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La formation continue en construction

Article du Bulletin 488.

Eric BARBAZO

La formation continue des enseignants n’existe pas au début des années 1960. Le développement de nouvelles technologies comme la télévision [1]devient un enjeu important de formation des élèves comme des professeurs. La question de la place du professeur se pose alors et l’APMEP traite de ce débat dans son Bulletin [2], en exposant les différentes idées qui émergent et semblent intéresser le ministère qui consacre d’importants crédits au développement de ces nouvelles modalités d’enseignement. Certaines propositions deviennent alors polémiques, notamment par leur intention de remplacer les professeurs par des outils mécanisés. Plusieurs textes de Gilbert Walusinski posent dans ce Bulletin les différents modes possibles d’apprentissage à distance. L’intérêt du texte du secrétaire général de l’association de 1963 reproduit et présenté ici est de montrer les questions qui se posent dès cette année, d’ordres à la fois pédagogique et politique. Il est également l’occasion de montrer à nouveau le style de Gilbert Walusinski.

Une nouvelle machine à enseigner :
le moulin à vent.

Dans le premier numéro de La Pédagogie cybernétique, M. Louis Couffignal, Président de l’Association de Pédagogie cybernétique, pose la question : « Quelles sont les matières où le professeur peut être remplacé par un appareil mécanique ? ». Vous avez bien lu : remplacé et non aidé. Voici la réponse de l’auteur : « …pour toutes les matières d’enseignement qui ont pour fondement l’apprentissage de mécanismes mentaux », et il précise : « … a) l’apprentissage des connaissances qui se rattachent aux sciences, sciences de la nature, Mathématiques, … ; b) l’entraînement à la combinaison de ces connaissances, que l’on appelle souvent l’esprit d’invention ».

Pour appuyer sa thèse, M. Couffignal cite, sans entrer dans trop de détails, des expériences, faites aux U.S.A., d’où il résulterait :
- 1° « statistiquement, la valeur moyenne des classes ainsi enseignées est supérieure, en fin d’année, à celle des classes qui ont été enseignées selon les méthodes classiques » ;
- 2° « individuellement, chaque élève est mis en situation de progresser au rythme qui correspond à ses aptitudes propres, et l’élite se trouve plus nettement dégagée » ;
- 3° « le rôle du professeur revient à exposer les connaissances essentielles auxquelles les mécanismes mentaux sont appliqués ; son action, épurée en quelque sorte et dirigée vers son but véritable, devient ainsi plus efficace dans la recherche de ce but ».

Le lecteur de cette nouvelle revue aura, tout au long de ses 32 pages, bien d’autres sujets d’étonnement. On y parle couramment de « pensée cybernétique ». Si vous ne savez pas bien ce que cela représente, reportez-vous aux citations précédentes et comparez la question initiale, où i1 s’agit de remplacer le professeur, et la troisième conclusion où l’action du professeur est dite épurée. Le professeur ne serait jamais plus efficace que remplacé par une de ces machines dont malheureusement ladite revue ne décrit aucun exemplaire.

Tout laisse penser, à qui n’est pas cybernéticien (et par conséquent, ni bien, ni mal averti de la question, mais pas averti du tout), qu’il y a dans cette littérature du meilleur et du pire. Que le développement des machines, spécialement dans le secteur des machines mathématiques, puisse conduire à quelques techniques pédagogiques nouvelles, il faudrait pour le nier confondre nos classes avec l’Académie, la vraie, celle de Platon. Mais on a le droit, pour peu que l’on affronte tous les jours les problèmes réels de l’enseignement dans des classes surpeuplées, pour peu que l’on sache comment notre Administration s’y prend pour ne pas résoudre le problème de la formation et du recrutement des maîtres, on a le droit d’éprouver quelque inquiétude à la lecture des affirmations de M. Couffignal. Faute de preuves aisément vérifiables, tout discours émaillé de grands mots, qui ont la curieuse propriété de faire à la fois comme du bruit et comme du brouillard, laisse une impression de malaise. Dans une brève éclaircie, on croit même distinguer une contradiction (voir plus haut : remplacer le maître pour le rendre efficace), ou bien au contraire une évidence : « La cybernétique propose, à l’intention de l’homme d’action, une présentation des connaissances où les théories se construisent à partir des connaissances observées. » Tout enseignement non dogmatique n’a-t-il pas la même ambition, et même l’ambition de ne pas s’adresser qu’aux futurs hommes d’action ?

Le moulin à vent, celui des grands discours à mots sonores, est-il le premier ou le dernier cri de la « pédagogie cybernétique » ?

G. W.


[1] Au cours des années 1930, l’usage de la radiophonie est apparu comme un outil d’enseignement auquel s’est intéressée l’APMEP.

[2] Dans le Bulletin numéro 231 de mai-juin 1963, la rubrique « Essais pédagogiques » traite de ces thèmes. Le texte de Gilbert Walusinski cité dans sa totalité dans cette chronique est tiré de ce Bulletin.

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