Compte rendu de notre audition par la DGESCO du mardi 18 juin 2019

Consultation sur les projets de programme de terminale du lycée général et technologique

Pour l’APMEP : Isabelle Le Naour, membre de la commission lycée, et Michel Bourguet, membre du bureau
Nous avons été reçus par Mme Pradeilles-Duval, cheffe de service de l’instruction publique et de l’action pédagogique, et de trois responsables de services de la DGESCO. Les pilotes des groupes d’experts n’ont pas pu se libérer et étaient excusés.
Durée de la rencontre : 1h45

Nous remercions Mme Pradeilles-Duval de cette invitation. Nous signalons que nous avons eu peu de temps pour analyser les projets de programmes de manière collective et produire une synthèse qui serait celle de l’association. Nous ne pourrons donc pas réagir sur tous les points ni donner une analyse fine des programmes. Nous ne sommes porteurs que de quelques points particuliers sur les contenus, et de points de vue plus globaux, reprenant les positions de l’APMEP.

Point 1 - les problèmes de structure, qui vont influer sur la mise en pratique efficace des programmes proposés.

• Premier questionnement de la profession : sur combien de semaines effectives de cours faut-il compter en terminale sachant que les examens terminaux des deux enseignements de spécialité seront passés au retour des vacances de printemps, puis le grand oral et l’écrit de philosophie fin juin ?

Réponse : Les enseignements sont pensés sur la totalité de l’année. Il n’y a pas de changement d’emploi du temps au troisième trimestre. La manière dont sera traité le contenu du programme peut être différente après Pâques, notamment pour mieux développer certaines compétences comme modéliser, chercher, développer l’oral…

• En STIDD et STL, la spécialité physique-chimie et mathématiques de 6h par semaine n’est pas ventilée selon les deux disciplines. Nous demandons à ce que cela soit clarifié et qu’une norme nationale soit donnée. Nous ne souhaitons pas d’ajustements par les proviseurs dans les établissements, ni de décisions locales sur qui doit enseigner quoi. Les méthodes et épistémologies des disciplines associées sont très différentes et demandent pour chacune une formation spécifique. S’il doit y avoir nécesssaire collaboration ente elles, il ne peut y avoir confusion.

Réponse : Cette répartition ne sera pas faite au niveau national, elle restera locale. Cela est fonction de l’organisation entre temps de laboratoire et d’expérimentation et temps en classe entière par exemple. Une répartition différente des horaires pour les maths et pour la physique-chimie peut avoir lieu selon la filière, STI2D ou STL.

• Nous avons le même souci pour les deux enseignements scientifiques du tronc commun de la série générale. Nous demandons à ce que la part de l’horaire de l’enseignement scientifique qui doit être pris en charge par des enseignants de maths soit clairement quantifiée. Les situations locales sont actuellement extrêmement disparates.

Réponse  : Le ministère n’a pas de répartition à imposer en enseignement scientifique. Il doit être pris en charge par les enseignants de sciences et de maths.

• Nous demandons à ce que les options de terminale générale fassent l’objet d’une dotation horaire propre (fléchage des moyens). L’option « maths expertes » au même titre que « maths complémentaires » doit être garantie dans tous les lycées. En effet, cela posera à terme un problème de spécialisation accrue des établissements. Un lycée qui perd des élèves en spécialité maths 1ère et terminale pourrait voir peu d’élèves choisir maths expertes. Cette option pourra donc ne pas être retenue par le proviseur dans ses arbitrages sur la marge de la DGH. A court terme, certains élèves du secteur pourraient chercher à obtenir une dérogation dès la seconde, condamnant ainsi en quelques années certains lycées à une offre appauvrie en maths.

Réponse : C’est une question d’offre de bassin et d’équilibre à préserver. La carte globale se discute au niveau des rectorats. L’académie peut considérer que, dans certains lycées, il est important de garder des maths expertes et donner des moyens au proviseur. C’est du ressort des recteurs et pas du ministère. La question est locale, et se pose différemment dans un bassin urbain ou rural.

• L’option maths complémentaire apparait clairement comme un prolongement de l’enseignement de spécialité (EdS) de première. Nous demandons que l’option maths complémentaires ne soient ouverte qu’aux élèves ayant suivi l’EdS maths.

Réponse : C’est marqué en en-tête du programme de l’option, elle est prioritairement réservée à ceux qui ont suivi l’EdS. Mais prioritairement ne veut pas dire exclusivement. Au cas par cas, un élève peut être autorisé à suivre l’option. Des solutions sous forme de Mooc, d’enseignement à distance, d’accompagnement individuel peuvent s’envisager.

