Communiqué du bureau de l’APMEP, 21 décembre 2018

 

Le débat actuel sur la réforme du lycée général et certains propos publiés par des enseignants sur des réseaux sociaux (on a pu lire par exemple « à mort les maths et les matheux »), montrent une méconnaissance profonde des mathématiques par bon nombre de personnes. L’ensemble de la communauté (enseignants de la maternelle à l’université, chercheurs) est conscient de ce déficit de notoriété et travaille depuis des années pour y remédier. On pouvait espérer que la mise en œuvre du plan Villani-Torossian nous soutienne dans nos initiatives pour montrer la richesse de notre discipline, pour la faire mieux connaître, dans tous ses aspects, au plus grand nombre. La réforme du lycée général l’enferme de nouveau dans ses deux plus vieilles caricatures : le calcul et l’outil de sélection.

Ce communiqué contient des éléments objectifs sur la réforme (comme les horaires d’enseignement pour les élèves) et relève certains points qui nous paraissent particulièrement problématiques. Il ne s’agit pas d’une position complète de l’APMEP sur la réforme, d’autres textes ont déjà été publiés depuis presque un an, et d’autres le seront sans nul doute en 2019.

La situation actuelle

  • En seconde générale et technologique :
    • o 4h heures par semaine par élève
    • o L’enseignement d’exploration (1h30) « Méthodes et Pratiques Scientifiques (MPS) » peut contenir des mathématiques.
  • En première générale :
    • o L : 0 ou 3h (+ 1h30 enseignement scientifique)
    • o ES : 3h (+ 1h30 enseignement scientifique)
    • o S : 4h
    • o Travail Personnel Encadré (TPE) : 2h, ils peuvent contenir des maths
  • En terminale générale :
    • o L : 0 ou 4h
    • o ES : 4h + 1h30 (spécialité)
    • o S : 6h + 2h (spécialité)

Ce qui est prévu par la réforme à partir de la rentrée 2019

  • En seconde générale et technologique :
    • o 4 heures par semaine et par élève
    • o Disparition des enseignements d’exploration, donc de « MPS »
    • o Introduction de Sciences du numérique et technologie (2h) : pas de maths
  • En première générale  :
    • o Tronc commun : 0h (+ 2h d’enseignement scientifique)
    • o Spécialité : 4h (+2h d’enseignement scientifique)

-> Le programme de la spécialité ressemble à l’actuel programme de 1ière S, les éléments de mathématiques du programme de l’enseignement scientifique relèvent essentiellement d’outils de calcul.

-> L’année de première sera entrecoupée par des sessions d’évaluation pour le baccalauréat, donc le nombre de semaines d’enseignement diminue.

  • En terminale générale :
    • o Tronc commun : 0h (+2h d’enseignement scientifique)
    • o Spécialité : 6h (+2h d’enseignement scientifique)
    • o Options : ne pourront être ouvertes que sur décision locale, en fonction des moyens horaires et humains disponibles. Très peu de poids pour l’évaluation au baccalauréat.

Les questions ouvertes ou non tranchées par cette réforme

-> L’enseignement de seconde, par son organisation et son contenu, ne propose aucune solution aux problèmes observés dans les classes aujourd’hui : certains élèves s’ennuient, d’autres décrochent totalement, d’autres encore s’accrochent avec la sensation de subir un enseignement dont ils ne perçoivent pas les enjeux, certains, heureusement, trouvent leur compte dans l’enseignement actuel. Nous demandons :

    • o Une meilleure articulation en termes de contenus, de méthodes et d’attendus pour les élèves entre le collège et le lycée
    • o Des programmes qui permettent aux élèves d’approfondir les notions, d’en percevoir la richesse pour les notions elles-mêmes et dans l’interaction des mathématiques avec les autres disciplines : physique-chimie, sciences de la vie et de la terre, sciences économiques et sociales, économie et gestion, français et littérature, histoire et géographie, éducation physique et sportive, langues étrangères, …

-> La classe de première est annoncée comme une classe de spécialisation et de début de préparation aux études supérieures.

