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  APMEP   Henri Poincaré : une biographie au(x) quotidien(s)

Article du bulletin 503

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Paul Louis Hennequin

- 27 février 2013 -

par Jean-Marc Ginoux et Christian Gerini.

Ellipses, juin 2012.

298 p. en 16,5 x24. Prix : 24€.

ISBN 978 2 7298 7407-0.

Le centenaire de la mort d’Henri Poincaré a été tout au long de l’année 2012 l’occasion de nombreuses initiatives destinées à faire mieux connaître au grand public ce personnage fascinant. Dans la préface, Cédric Villani, qui a donné la conférence d’ouverture des journées de Metz de notre association fin-octobre, présente Poincaré, à la fois maîtrisant l’ensemble des branches de la mathématique, ce qui ne serait plus possible aujourd’hui, formidable physicien faisant flèche de tout bois scientifique dans l’analyse des phénomènes naturels, mais encore symbole de l’unité de la pensée humaine et de l’intégration du monde scientifique dans la société. Si on se réfère aux 11 volumes des « Oeuvres complètes », rééditées par Jacques Gabay, ses recherches ont concerné, dans l’ordre chronologique, les équations différentielles, les fonctions fuchsiennes, la théorie des fonctions, l’algèbre, l’arithmétique, la géométrie, l’analysis situs, la mécanique analytique, le problème des trois corps, la mécanique céleste, l’astronomie et la physique mathématique.

Quant à ses enseignements à la Sorbonne, ils ont eu comme sujets au fil du temps : la mécanique céleste, la théorie mathématique de la lumière, l’élasticité, la propagation de la chaleur, les oscillations électriques, la thermodynamique, la capillarité, le potentiel newtonien, les hypothèses cosmogoniques, le calcul des probabilités, la mécanique nouvelle (relativité), la théorie des tourbillons et les figures d’équilibre d’une masse fluide. Mentionnons encore son œuvre philosophique  : La Science et l’Hypothèse (1902), La Valeur de la Science (1905), Science et Méthode (1908), Dernières Pensées (Posthume 1913) et un texte pédagogique destiné aux enfants : Ce que disent les choses. Nombreuses sont les publications montrant les conséquences de cette œuvre immense sur les sciences d’aujourd’hui !

Dans ce livre, les auteurs adoptent un point de vue original : élaborer un portrait de l’homme tel que le révèle la presse de son époque.
Les jeunes années (la famille, l’enfance, les études, ingénieur des Mines à Vesoul).
Le professeur et le savant (Université de Caen, Sorbonne, Académie des Sciences, Prix du Roi Oscar II de Suède et de Norvège).
Le penseur universel (la bataille du méridien, la polémique sur la rotation de la Terre, l’œuvre philosophique et son impact).
L’homme engagé ? (l’affaire Dreyfus, le Référent, l’Immortel, derniers engagements, derniers travaux, conclusion).

La bibliographie donne une centaine de références dont une trentaine d’Henri Poincaré ; les autres de ses contemporains, listés dans un index nominum tandis qu’un index terminologique facilite la lecture.

Les textes reproduits sont d’Henri Poincaré ou bien commentent un événement ou une intervention le concernant directement. Ils sont empruntés aux journaux de l’époque (quelques titres existent encore aujourd’hui  !), et couvrent toute la palette : politique des débuts de la troisième République : Le Journal des débats, Le Temps, Le Petit Journal, La Presse, Le Petit Parisien, Le Figaro, La Croix, Le Matin, L’ Aurore, L’ Humanité, La Revue Illustrée.

Cette grande variété permet à la fois de comparer les courants politiques de l’heure et de mesurer la grande indépendance de Poincaré.
Mais cela amène de nombreuses répétitions, par exemple dans les compte-rendus de l’entrée à l’Académie Française dans le fauteuil de Sully Prudhomme.

On comprend que, pour séduire un vaste public, les auteurs se soient abstenus de tout développement mathématique, mais cela laisse sur sa faim le mathématicien qui aimerait par exemple savoir en quoi consistent exactement les erreurs colossales commises par M. Bertillon dans son analyse probabiliste du Bordereau, pièce centrale de l’affaire Dreyfus.
Le lecteur curieux trouvera ce point développé par Élisabeth Busser dans le n° 147 de Tangente p. 20-22 ; les autres se contenteront de cette citation de je ne sais plus qui « L’application du calcul des probabilités aux sciences morales est le scandale des mathématiques », … Laplace et Condorcet, qui calculaient bien eux, sont pourtant arrivés à des résultat dénués de sens commun.

Je regrette aussi la mauvaise qualité de certaines reproductions photographiques.

Tel qu’il est cet ouvrage se lit avec bonheur par la multiplicité des éclairages sur l’implication d’un homme d’exception dans les collectivités dominantes à la charnière du XIX° et du XX° : Mineurs, Université, Mathématiciens, Philosophes, Académie des sciences, Dreyfusards, Académie Française, Étudiants et écoliers, Députés (Poincaré n’écrit-il pas en 1911 des articles sur la prépondérance politique du Midi et sur le scrutin proportionnel  ?).

Ce livre remplit parfaitement l’objectif des auteurs : faire connaître la position d’un scientifique hors de pair et ses engagements personnels face à l’opinion publique.

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