Audition par la délégation aux droits de femmes du Sénat mardi 6 mai 2025
Le mardi 6 mai 2025, Laure Étévez, responsable du groupe Femmes & Maths de l’APMEP, a été auditionnée par les rapporteures de la mission « Femmes et sciences » de la délégation aux droits des femmes du Sénat lors d’une table ronde sur la place des femmes dans les sciences.
Les autres participant·s à cette table ronde étaient Denis Choimet (président de l’Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques), Jean Hubac (chef du service de l’accompagnement des politiques éducatives au ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche), et Nathalie Sayac (professeure des universités en didactique des mathématiques, inspectrice générale de l’éducation, du sport et de la recherche).
Étaient présentes Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes et trois sénatrices rapporteures sur ce sujet : Jocelyne Antoine, Laure Darcos et Marie-Pierre Monier.
Le compte-rendu ci-dessous est issu des notes de Laure Étévez. Étant la seule représentante de l’APMEP présente, il n’est donc pas exhaustif.
Premières prises de parole
L’audition a débuté par une prise de parole de chacun·e des participant·e⋅s.
Propos liminaire de l’APMEP
Laure Étévez, pour l’APMEP, a développé deux points principaux :
- la question des inégalités de genre est un enjeu systémique qui concerne la société toute entière.
S’il est vrai que ces inégalités sont très visibles en mathématiques, notamment au moment de l’orientation, il n’en demeure pas moins que ce ne sont pas les professeur·e⋅s de mathématiques seul·e⋅s qui pourront faire évoluer significativement la situation. - si l’institution s’intéresse à cette question, alors il faut y mettre des moyens à la hauteur de cet intérêt.
Les moyens manquent à la fois en termes financiers pour faire venir des intervenant·e⋅s spécialisé·e⋅s ou organiser des sorties par exemple et en termes de temps scolaire pour pouvoir approfondir les notions et proposer des tâches à prise d’initiative à tous les niveaux.
Cette prise de parole est disponible en intégralité ici.
Propos liminaire de la DGESCO
Jean Hubac, pour la DGESCO (direction générale de l’enseignement scolaire), a présenté trois enjeux :
- construire une appétence dès le début de la scolarité,
- favoriser l’orientation vers les filières scientifiques notamment en faisant évaluer les représentations des familles,
- assurer la persévérance des filles dans les filières en luttant contre le sexisme.
Ensuite, il a développé plusieurs leviers d’action, en précisant qu’aucun n’est efficace seul et qu’il est nécessaire de mettre en œuvre une politique cohérente et structurée :
- la formation sur les enjeux d’égalité fille/garçon (en formation initiale et au plan national de formation) en précisant que des annonces de la ministre étaient à venir sur cette question,
- des objectifs pour les recteurs pour atteindre la parité en NSI (Numérique et sciences informatiques) en 2027,
- des politiques partenariales avec des associations et des entreprises pour des actions ciblées de type mentorat,
- les labos maths, club de maths dont certains s’axent sur le thème du genre,
- un label égalité fille/garçon.
Propos liminaire de l’Inspection Générale de mathématiques
Nathalie Sayac, inspectrice générale, s’est appuyée sur ses recherches pour montrer à quel point les stéréotypes de genre sont présents dès le début de l’école élémentaire. Elle a évoqué le rapport de l’IGESR rendu public le lendemain de l’audition.
Elle a insisté sur le besoin de formation en précisant qu’il s’agit de changer durablement les représentations et de responsabiliser sans culpabiliser. En prenant l’exemple de pratiques d’enseignants qu’elle a pu observer, elle a alerté sur l’impact de la menace du stéréotype dans la passation des évaluations nationales.
Propos liminaire de l’UPS
Pour Denis Choimet, de l’UPS (Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques), les inégalités de genre sont un enjeu prioritaire pour les CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles) parce qu’il y a une demande des entreprises à former d’avantage de filles et surtout parce qu’il s’agit d’une question de justice.
En s’appuyant sur des analyses statistiques, il constate qu’il y a de grosses disparités suivant les filières. Le problème ne viendrait donc pas des classes préparatoires en soi, mais de la relation qu’ont les jeunes avec les disciplines. Pour l’UPS, une politique de quotas serait une solution de facilité qui donnerait l’illusion du courage politique. Le problème serait en fait un problème de vivier et pas d’une admission entravée par des biais sexistes.
Denis Choimet a ensuite fait des propositions d’action :
- la mise en œuvre d’une politique d’orientation digne de ce nom, en précisant que la modularité du lycée actuelle n’est pas adaptée aux sciences qui sont par nature liées les unes aux autres,
- la formation et l’information des chef·fe⋅s d’établissement, enseignant·e⋅s et psyEN à la réalité des classes préparatoires qui souffrent encore d’une image datée,
- l’explicitation pour les élèves de l’utilité, l’intérêt et le sens des études mathématiques.
Questions des sénatrices
Les sénatrices ont posé de nombreuses questions, surtout pour avoir des informations précises sur ce qui est mis en œuvre actuellement. Il n’est pas possible de toutes les reprendre ici.
Sur la question de la formation
La question de la formation, notamment la formation initiale des professeur·e⋅s des écoles est revenue plusieurs fois dans la discussion.
À ce sujet, l’APMEP a rappelé qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de formation initiale. Pour faire évoluer significativement les pratiques, il faut que l’ensemble de la profession soit formée sur les enjeux de genre. On ne peut pas faire porter aux jeunes collègues la responsabilité de résoudre un problème aussi large. Surtout, il ne faudrait pas limiter cette formation aux seul·e⋅s enseignant·e⋅s de mathématiques. Il faut que toute la communauté éducative soit sensibilisée sur cette question. Nous appelons donc à un plan de formation continue ambitieux.
Par ailleurs, pour que les bénéfices d’une formation perdurent dans le temps, il faut continuer de faire vivre le sujet des inégalités de genre dans le temps dans les établissements par exemple en rémunérant les référents égalité fille/garçon pour leur permettre de réellement assurer leur rôle et en incluant le sujet de l’égalité fille/garçon dans tous les documents institutionnels.
Sur la réforme du bac
Les sénatrices jugent la réforme du bac délétère pour l’orientation des filles en sciences.
Nous avons ajouté à ce sujet un effet qui passe inaperçu : les professeur·e⋅s principaux sont moins souvent qu’avant professeur·e⋅s de disciplines scientifiques. Peut-être serait-il possible d’envisager des dispositifs où les informations sur l’orientation seraient décorrélées de la mission de professeur·e principal·e, permettant ainsi aux professeur·e⋅s de disciplines scientifiques d’intervenir auprès de tou·te⋅s les élèves.
Le genre des professeur·e⋅s de mathématiques
En réponse à une question sur le genre des professeur·e⋅s de mathématiques, Nathalie Sayac a donné les statistiques suivantes :
- 58 % des professeur·e⋅s du secondaire sont des femmes,
- 45 % des professeur·e⋅s de sciences sont des femmes
- au collège 51 % des professeur·e⋅s de mathématiques sont des femmes,
- au lycée 37 % des professeur·e⋅s de mathématiques sont des femmes,
- à l’agrégation externe de mathématiques l’année dernière, 21 % des lauréat·e⋅s étaient des femmes (contre 47 % toutes disciplines confondues),
- en classe préparatoire scientifique, la part de professeur·es de mathématiques femmes est de 24 % en première année, 21,1 % en deuxième année (17,7 % en *).

