Editorial du Bulletin 524.

EGGER Bernard

C’est une habitude : chaque ministre de l’Éducation Nationale a dans ses bagages une réforme à proposer. Jean-Michel Blanquer ne déroge pas à cette tradition. En quelques jours, il remet en cause de grands pans des réformes antérieures. Sans doute, on peut reprocher au précédent ministère une mise en œuvre trop systématique et du coup trop bureaucratique des réformes qu’il a menées. De nombreuses collectivités locales ont eu des difficultés pour s’adapter aux nouveaux rythmes scolaires et aux exigences qu’ils impliquaient. Dès lors, abandonner cette obligation plaira à tous ceux qui y sont entrés à petits pas. Cela résoudra sans nul doute des problèmes d’organisation, mais avec l’eau du bain, on risque bien de jeter aussi ce qui faisait l’essence du projet initial : promouvoir une autre façon d’aborder l’enseignement au travers d’activités périscolaires.

La remise à l’honneur du redoublement aura sans aucun doute les faveurs de bon nombre d’enseignants. Il est toutefois dommage de revenir à cette solution de facilité sans se poser la question qui était ouverte : peut-on trouver des alternatives crédibles au redoublement alors que de nombreuses études mettent en doute son efficacité ?

De la réforme du collège, il ne restera sans doute que l’organisation par cycle et quelques traces des EPI (à la discrétion des chefs d’établissements). Le retour des classes bilangues est acté, comme celui du latin et du grec. Cela satisfera sans doute bien des collègues qui protestaient avec véhémence contre cet abandon de la volonté de culture pour tous, accusant le ministère socialiste de collusion avec l’ultralibéralisme qui, comme chacun le sait, voudrait un monde de consommateurs abrutis.

L’élection présidentielle a vraiment rebattu les cartes et on ne sait plus qui est qui. Notre nouveau ministre, directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien, recteur de l’académie de Créteil sous Jacques Chirac, directeur de la DGESCO sous Nicolas Sarkozy, ami de longue date de François Baroin, n’a pas l’habit d’un homme de gauche.
Son livre « L’école de demain » montre un personnage complexe. Il est évidemment libéral (sa proximité avec l’institut Montaigne en atteste). L’autonomie renforcée des établissements et en particulier de leurs chefs se situent clairement dans cette perspective. Mais sur un autre plan, certaines de ses propositions conviendront à pas mal de professeurs : « retour de la discipline », examens plus exigeants, … Du moins ici, il ne pourra pas être accusé de vouloir brader l’éducation…

Néanmoins, cette façon si rapide de vouloir détricoter ce qu’a fait le précédent ministère peut nous laisser perplexes. Au nom d’une critique de réformes présentées comme idéologiques, il y a une précipitation à proposer leurs contraires. Le réalisme invoqué pour justifier la rapidité des changements sera l’idéologie de demain s’il y a alternance.

N’y a-t-il donc qu’une seule façon d’avoir raison en ce qui concerne l’école ? Pourquoi ne pas laisser du temps à ce qui a été mis en place pour en juger « scientifiquement » la pertinence ?

Ce ne sera pas pour cette fois.