Filles, maths et sciences économiques et sociales communiqué du Collectif Maths&Sciences

Réforme du lycée général :
filles, maths et sciences économiques et sociales

communiqué
du 6 févier 2023

 
Cette note, publiée le 6 février 2023, du Collectif Maths&Sciences [1] analyse l’évolution de la répartition des élèves de 1re et de terminale suivant un enseignement de sciences économiques et sociales (SES) associé à un enseignement de mathématiques, et liée à la réforme du lycée.

Elle montre que les effectifs suivant un enseignement de SES sont stables, mais que le nombre d’élèves qui y associent les mathématiques chute fortement, en particulier pour les filles.

En cause ? La structure du lycée général actuel.

Une aggravation des inégalités

Nous étudions [2] l’évolution depuis la réforme du lycée des effectifs d’élèves suivant un enseignement de SES selon leur formation en mathématiques. Nous analysons ensuite les conséquences genrées de ces évolutions. Bien que l’effectif global des élèves à profil sciences économiques et sociales (profil ES) soit stable, voire en augmentation en 1re, les impacts de la réforme sur la formation associée aux mathématiques consistent en une chute des effectifs en mathématiques dès la 1re et en l’apparition d’inégalités de genre.

Les conséquences ? Une aggravation des inégalités pour la poursuite d’études supérieures et l’accès aux filières sélectives mettant en jeu la réussite dans les formations en économie et gestion. Les classes préparatoires économiques et sociales sont particulièrement impactées par ces inégalités de genre ainsi créées : en 2021, la baisse des nouveaux entrants concerne surtout les filles, en baisse de 8 % [3].

 

Effectifs des élèves à profil ES

Examinons, tout d’abord, les effectifs des élèves à profil ES (économique et social) en 1re et terminale générale selon la formation en mathématiques.

Un élève à profil ES désigne avant la réforme (2018 pour la 1re et 2019 pour la terminale) un élève de la série ES qui articulait des enseignements de sciences sociales (SES et HG) avec un enseignement de mathématiques de 3h en 1re et de 4h ou 5h30 en terminale. Après la réforme, il s’agit d’un élève suivant la spécialité SES [4].

En 1re ces élèves peuvent avoir 4h de mathématiques en choix de spécialité ou pas de mathématiques ; en terminale, ils peuvent suivre 0, 3, 6 ou 9 heures de mathématiques par semaine en fonction des spécialités et options choisies.

1. Élèves de première à profil ES
$+$ 38 % en SES et $-$ 38 % avec des maths en 3 ans
 

Lecture : le nombre d’élèves à profil ES suivant des mathématiques en 1re baisse de 38 % en passant de 127 333 en 2018 à 79 355 en 2021.

2. Élèves de terminale à profil ES
stabilité en SES et $-$ 67 % avec des maths en 2 ans [5]
 

Lecture : En 2019, 41 657 filles à profil ES suivent 5h30 de mathématiques par semaine. En 2021, elles sont 11 987 à faire 6h ou plus de mathématiques.

Après la réforme, en première, plus de la moitié des élèves ne suit plus aucun enseignement de mathématiques et le nombre d’élèves associant un enseignement de mathématiques avec les SES baisse de 38 % (graphique 1).

En terminale, l’effectif des élèves à profil ES est stable, d’environ 130 000. Mais alors qu’avant la réforme tous les élèves suivaient au moins 4 heures d’enseignement de mathématiques par semaine, ils ne sont plus que 44 000 à suivre un tel enseignement en 2021, soit une baisse de 67 % graphique 2). La moitié d’entre eux, soit 68 000, suivait 5h30 de mathématiques par semaine en 2019, c’est moins de 1 sur 5, soit 25 000 élèves, en 2021.

Entre la 1re et la terminale, près d’1 élève sur 2 abandonne complètement les mathématiques.

 

Répartition des filles et garçons à profil ES

Analysons, maintenant, la répartition des filles et garçons à profil ES selon les mathématiques : il est manifeste que l’abandon des mathématiques est plus important pour les filles.

Les graphiques 3 et 4 présentent l’évolution depuis la réforme des effectifs d’élèves à profil ES avec des mathématiques en cycle terminal de la voie générale selon le sexe.

3. Élèves de 1re à profil ES avec au moins 3h de maths
$-$ 46 % de filles, $-$ 25 % de garçons en 3 ans
 

Lecture : le nombre de filles à profil ES suivant des mathématiques en 1re a baissé de 46 % en passant de 77 800 en 2018 à 42 216 en 2021.