    • o A-t-on analysé les demandes de l’enseignement supérieur quant à la formation mathématiques des bacheliers ? Le programme de la spécialité qui a été soumis à consultation semble répondre aux attendus des cursus identifiés comme scientifiques, mais qu’en est-il de toutes les autres formations du supérieur qui utilisent des mathématiques (y compris sous la dénomination « statistiques ») ?
    • o Beaucoup de lycéens, tout particulièrement les bacheliers généraux, peinent actuellement à faire des choix pour leurs études supérieures pendant l’année de terminale : il semble illusoire de penser que, parce qu’on l’aura décrété, les adolescents vont soudainement être capables de se décider deux ans plus tôt. En 2018, il a été décidé que les élèves de terminale ne classeraient pas leurs vœux dans Parcoursup, parce qu’au mois de mai de la terminale c’était « trop tôt », mais la fin de la seconde ne serait pas « trop tôt » ?!
    • o La filière S est aujourd’hui choisie « par défaut » par bon nombre de lycéens généraux parce qu’elle est identifiée comme la filière la plus générale, celle qui permet de conserver le plus de variété dans les disciplines. C’est un fait que nous regrettons pour deux raisons au moins : la première est qu’un tel choix se fait au détriment des autres filières alors qu’un élève réussira mieux en suivant un parcours qui lui convient, la seconde c’est que cela cantonne la filière scientifique à une filière « générale » et non une filière de réelle spécialisation scientifique.
      Nous demandons que les lycéens qui veulent étudier des sciences puissent le faire dans un véritable esprit de spécialisation : les deux heures d’enseignement scientifique du tronc commun ne peuvent suffire à assurer à tous les élèves une formation minimale en sciences (physique, chimie, biologie, géologie, mathématiques, informatique). Par ailleurs, les mathématiques ont une particularité au sein des sciences : elles sont le « langage » de toutes les sciences. Enfin, en les intégrant dans l’enseignement scientifique, on nie leur dialogue possible avec d’autres disciplines (SES, français, philosophie, arts, …).

-> Ces derniers jours, nous avons entendu dans les médias que l’enseignement scientifique contenait des mathématiques : nous ne reconnaissons pas complètement ce fait.

    • o Le programme qui nous a été soumis ne contient pas de mathématiques de manière tangible : il s’agit d’outils mathématiques, essentiellement calculatoires, sans que beaucoup de place ne soit laissée (dans le programme, mais aussi dans l’horaire imparti) à un enseignement des concepts mathématiques. Aucune mention de la démonstration, aucune mention du lien entre expérimentation et mathématiques, aucune mention de la modélisation, aucune mention de l’histoire spécifique des mathématiques, aucune mention d’application des mathématiques aux sciences sociales, aucune mention des liens entre mathématiques et arts plastiques, … Bref, les mathématiques sont cantonnées à des techniques au service de la physique-chimie et des sciences de la vie et de la terre. Cet enseignement sera pourtant la seule rencontre possible des lycéens généraux avec les maths… sauf s’ils choisissent la spécialité « mathématiques ».
    • o Le rapport Villani-Torossian préconisait deux choses importantes pour les lycéens : que les « autres disciplines » utilisent des mathématiques dès que c’est nécessaire et qu’un enseignement de « réconciliation » avec les mathématiques soit proposé à tous les lycéens. Si cette formulation peut paraître malheureuse (puisqu’elle acte que, soit on est « fâché » soit on voudra se spécialiser), l’idée d’un enseignement de mathématiques au lycée un peu différent par ses méthodes et ses contenus est une piste que l’APMEP est prête à suivre : nous avons, au sein de notre association et des IREM, des ressources pour pouvoir penser un tel enseignement. Par ailleurs, de nombreux collègues sont déjà investis dans ce type d’enseignements (MPS en seconde, actions périscolaires comme des ateliers MATh.en.JEANS par exemple,…).

En conclusion, L’APMEP demande qu’un enseignement de mathématiques de deux heures hebdomadaires soit inscrit dans le tronc commun de la voie générale en première et en terminale.