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  APMEP   Editorial du Bulletin 482

Article du bulletin 482

Volonté de casse ou incompétence ?

Pascale Pombourcq

- 21 avril 2009 -

Dans l’éditorial du Bulletin Vert n° 475, il y a un peu plus d’un an, je passais en revue tous les chantiers ouverts à l’Éducation Nationale. J’ai été élue présidente de l’APMEP à la fin du mois de juin 2006. La première année a été la plus tranquille, la tâche du bureau national a été essentiellement d’alerter les candidats à l’élection présidentielle. Mais dès l’élection de Nicolas Sarkozy, les réformes ou plutôt les tentatives de réforme se sont succédé à un rythme effréné. Et deux ans plus tard, aucune n’est vraiment en place.

L’école primaire

Mise en place de la semaine de quatre jours, diminution du nombre d’heures de cours pour dégager du temps de soutien scolaire individualisé, un an après ce nouveau rythme scolaire fait à peu près l’unanimité contre lui. Les enseignants soulignent que la diminution du temps d’apprentissage pour tous met en difficulté les élèves les plus fragiles. Les quelques minutes dégagées pour du soutien individualisé, mal placées à l’heure du déjeuner ou en fin de journée, ne remplissent pas leur fonction : les élèves concernés ont déjà du mal à se concentrer et rallonger leur journée n’est pas une solution adaptée. Les parents d’élèves regrettent le manque de disponibilité des enseignants qui, après la classe, sont happés par les heures de soutien. Sans compter un effet néfaste secondaire que le Ministre n’avait certainement pas prévu : certains parents d’élèves estiment que le temps de soutien à l’école les dispense de s’occuper du suivi du travail scolaire le soir à la maison. On peut raisonnablement penser que cette réforme ne durera pas beaucoup plus que le Ministre qui l’a voulue !

Le lycée

La réforme des lycées est simplement reportée nous a-t-on dit ? Mais qui va la piloter ? Le Ministre que l’on dit sur le départ ? Richard Descoings aura passé le premier semestre à l’écoute des élèves, des parents d’élèves et des enseignants dans les établissements. Ses préconisations seront limitées. Sa mission aura permis de temporiser pendant près de six mois, mais que va-t-il en ressortir ? une diminution des heures de cours ? une suppression du travail à la maison ? On en viendrait presque à se dire que la seconde actuelle n’est pas si mauvaise que cela : quatre heures de mathématiques pour tous, une heure dédoublée et une heure d’aide individualisée pour ceux qui ne l’ont pas encore perdue…

La mastérisation de la formation des enseignants

C’est la réforme la plus difficile à suivre, les textes changent presque tous les jours. Nous avons demandé, à plusieurs reprises, dès le début de l’année 2009, le report de la réforme. Les étudiants semblent favorables à la mastérisation, ce serait pour eux une reconnaissance du niveau théorique des enseignants. Mais la formation pratique telle qu’elle est pensée n’est pas acceptable. Nous demandons depuis plusieurs années une entrée progressive des enseignants dans le métier. C’est tout le contraire qui risque de se produire. Le projet prévoit pour certains étudiants, puisqu’il n’est pas obligatoire, un stage de 108 heures, dans quelles conditions, nous ne le savons pas vraiment. L’année suivante, s’ils ont réussi le concours, ils seront enseignants, un tiers seulement de leur service devant être réservé à la formation continue. Ils ne seront de toute façon titularisés qu’à la fin de cette sixième année. Si ce projet passe, les nouveaux enseignants auront donc dès la rentrée à faire face à trois ou quatre classes sans avoir jamais été vraiment confrontés à des actes d’enseignement.

Certains d’entre nous pensent que le but de toutes ces réformes est de casser le système éducatif.

Personnellement je ne le crois pas. Je pense qu’il s’agit tout simplement d’incompétence. Pour avoir dans le cadre de mes fonctions rencontré des hommes politiques, des membres de cabinet et des inspecteurs généraux, j’ai l’impression qu’ils sont toujours persuadés d’avoir raison, fut-ce contre l’avis de tous. Et tant pis pour vous si vous n’êtes pas d’accord, c’est que très certainement vous ne possédez pas leur vision éclairée du monde !

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