Hommage à Pierre-Henri Bonnet

Nice Corse

- 18 juillet 2021 -

Pierre-Henri BONNET nous a quitté le 13 avril dernier. Il a été un membre très actif de la Régionale Nice-Corse de l’APMEP. Il était passionné par les Mathématiques ainsi qu’en témoigne sa bibliothèque abondante. Ses anciens collègues se souviennent :

Patricia Yonnet nous écrit : « C’est une grande tristesse pour moi d’apprendre sa disparition. Nous avons travaillé ensemble au lycée Estienne d’Orves et pour le Rallye mathématique de l’Académie. Il nous a été d’un grand secours dans l’organisation des Journées Nationales de l’APMEP en 2000 à Nice. »

Brigitte Dody se remémore : « Nous avons travaillé ensemble dans un petit groupe IREM que j’avais lancé avec deux collègues du Var. Nous avons créé des activités autour de l’Histoire des Mathématiques pour le collège et un peu pour le lycée. Je garde un très bon souvenir de ces moments d’échanges et de partage, nous avions plaisir à nous retrouver, quelque fois dans le Var mais aussi chez Pierre-Henri. Nous avons perdu le contact après sa retraite, c’était un collègue très gentil que j’ai vraiment apprécié. »

Henry Bertrand, qui l’a connu lors de réunions pédagogiques et aussi à l’association humanitaire AGIRabcd06, se souvient de ce moment émouvant où Pierre-Henri avait donné spontanément son violon pour un SDF qui avait perdu le sien et ne pouvait plus jouer le soir sous les remparts du Vieil Antibes.

Alain Tavernier, Daniel et Ghislaine Dahon gardent l’image d’un collègue rigoureux, organisé, précis et raffiné qui s’est engagé à l’APMEP avec toute sa conviction.

Son fils Jean-Marie nous a aidé à retracer pour nous les grandes lignes de son parcours professionnel et nous a confié quelques anecdotes : Pierre-Henri commence à enseigner le 28 octobre 1963, il a 19 ans. Il donne des cours au Lycée agricole de Tours-Fondettes en Indre-et-Loire puis devient maître auxiliaire jusqu’en1969 au Lycée Paul-Louis Courier et aux C.E.S. Michelet et Anatole France. Il est appelé le 8 septembre 1969 au service de la coopération, et est affecté en qualité d’enseignant au Lycée Mohamed V à Marrakech.

En 1971, on note sur son rapport d’inspection : « Monsieur BONNET a proposé un exercice enrichissant, un peu délicat, à ses élèves de 4e Année Scientifique (…) Le professeur, très à l’aise, fait montre de qualités mathématiques et pédagogiques que je signale avec plaisir (…) Je suis satisfait de ma visite. Je conseille seulement à Monsieur BONNET de parler un peu moins vite. »

Il rentre en France en 1972 où il obtient son CAPES de mathématiques dans l’Académie de Nantes. Il est ensuite nommé au collège Petite Lande à Rezé. En1973, il est admissible à l’Agrégation de Mathématiques. En septembre 1977, il est affecté au collège Joseph Pagnol de Saint-Laurent-du-Var, avant de rejoindre le lycée Estienne d’Orves de Nice en septembre 1980. « C’est là qu’il rencontre l’élève le plus brillant de toute sa carrière. En 4e, Nicolas Tosel se souvient d’avoir étudié les nombres irrationnels. C’était au programme ? Non bien sûr, mais papa prenait quelques libertés… ».

Dans les années 80, 90 et 2000, il donne des cours du soir au CNAM à Nice, et à l’occasion quelques « Khôlles » en Maths Sup à Sophia Antipolis. Bi-admissible, il obtient l’Agrégation en 1990. En septembre 1992, il est muté au lycée Audiberti d’Antibes, jusqu’à sa « retraite » le 4 septembre 2006. Après sa retraite, il rejoint l’association AGIRabcd06 : deux missions d’enseignement au Congo vers 2010, puis une dernière à Cuba en 2012.

Il a créé différents « clubs de maths » en collège et lycée, et a participé au Rallye mathématique de l’Académie de Nice. Avec une collègue de l’IREM, il a travaillé sur l’Histoire des Mathématiques. En mars 2002, Pierre-Henri cite Lautréamont en avant-propos du bac blanc destiné à ses « chères » Terminales littéraires : « Ô mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées, depuis que vos savantes leçons, plus douces que le miel, filtrèrent dans mon cœur, comme une onde rafraîchissante. » Il encourageait ses élèves, tous ses élèves mais aussi ses collègues, les plus jeunes. Le plus important pour Pierre-Henri, c’était la gentillesse. Il a été marqué par la mort et le suicide d’anciens collègues comme il l’a confié un soir à son fils, en concluant : « Il faut être gentil avec les autres, parce qu’ils sont plus fragiles qu’on ne l’imagine. »