À propos des Itinéraires de Découverte texte de l’équipe de Mathématiques du collège François Rabelais de Niort

L’équipe de Mathématiques du collège François Rabelais de Niort n’est pas contre un travail pluridisciplinaire des élèves, mais ne partage pas les objectifs annoncés des Itinéraires de Découvertes et est totalement contre les modalités de leur mise en place.

Pour un élève, aborder et traiter un sujet dans sa globalité, rendre compte de son travail à travers un dossier personnel nous paraît tout à fait intéressant. Mais, ce travail devrait être individuel et autonome, éventuellement fait en binôme, indépendamment des programmes, sur les deux ans du cycle central. C’est sur un tel dossier que devrait alors porter l’évaluation envisagée par les textes. Or, d’après les textes officiels, ces Itinéraires de Découvertes semblent prendre la forme de « cours » semestriels dispensés à des groupes d’élèves, voire à des classes, avec la consigne de prendre en compte une partie des apprentissages pour justifier la ponction horaire faite sur certaines disciplines dont les mathématiques.

En ce qui concerne les mathématiques, ces Itinéraires de Découvertes ne peuvent pas remplacer les apprentissages liés au programme, même partiellement. Qu’un travail pluridisciplinaire soit l’occasion de réinvestir les connaissances ou compétences disciplinaires, d’éprouver le besoin d’approfondir des connaissances ou d’acquérir de nouveaux outils, nous l’approuvons totalement. Mais réinvestir suppose qu’on a déjà « investi » les connaissances ou compétences ; et acquérir de nouveaux outils, si ces outils font partie du programme, doit être, en l’état actuel, le lot de tous les élèves et pas uniquement de ceux qui participent à tel ou tel Itinéraire. Il n’est donc nullement question de traiter une partie du programme dans le temps imparti aux Itinéraires de Découvertes, comme cela est annoncé pour justifier la mise aux horaires - plancher des disciplines à « horaires variables » ! Il ne peut s’agir que de réinvestissement du programme ou de nouveautés hors programmes. De plus, les réinvestissements éventuels ne peuvent être que très ponctuels. Si nous sommes favorables à des Itinéraires de Découvertes sur les principes que nous venons de développer, c’est à la seule condition que les horaires hebdomadaires d’enseignement des mathématiques permettent de maintenir un apprentissage sérieux des savoirs et savoir-faire du programme, donc à la seule condition que les horaires - élèves soient à nouveau de quatre heures en Cinquième et restent à quatre heures en Quatrième.

Concernant la baisse des horaires, nous observons, comme cela avait été annoncé dans un rapport de l’Inspection Générale de Mathématiques une fragilisation des connaissances et compétences des élèves. L’Institution crie haut et fort qu’elle s’occupe des élèves en difficulté, mais elle met en place des dispositifs qui mettent d’autres élèves en difficulté. Faut-il vraiment rendre malade pour pouvoir claironner qu’on soigne ? Actuellement, on réduit les temps d’apprentissage des élèves pour pouvoir s’occuper des élèves en sérieuses difficultés. Non seulement on ne les « remet pas au niveau » (si on les fait progresser, c’est déjà bien) mais on ne donne pas le temps aux élèves moyens d’acquérir les savoirs et savoir-faire attendus. Ainsi, d’années en années, de plus en plus d’élèves rejoignent le lot des élèves en sérieuses difficultés et on observe en Quatrième et en Troisième des élèves qui ont complètement « perdu pieds », qui n’ont plus aucune volonté d’apprendre, ni la possibilité de combler leur retard car trop éloignés des exigences attendues.

Avec ces diminutions d’horaires (elles n’ont pas lieu qu’en mathématiques), on va complètement à l’encontre des objectifs affichés par l’Institution : seuls les enfants qui peuvent bénéficier d’une aide familiale ou, pire, ceux à qui les parents peuvent faire donner des cours particuliers, vont pouvoir s’en sortir, et la fracture sociale ne peut aller qu’en s’accentuant.

Nous sommes donc obligés de constater que ces Itinéraires de Découvertes, tels qu ’ils sont envisagés par l’Institution, ne correspondent pas aux objectifs affichés : proposer aux élèves des « cheminements personnalisés », les « considérer davantage dans leur diversité ». Si on veut réellement prendre en compte la diversité des élèves, il faut moduler les exigences à leur égard, en fonction de leurs capacités et donc mettre en place des programmes différents, au moins en mathématiques. N’est-ce pas « agresser » un élève que de l’obliger à suivre des apprentissages qu’il ne peut pas espérer acquérir compte tenu de son parcours antérieur. Si on veut une réelle activité des élèves en mathématiques, il faut leur proposer des activités « à leur portée » et assurer certaines bases.

Il faut être ambitieux pour tous les élèves, mais adapter les exigences à chacun. C’est ainsi qu’on fera un « Collège pour tous » ! On peut estimer que les bases mathématiques, pour tout citoyen, correspondent au programme de Cinquième. Il faudrait donc pouvoir proposer des programmes différents à partir de la Quatrième : poursuivre le cursus « habituel » pour ceux qui le peuvent, assurer les bases et compléter la formation pour les autres, avec la possibilité de reprendre le cursus classique (classes passerelles) pour ceux qui le peuvent et le veulent

On attend de l’Institution qu’elle mette en œuvre de vrais parcours diversifiés, dans l’intérêt des élèves.

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