4. Élèves de terminale à profil ES avec au moins 5h30 de maths : $-$ 71 % de filles, $-$ 49 % de garçons en 2 ans
 

Lecture : En 2019, 41 657 filles à profil ES suivent 5h30 de mathématiques par semaine. En 2021, elles sont 11 987 à faire 6h ou plus de mathématiques.

En 1re, le nombre de garçons qui suivent des mathématiques et un enseignement de SES a baissé de 25 % depuis la réforme ; la baisse est de 46 % pour les filles.

En terminale, faute de disposer d’informations sur la répartition par sexe des élèves ayant choisi l’option mathématiques complémentaires selon leur doublette de spécialités, on se concentre sur les élèves ayant choisi la doublette SES-mathématiques et on compare avec les anciens élèves de la série ES qui suivaient 5h30 de mathématiques. Le nombre de filles qui en terminale font 5h30 de mathématiques ou plus associées à un enseignement de SES a ainsi baissé de 71 % depuis la réforme.

 

Évolution de la part des filles à profil ES

Ainsi, en suivant l’évolution de la part des filles à profil ES, il apparaît des inégalités filles/garçons nouvelles dans les parcours associés aux mathématiques [6].

5. Évolution de la part des filles selon les parcours mathématiques
On représente l’évolution depuis 2015 de la part des filles parmi les élèves à profil ES selon le volume de mathématiques suivi : en 1re, tous les élèves ont 3h avant 2018, puis 0 ou 4h ensuite. En terminale, tous les élèves ont 4h ou 5h30 avant 2019, puis 0, 3, 6 ou 9h
ensuite.

Lecture : les filles représentent 56 % des élèves de terminale. Elles représentent 47 % des élèves de terminale à profil ES qui suivent au moins 5h30 de mathématiques par semaine en 2021.

 

En 1re et terminale, la part des filles des élèves à profil ES est stable, d’environ 61 % des élèves (courbe orange). Mais lorsqu’elle est associée aux mathématiques, la proportion de filles chute fortement au bénéfice des garçons dès la 1re, ce qui crée une inégalité nouvelle pour ces profils : la part des filles en 1re ou en terminale suivant 4h ou 5h30 de mathématiques en ES est globalement stable et représentative de la part des filles en ES jusqu’en 2019, d’environ 61 %.

Depuis la réforme la part des filles faisant des mathématiques en 1re a chuté de 8 points à 53 % (courbe bleu clair), et celle de terminale avec plus de 5h30 de mathématiques a chuté de 14 points à 47 % (courbe bleu foncé), bien au-dessous des niveaux des séries ES depuis plus de 30 ans.

 

Quelques pistes d’analyse des ruptures observées depuis la réforme

  • Un appauvrissement de l’offre de mathématiques en 1re :
    depuis la réforme il n’existe plus de programme de mathématiques adapté aux profils ES analogue à celui de 3h offert en ES avant 2019. Une mise en cohérence de l’articulation entre l’offre de formation en mathématiques et celle dans les autres disciplines serait à mettre en œuvre, avec un programme adapté et qui propose des liens avec les programmes des autres disciplines afin de répondre aux besoins de formation en mathématiques des élèves.
  • Le caractère facultatif de l’option mathématiques complémentaires :
    il conduit à la chute du nombre d’élèves poursuivant des mathématiques en terminale.
    Il apparaît nécessaire de repenser l’organisation du cycle terminal pour intégrer les enseignements dans des formations cohérentes pour l’orientation.
  • L’affichage élitiste des mathématiques dès la 1re :
    il accentue la dimension genrée des choix conseillés et offerts. Il peut expliquer la création d’inégalités de genre chez les élèves à profils ES et suivant des mathématiques en 1re. L’obligation d’un enseignement de mathématiques à horaires comparables avec un contenu adapté conduirait à une offre plus équitable de la discipline.
  • Le manque d’information claire sur les prérequis en mathématiques nécessaires pour l’accès à de nombreuses filières :
    il favorise l’abandon précoce des mathématiques et accentue les conseils stéréotypés et les inégalités pour des publics mal informés. Une meilleure transparence des prérequis est indispensable pour l’information équitable et dans l’intérêt de tous les élèves.

 

Conséquences prévisibles de la réforme

La réforme du lycée sur les élèves à profils sciences économiques et social a des conséquences qui sont prévisibles.

Même si l’enseignement de SES ne nécessite pas un enseignement avancé de mathématiques, un bagage minimal reste cependant indispensable pour la plupart des formations post-bac dans ces filières. Un élève qui aurait eu auparavant 3h puis 4h ou 5h30 de mathématiques ne pourra pas conserver un niveau équivalent avec seulement 1h30 en 1re puis éventuellement 3h d’option en terminale.

