportée à l’écriture de cet éditorial.

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