Il est possible que de rares élèves ayant eu une scolarité particulière puissent être capables de suivre l’option sans avoir de fait suivi l’EdS. Ces cas sont très à la marge, et il deviendrait ingérable d’enseigner en groupe important à des élèves qui ont suivi l’EdS mélangés avec des élèves, même peu nombreux, ne l’ayant pas suivie.

• Sans remettre en question le nécessaire enseignement de maths rigoureuses et exigeantes pour la formation des scientifiques, nous rappelons notre attachement à des maths pour tous qui font défaut dans le nouveau lycée. Nous demandons donc un enseignement de math dans le tronc commun.

Réponse  : Il faut arrêter de dire qu’il n’y a pas de maths dans le tronc commun et un enseignement de maths spécifique dans le tronc commun n’est pas prévu.

Nous reconnaissons la présence d’outils mathématiques dans l’enseignement scientifique mais nous demandons du temps pour pouvoir aborder les concepts qui sont en jeu et développer la rigueur de raisonnement.

Point 2 - l’organisation des évaluations et du bac nouvelle mouture

• Qu’en est-il de l’usage de la calculatrice avec mode examen ?

Réponse : Le mode examen est trop contraignant à valider dans les salles d’examen avec de nombreux candidats. Il est possible d’autoriser au cas par cas l’usage des calculatrices mais le stockage possible en mémoire des sujets issus des banques publiques, et de leurs corrigés, pose problème. Une calculatrice de type collège peut être envisagée pour une partie de ces épreuves.

Nous mettons en évidence le coût de l’équipement si les élèves doivent avoir deux calculatrices. Nous pouvons comprendre que la calculatrice de type lycée puisse être un outil de formation en cours d’apprentissage et qu’elle ne soit pas autorisée pour l’examen, mais cela oblige à penser l’examen différemment, sans application numérique. Dans tous les cas il faut que cette question soit tranchée.

• Le grand oral. Sur le site internet du ministère, Il est dit : "Un oral d’une durée de 20 minutes préparé tout au long du cycle terminal :.... L’épreuve orale repose sur la présentation d’un projet préparé dès la classe de première par l’élève. Cet oral se déroulera en deux parties : la présentation du projet, adossé à un ou deux enseignements de spécialité choisis par l’élève et un échange à partir de ce projet permettant d’évaluer la capacité de l’élève à analyser en mobilisant les connaissances acquises au cours de sa scolarité, notamment scientifiques et historiques. Le jury sera composé de deux professeurs."
Nous nous posons la question de la place de la préparation de cette épreuve. Ceci est en lien avec les programmes. Le programme de spécialité est considéré comme pléthorique, ce qui n’incitera pas les enseignants, dans l’injonction de « terminer » ce programme, à organiser des moments de travail de groupe ou de recherche qui peuvent développer l’usage de l’oral en cours de mathématiques.

Réponse : Le grand oral ne devra pas être préparé uniquement en mai et juin. C’est tout au long de l’année que sa préparation est en jeu.
Il faut que les enseignants se rassurent, toutes les notes de service pour les épreuves de terminale seront publiées pendant l’été. Cela aidera les enseignants, des précisions y seront apportées pour la préparation du grand oral et les modalités de cette épreuve.

Point 3 - l’EdS de terminale générale et l’option maths expertes

Ces deux enseignements apparaissent comme conséquents, plus lourds que l’enseignement de S actuel et avec plus d’exigences. Nous ne remettons pas en question pas le niveau d’exigence dans les raisonnements pour des élèves se destinant à des études scientifiques, mais l’organisation de l’année et le nombre d’élèves par groupe rendront parfois illusoires la démarche de recherche, les situations de modélisation… Nous aurions aimé moins de notions, plus approfondies. Certains contenus pourraient n’être traités qu’en première année d’enseignement supérieur. Nous citons en exemple la formule des combinaisons, les équations différentielles ou les nouveautés en probabilités.

Réponse  : Le programme fera apparaître plus explicitement que les approfondissements proposés sont possibles et non obligatoires. Chaque enseignant conserve sa liberté pédagogique et traitera dans chaque chapitre ce qu’il voudra approfondir. Tout n’est donc pas à aborder de la même manière. Les programmes seront rendus plus explicites sur ce point.
Des formations de formateurs seront mises en place durant l’année 2019/2020 pour accompagner les enseignants d’EdS de terminale sur la mise en place du grand oral.

Point 4 - l’option maths complémentaires

Ce n’est qu’une option mais 3h, c’est peu par rapport aux thèmes et aux contenus envisagés, très denses. Ce programme ressemble à l’actuel enseignement de TES, que nous traitons aujourd’hui en davantage de temps.
Ce découpage en thème est intéressant, mais sous-entendrait de réunir des groupes aux centres d’intérêts différents en fonction des orientations post-bac. Il suffirait également d’une liste claire et de longueur raisonnable de notions exigibles avec des thèmes dans lesquels elles sont pertinentes. Par ailleurs certaines notions pourraient être enlevées ou allégées : quelle est la raison de la présence des limites de fonctions, de la loi géométrique, des équations différentielles ?
Dernier point : cette option sera certainement choisie par des élèves ayant une stratégie établie en fonction de Parcoursup. Il s’agira pour eux de montrer qu’ils ont suivi un enseignement de maths et seront peut-être démotivés dès la fin d’avril. Certains groupes seront difficiles à gérer.