De plus, n’oublions pas que l’accès aux BTS [7] ou BUT [8] est adapté aux élèves des séries technologiques qui ont tous encore 3h de mathématiques en 1re et en terminale.

Si la réforme a conduit à l’augmentation du nombre d’élèves suivant un enseignement de SES en 1re, l’effectif de terminale est stable mais hétérogène et sans cohérence de la formation. Elle conduit à des pertes de chances d’accès et de réussite dans de nombreuses formations, particulièrement celles sélectives ou en tension dans ce domaine, et créé des inégalités nouvelles pour les filles dans ces profils.

 

Conclusion

Nos analyses montrent les impacts de la structure du lycée actuel sur les profils en sciences économiques et sociales.

Depuis la réforme, les effectifs des profils ES sont stables en terminale, mais le nombre d’élèves suivant des mathématiques chute massivement. La part des filles régresse brutalement au profit des garçons, alors qu’elles étaient auparavant majoritaires.

Diminution de moitié des élèves à profil ES suivant des mathématiques en 1re : tous suivent 3h de mathématiques en 2019, la moitié n’en fait plus en 2021.

Trois fois moins d’élèves de terminale à profil ES suivant 3h ou plus de mathématiques par semaine : tous suivent 4h ou plus de mathématiques en 2019 (132 000 élèves), le tiers en fait encore en 2021 (44 300).

La moitié des élèves abandonne les mathématiques après la 1re en 2021 ; il n’y en avait aucun en 2019.

Des inégalités filles garçons pour les mathématiques dès la 1re : en 2021, le nombre d’élèves suivant SES et mathématiques baisse 2 fois plus pour les filles ($-$ 46 %) que pour les garçons ($-$ 25 %).

Baisse de 14 points de la part des filles parmi les élèves suivant plus de 5h30 de mathématiques par semaine, alors que la cette part est restée stable pour les profils ES à environ 61 % : 61 % de filles parmi les terminales ES faisaient plus de 5h30 de mathématiques en 2019, mais 47 % suivent la doublette mathématiques/SES en 2021.

 

 

Notes

[1Le Collectif Maths&Sciences rassemble :
 des associations des professeurs du second degré et des classes préparatoires aux grandes écoles : AEIF, APHEC, APMEP, EPI , UPA ;
 des sociétés savantes et associations scientifiques de chercheurs et enseignants-chercheurs, structures du supérieur : ADIREM, ARDM, CLEA, CFEM, CNFHPST, GEM, SF2A, SFB, SFB, SFBD, SFE2, SFdS, SHST, SIF, SMAI, SMF, STID ;
 des associations pour la place des femmes dans les filières et métiers scientifiques : Femmes et Mathématiques, Femmes Ingénieures, Femmes et Sciences ;
 une fondation pour la diffusion des mathématiques et l’informatique : FBP

[2Nos études n’utilisent que les données publiques, toutes vérifiables et accessibles sur le site du ministère de l’Éducation Nationale (RERS ou notes DEPP).
RERS : Repères Et Références Statistiques (publication annuelle de la DEPP)
DEPP : Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance

[3Note Flash n°4 du SIES (février 2022) : Baisse des effectifs étudiants en classes préparatoires aux grandes écoles en 2021-2022
SIES : sous-direction des Systèmes d’Information et des Études Statistiques

[4On aurait pu ajouter les élèves suivant la spécialité HGGSP (Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques), ce qui ne changerait pas les tendances observées, mais amoindrirait la lisibilité des profils.

[5Les élèves à profil ES avec des mathématiques sont ceux qui suivent SES et la spécialité mathématiques de 6h ou l’option mathématiques complémentaires de 3h (MC). Pour les effectifs en SES avec MC, nous avons calculé des extrapolations à partir notes de la DEPP 21.41 et 22.19. Nous faisons l’hypothèse que la part des élèves ayant choisi MC avec SES est uniforme selon les doublettes hors mathématiques, quels que soient les champs considérés.

[6N’ayant pas pu accéder à toutes les données, nous avons calculé des valeurs approchées pour montrer l’évolution de la part des filles avec plus de 3h de mathématiques en terminale, sous l’hypothèse que la part de filles est la même parmi les élèves choisissant mathématiques complémentaires, avec SES ou non.

[7Brevet de Technicien Supérieur

[8Bachelors Universitaires de Technologie

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