Le discours de la présidente aux journées de La Rochelle

Pascale Pombourcq

Etant donné l’actualité, je vais axer mes propos sur la réforme du lycée dont le chantier est en cours.

Je vais ainsi très certainement en mécontenter certains, mais puisque j’entame mon troisième mandat de présidente, je commence à en avoir l’habitude !

Les organisateurs de ces journées nous ont proposé comme thème de réflexion « mathématiques en construction ». Je leur propose de le modifier légèrement, même s’il est un peu tard pour cela, en « mathématiques en construction, mathématiques en déconstruction, mathématiques en reconstruction ? ». C’est tout l’enjeu des discussions actuelles sur la réforme du lycée. Vous avez pu vous rendre compte que les bruits les plus contradictoires circulent :

Au journal de 20 h sur France 2 un dimanche, une journaliste, chargée de présenter la réforme du lycée, annonce que les mathématiques et l’histoire géographie deviendront optionnelles au cycle terminal. Ce qui laissait entendre que certains lycéens pourraient ne plus faire de mathématiques après la seconde.

Au lendemain de notre entrevue avec Jean-Paul de Gaudemar, le café pédagogique titre « l’APMEP sort rassurée de sa rencontre avec Jean-Paul de Gaudemar ». C’est beaucoup dire, mais il nous a du moins assuré que tous les élèves étudieraient des mathématiques en première et en terminale ! La vérité est certainement entre les deux. Le café pédagogique avait simplement oublié de signaler toutes les réserves que nous avions pu émettre sur les propos entendus lors de cette entrevue ! Rien n’est simple dans ce dossier. Pour l’instant nous avons une seule certitude : un élève de seconde a cette année entre 28 et 35 heures de cours par semaine. Il aura à la rentrée 2009, 30 heures de cours par semaine. Nous venons en quelques jours de gagner trois heures d’enseignements généraux. Les sciences expérimentales font à nouveau partie du tronc commun. L’interpellation de Xavier Darcos par Georges Charpak, ainsi que les actions conjuguées de tous les scientifiques, dont l’académie des sciences, y sont certainement pour quelque chose !

Les enseignements seront partagés en trois dispositifs :
- les enseignements généraux ;
- les modules d’exploration ou d’approfondissement ;
- les enseignements et activités d’accompagnement.

Le projet le plus abouti concerne la classe de seconde. Il faut dire qu’il y a urgence. La nouvelle seconde doit voir le jour à la rentrée 2009, c’est-à-dire dans 10 mois. Et il faut laisser un peu de temps, le mois de décembre en l’occurrence, aux différentes disciplines pour écrire des programmes compatibles avec les nouveaux horaires et les nouveaux découpages ! Je n’ose penser à ce que deviendront les consultations ! Les élèves devraient donc suivre 21 heures d’enseignements généraux, 4 modules d’exploration choisis dans une dominante, trois heures d’accompagnement. Les mathématiques pourront figurer dans les trois dispositifs : dans les enseignements généraux mais nous ne savons pas encore comment les 21 heures seront réparties entre les six disciplines, dans le module sciences au sein duquel les élèves pourront choisir deux fois la même thématique, les mathématiques par exemple, et dans l’accompagnement sous forme de soutien ou d’expertise.

Rêvons un peu : 3 + 3 + 1,5 = 7,5 …Mais alors nous pouvons nous attendre à ce que l’on nous reproche de vouloir recréer des secondes C. Il paraît assez incroyable que ce vieux fantasme nous colle encore à la peau. Les sections C ont disparu il y a quinze ans et les mathématiques modernes, c’était il y a trente ans. Malgré tout l’image d’élitisme et de sélection continue à nous nuire. Cette caricature ne sera pas négligeable quand les élèves auront à choisir entre un module d’approfondissement ou d’exploration en mathématiques et dans une discipline réputée plus abordable. Nous le vivons déjà avec l’effondrement des effectifs de spé math en terminale S.

Le projet sur le cycle terminal est beaucoup plus flou. Je vous avais dit l’an dernier que nous nous battrions de toutes nos forces pour éviter un tronc commun en mathématiques. Nous avons tenu parole. « Mettre les mathématiques dans les enseignements généraux, c’est simplement affirmer que tous les élèves suivront un enseignement de mathématiques en première et terminale, mais des mathématiques pour tous ne signifie pas les mêmes mathématiques », nous a dit Jean-Paul de Gaudemar.

Ce que nous craignons par-dessus-tout désormais, c’est l’émiettement des enseignements en compartiments étanches. Les modules de trois heures ont été créés pour avoir des briques de base consistantes. Mais un élève de seconde pourrait très bien croiser quatre enseignants de mathématiques. Pourra-t-il dans ces conditions se créer une vision cohérente des mathématiques ? Alors mathématiques en construction, mathématiques en déconstruction, mathématiques en reconstruction, à vous de choisir !