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Article du bulletin 490

Leenhardt Monique

- 30 novembre 2014 -

Monique Leenhardt

En 1953, j’étais étudiante en deuxième année à l’ENS, Boulevard Jourdan. Un professeur d’un lycée du coin m’avait envoyé une élève de quatrième pour des leçons particulières, en me disant « Faites-lui faire, pour commencer, des exercices faciles, qu’elle saura faire, ça l’encouragera. Car elle est capable, mais elle manque surtout de confiance en elle ». Je crois que ce fut ma plus essentielle leçon de pédagogie et j’ai toujours essayé de la mettre en pratique.

Bien sûr, devant les élèves, je modulais encouragements et reproches, en essayant toujours de les persuader qu’ils étaient « capables » de faire mieux.

Vers la fin de ma carrière devant les élèves, en 1983, j’avais une « bonne » terminale C, mais, bien sûr, il y a toujours des forts, des moyens et des faibles, dans une classe. Au début de chaque trimestre je faisais un petit speech de mise au point.

Deux mois avant l’écrit, je lance avec force et persuasion : « Dans cette classe, certains n’ont pas assez travaillé, et ils le savent. Mais personne n’est en perdition. S’ils se mettent vraiment au travail, ils sont capables d’avoir leur bac, mais il n’y a pas de temps à perdre. Je ne donne pas de nom, les élèves concernés se reconnaîtront ! ».

Bien sûr, je lançais cette phrase comme une bouteille à la mer, sans vraiment d’idée précise, le bacc ne se joue pas sur une seule épreuve

Le lendemain des résultats, j’ai reçu une lettre d’un élève qui me disait « Merci madame, c’est grâce à vous que j’ai eu le bacc, j’ai compris que vous parliez pour moi, je vous ai cru, je me suis mis au travail d’arrache-pied, et je l’ai eu (sans oral) ».

J’ai gardé cette lettre, c’était pour moi ma meilleure récompense, mon plus beau diplôme.

(Article mis en ligne par Armelle BOURGAIN)
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