Réponse : Si cette option servira pour les poursuites d’études post-bac, les élèves n’ont pas intérêt à la négliger. Même si cela ne comptera que peu pour l’obtention du bac, il restera les bulletins et les appréciations sur les livrets scolaires. Par ailleurs, on n’est pas obligé d’aborder tous les thèmes avec la même importance. Les thèmes seront abordés sur 2 ou 4 semaines. Certains contenus pourront être plus ou moins approfondis. Il s’agit de ne pas priver les enseignants de leur liberté pédagogique.
C’est pour cela que les thèmes sont notés indépendamment des contenus. L’aspect par les thèmes est novateur et les contenus sont là pour rassurer. Cela laisse des libertés, d’autant que ce n’est qu’une option.
Nous nous interrogeons encore entre alléger les thèmes ou supprimer des thèmes. C’est en discussion…
Il est à noter que des documents d’accompagnement seront écrits pour guider les enseignants mais pas pour encadrer. Le ministère s’engage à en produire.

Nous insistons sur le fait qu’il manque dans la structure actuelle du lycée un second EdS de maths en première et en terminale, qui ne rajouterait aucun coût élève, mais qui permettrait de diversifier les parcours et irait dans le sens d’un meilleur choix pour les élèves. Nous regrettons que l’enseignement des maths en tant que spécialité ne soit abordé que comme compagnon des sciences. Nous expliquons que cela réduit un peu la portée des maths envers les sciences humaines ou les autres disciplines. Cette seconde spécialité ne serait pas une manière de retricoter des séries. Des élèves en série ES et visant des hautes études économiques ne pouvaient pas suivre jusqu’à aujourd’hui un enseignement de maths renforcé de type S, d’autres élèves se destinant plutôt aux sciences de la vie et de la terre sont en souffrance en série S. Ceux-là pourraient travailler des maths d’une autre façon. Une seconde spécialité, pas moins exigeante au niveau des raisonnements et méthodes mais centrée sur d’autres enjeux, renchérirait l’offre actuelle et satisferait sans doute beaucoup d’élèves.

Réponse : Des ajustements seront toujours possibles au cours de la première année de mise en place de la réforme et cette proposition est entendue.

Il nous semble qu’elle n’est pas écartée.

Point 5 - l’enseignement scientifique

Les maths sont davantage visibles dans ce programme de terminale. L’utilisation des graphes comme modèles mathématiques pour traiter de problèmes variés est clairement notée. L’utilisation de modèles mathématiques variés dans divers domaines nécessite la présence des professeurs de mathématiques.
Nous réaffirmons qu’enseigner les mathématiques, comme tout autre discipline, requiert des compétences didactiques qui sont spécifiques. De la même manière que la très grande majorité des profs de maths ne sauraient enseigner des sciences expérimentales, la très grande majorité des professeurs de PC et SVT ne sauront pas enseigner les mathématiques.

Point 6 - l’enseignement de mathématiques du tronc commun des séries technologiques

Nous n’avons pas eu le temps d’avoir des retours significatifs de la part des collègues et adhérents. Nous avons tout de même des interrogations sur quelques points comme la présence de la fonction exponentielle de base a et log décimal. Quel est le but de cet enseignement ? Est-ce réellement utile pour l’enseignement supérieur, notamment BTS et IUT ?
La question de la différence entre séries est également abordée : en STMG il est difficile de mettre au travail des élèves en mathématiques, d’autant qu’ils ont souvent un passé négatif avec la discipline. Est-ce nécessaire de rajouter des notions au programme actuel ?

En conclusion de notre entrevue, plus longue que la durée qui nous avait été annoncée, il est précisé que ces textes ne seront présentés au CSE que les 11 et 12 juillet. D’ici là tout est encore amendable et il est nécessaire d’obtenir des remontées des collègues de lycée. Nous sommes donc invités à faire parvenir toute remarque à la DGESCO, qui est en attente de retours.

Nous retirons de cette entrevue un sentiment de mutuelle écoute, cordiale. Tout ce que nous avons relevé a été noté. Il semble clair que les responsables de la DGESCO qui nous ont reçus sont dans l’attente de ces retours, et de nos propositions et remarques.
Malgré les multiples sollicitations de fin d’année, il ne faut pas hésiter à répondre à la consultation en ligne.