Pierre de la Ramée

Au 16e siècle, un défenseur des mathématiques : Pierre de La Ramée ( 1515-1572)

Pierre de La Ramée est au moins connu à Saint-Quentin puisqu’un lycée de la ville porte son nom. S’il ne fut pas un mathématicien au sens propre du terme, on verra qu’il a toujours défendu les mathématiques. Il eut une vie mouvementée et sa conversion à la religion réformée explique sa plus grande influence dans les régions protestantes de l’Angleterre et de l’Allemagne qu’en France.

Biographie
Pierre de La Ramée est né en 1515 à Cuts, près de Noyon. Son père était laboureur, trop pauvre pour lui offrir une éducation. Le jeune enfant, avide d’apprendre, s’enfuit à Paris à l’âge de huit ans ! Après une deuxième fugue, il pourra suivre les cours du Collège de Navarre, à Paris, en s’y employant comme domestique.
A l’âge de 21 ans, il soutient son examen de maître ès arts en démontrant qu’Aristote n’est pas infaillible. Cette opinion est scandaleuse à l’époque mais l’argumentation est brillante et obtient un véritable succès. Cependant quand il développe et publie cette thèse dans des ouvrages (Aristotelicae animadversiones .1543) il se voit censuré et interdit d’enseignement de la philosophie par François 1er !
Pierre de La Ramée se tourne alors vers les mathématiques. Grâce à l’intervention du Cardinal de Lorraine, il retrouve un poste d’enseignant en grammaire-rhétorique-logique au Collège de Presles, puis, en 1551, devient professeur en philosophie et éloquence au Collège de France où son enseignement acquiert une célébrité européenne. En 1562, il crée une chaire de mathématiques à l’Université de Paris : avant son intervention, les mathématiques n’étaient pas jugées dignes d’un enseignement universitaire (plus tard, il devra d’ailleurs financer cette chaire sur ses propres deniers !).
La même année, Pierre de La Ramée se convertit à la religion réformée, ce qui lui vaudra de multiples persécutions. Il devra quitter la France plusieurs fois pour enseigner à l’étranger (notamment en Allemagne) et reviendra à Paris à la paix de Saint Germain (1570). Il meurt assassiné au cours du massacre de la Saint Barthélémy (1572).

L’œuvre de Pierre de La Ramée :
Elle est très diversifiée (ouvrages de logique, d’arithmétique, de grammaire …) et aussi assez complexe (l’auteur remanie maintes fois ses propres écrits).
On peut dégager cependant certaines caractéristiques :

  • Pierre de La Ramée est un pédagogue : il développe sa « Méthode », cherchant toujours la clarté du discours, en particulier il insiste pour que « l’organisation des différentes parties rende plus compréhensible l’ensemble »
  • Pierre de La Ramée est surtout connu comme logicien : ainsi on parle de « ramisme » au 17 e siècle comme alternative à l’influence d’Aristote …
  • Enfin, et c’est ce qui nous intéresse le plus ici, Pierre de La Ramée a été un grand défenseur des mathématiques. Il pensait que le déclin des mathématiques à son époque était en partie dû à l’influence de Platon et au refus de considérer les applications des mathématiques. Il ose aussi fortement critiquer Euclide ! Ainsi, il se consacre au développement de l’enseignement des mathématiques dans une autre voie. Il met en valeur des théorèmes pouvant servir à des artisans, à des commerçants … Il ne recherche pas forcément la rigueur des démonstrations mais préfère une « méthode naturelle ». Il croit bien sûr à la théorie mais ne la trouve intéressante qu’en liaison avec ses applications !

Par son intrépidité critique et par son souci de redonner une place centrale aux mathématiques et à ses applications, il ouvre la voie aux révolutions scientifiques des siècles suivants …
Laissons la conclusion à Voltaire dans un passage de son dictionnaire philosophique : « que ce Ramus, fondateur d’une chaire de mathématiques au collège royal de Paris, bon philosophe … homme vertueux dans un siècle de crimes … ait été persécuté toute sa vie, qu’il ait été assassiné par des professeurs et écoliers de l’université … que cette horreur, dis-je encore, ait été commise à l’édification des âmes catholiques et pieuses ! ô Français ! avouez que cela est un peu welche* »

*Welche= homme ignorant, superstitieux

Françoise Joly

Sources : (sitographie)